Appel à communication : journée d’études : "Rire en Égypte : l’humour dans la poésie dialectale égyptienne"

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Date limite :
Dimanche, 31 janvier, 2021
Equipe de recherche :

Appel à communication : journée d’études "Rire en Égypte : l’humour dans la poésie dialectale égyptienne"

Organisation : Samar CHENOUDA
 
Cette journée d’études prévue le 2 juillet 2021 se propose de mener des réflexions sur le rire dans la poésie dialectale égyptienne et d’examiner dans quelle mesure cette poésie véhiculait les divers aspects de l’humour et de l’ironie. Nous espérons ainsi retracer l’historique du poème dialectal égyptien depuis qu’il a commencé à prendre forme en passant du zajal dont le chef de fil est le poète Bayram al-Tūnisī, à sa forme poétique, et d’une critique sociale simple et directe aux vastes horizons poétiques et lyriques.
La première remarque qui apparaît lorsqu’on étudie le sujet du rire dans la poésie dialectale égyptienne est la rareté des études entamées sur ce sujet. En fait, peu de chercheurs et de spécialistes ont écrit sur la littérature égyptienne humoristique comme Aḥmad Muḥammad al-Ḥūfī, auteur du livre (L’humour dans la littérature), publié en 1956, Šawqī Ḍayf qui a écrit le livre (L’humour en Égypte), en 1958, et Ḫālid al-Qišṭaynī, auteur du livre (L’humour politique arabe) en 1992, ainsi que certaines études variées telles que l’article de Kamāl al-Naǧmī (Le rire dans la poésie Ḥalmantīšī), paru dans la Revue al-Hilāl, n° 8, août 1966, p. 110-120) et l’article d’Ibrāhīm Fatḥī (L’écriture satirique égyptienne), n°12, décembre 1995, p. 6-11). Le trait commun de ces études englobe un regard panoramique, une tendance vers l’approche descriptive et historique de cette poésie dialectale et enfin l’étude d’un aspect langagier sans pour autant approfondir les expériences poétiques et ses propres caractéristiques.
Dans ce sens, les communications peuvent être axées sur les aspects de l’humour dans les recueils des précurseurs de la poésie dialectale égyptienne contemporaine tels que : Fu’ādḤaddād qui faisaient face à l’oppression, les chansons de Ṣalāh Ǧāhīn qui exprimaient l’arrivée au pouvoir de Nasser, les poèmes de Fu’ād Qâ‘ūd qui refusaient la réalité et qui rêvent d’un avenir meilleur, ceux de Samîr ‘Abd al-Bāqī et de Zayn al-‘Âbidîn Fu’ād qui sont les défenseurs et les porte-paroles des pauvres et des miséreux. On pourra réfléchir aussi sur les poèmes de Sayyid Ḥiǧāb qui révélaient l’ambiance de travail des marins où le monde des pêcheurs, ainsi que les poèmes de ‘Abd al-Raḥmān al-Abnūdī qui ont décrit La Haute-Égypte (al-Ṣa’īd), avec ses peines et ses rêves, à travers des images inédites dont débordent les poèmes révolutionnaires de Aḥmad Fu’ād Naǧm, etc.
En plus, on peut élargir la réflexion sur les débuts de ces expériences poétiques en les étudiant dans leur contexte sociopolitique qui a préparé le terrain de leur genèse, puisque vers la fin du XIXe siècle, la littérature humoristique a commencé à faire rire pour passer un message concernant la réforme sociale et politique. On peut citer par exemple les recueils de certains poètes tels que Ya‘qūb Sanū‘ / James Sanua (1839-1912) qui dirigea le journal humoristique Abū Naẓẓāra en 1876, les journaux de ‘Abdallāh al-Nadīm (1845-1896): al-Tankītwa-l-tabkīt (Raillerie et Reproche), fondé en juin 1881, et al-Ustāḏ (Le professeur), fondé en octobre 1892, le livre de Sheikh Ḥassan al-Ālātī : Tarwīḥal-nufūs wa muḍḥik al-‘abūs (L’apaisement des âmes qui fait rire les plus sévères), en 1889, qui transforme les réclamations et les doléances sérieuses devant les tribunaux en situations humoristiques.
En effet, puisque les traditions poétiques égyptiennes, d’expression dialectale ou dite « populaire » ont caractérisé la poésie égyptienne dialectale, on s’interroge sur l’usage du rire comme un élément marquant dans les recueils des poètes qui s’en sont emparés. De multiples interrogations accompagnent cet usage : s’agit-il, par exemple, de la volonté du poète d’utiliser l’humour pour passer un message au peuple, ou bien il tente de provoquer le rire dans le cadre d’un renouveau de la poésie dialectale ? Il paraîtrait nécessaire de se pencher sur les fonctions du rire dans la poésie dialectale égyptienne qu’il soit festif, grossier, divertissant, direct, indirect, etc.
Dans une période ultérieure, Ḥusayn Šafīq al-Miṣrī (1882-1948) dans sa poésie Ḥalmantīšī a réécrit des poèmes de la vie quotidienne en utilisant l’humour. Par conséquent, il a traité des thèmes variés sur l’ironie tels que la collecte d’impôts exorbitants et de l’injustice, la revendication de dévotion, la fausse fierté, la corruption et de la venue de personnes médiocres et de clowns au rang de dignitaires.
Cette première journée d’étude sera consacrée à la thématique du rire dans la poésie dialectale égyptienne sous tous ses aspects, dans toutes ses représentations et dans tous ses enjeux. Dans de futures journées d’études, nous espérons élargir le champ d’étude du rire pour s’ouvrir sur d’autres genres dans la littérature égyptienne comme le roman, le théâtre ou le chant.
 
Bibliographie non exhaustive :
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  • TALAAT, Sahar M. (2010-2011). « Rêves et réalités : la caricature égyptienne », dans afkar/ideas (http://www.afkar-ideas.com).
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