Changement linguistique : diffusion et formes résiduelles

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Date limite :
Lundi, 1 juin, 2015
Equipe de recherche :

Changement linguistique : diffusion et formes résiduelles

 
Journée d’étude organisée par le CREE et le CERMOM de l’Inalco et le GEO de l’Université de Strasbourg
 
Inalco, vendredi 27 novembre 2015
 
 
Cette journée d’études s’inscrit dans le cadre du projet « Langues et sociétés – changements internes et externes : similitudes et divergences » qui vise à la collaboration entre chercheurs travaillant sur le changement, dans ses dimensions linguistiques et/ou sociales. On s’y penchera plus particulièrement sur les étapes et degrés de diffusion des changements, ainsi que sur les formes résiduelles qui résultent des changements pouvant être perçus comme inaboutis, y compris lorsque cet inaboutissement ne pourrait être que transitoire.
 
L’étude du changement linguistique à la fois en tant que processus et résultat a permis de systématiser, sur la base des régularités observées, les paramètres qui le caractérisent : causes d’apparition, mécanismes de changement et types de changements en fonction du domaine de langue affecté ou en fonction de la nature du résultat. Certains de ces aspects ont motivé des recherches plus poussées1. D’autres demeurent difficiles à cerner et suscitent encore une nouvelle série d’interrogations.
 
Les propositions de communication pourraient explorer, sans restriction d’approche (linguistique, sociolinguistique, dialectologique, typologique, etc.) une des pistes suivantes :
 
Diffusion du changement linguistique : articulation des étapes
 
A la lecture des travaux antérieurs, on s’aperçoit de l’existence d’une certaine hésitation quant à l’enchaînement par lequel une forme, dans une langue ou variété donnée, remplacera ou prendra plus d’importance qu’une forme concurrente. On pense notamment au débat, centré principalement autour du changement phonétique, entre la théorie de la diffusion lexicale2  et l’hypothèse néogrammairienne de la régularité du changement phonétique.
 
De là se pose une première question sur la possibilité de définir une limite nette entre ces processus et étapes, étant donné qu’il n’est pas aisé, pour ne pas dire impossible, de documenter chaque production linguistique écrite ou orale qui pourrait témoigner d’un quelconque changement. Peut-on admettre que chaque changement passe par toutes les étapes définies ou qu’il existe des étapes indispensables et des étapes optionnelles ?
 
Diffusion du changement aux unités linguistiques vs diffusion au sein d’une communauté linguistique
 
On pourrait également s’interroger sur la pertinence de différenciation entre la diffusion d’un changement aux unités et aux contextes linguistiques vs aux membres et groupes de la communauté linguistique. S’agit-il vraiment de deux étapes différentes ou se déroulent-elles de concert ? Si elles sont  distinctes,  certains facteurs permettraient-ils d’expliquer l’ordre dans lequel elles se succèderaient ?
 
Facteurs motivant l’arrêt de diffusion du changement linguistique

Une troisième piste d’exploration possible serait de se pencher sur les facteurs externes et/ou internes qui pourraient concourir, dès lors que la diffusion d’une forme est amorcée, à l’arrêt de cette diffusion avant que ne soient affectées toutes les unités ou tous les contextes potentiellement concernés de la langue, avec pour conséquence l’apparition soit d’une nouvelle variation ou d’une variation selon une configuration nouvelle.
 
Diffusion intégrale ou partielle et formes résiduelles
 
De fait, les changements linguistiques diffèrent bien également quant au nombre d’unités ou de contextes qu’ils affectent une fois la diffusion arrêtée. On pourrait donc se demander sous quelles conditions et quels types de changements parviennent à toucher l’intégralité des unités qu’ils pourraient concerner. N’est-il pas en effet fréquent d’observer des changements partiels laissant une part d’unités non affectées, ces formes résiduelles qui, dans nombre de cas, constitueront plus tard des exceptions par rapport à une nouvelle norme au sein de la communauté linguistique ?
 
Caractéristiques de formes résiduelles
 
Un autre questionnement pourrait concerner les caractéristiques des formes non affectées par un changement inabouti, par rapport aux formes auxquelles il se serait étendu. Quel est à cet égard le poids relatif de la fréquence des formes, rôle des usages linguistiques3, et comment se combinent contextes phonétiques et considérations lexicales dans le cas du changement phonétique ?
 
Pour les variétés linguistiques dont les états antérieurs seraient moins ou peu documentés, on se penchera sur les démarches qui permettent éventuellement de distinguer, parmi les formes aujourd’hui irrégulières, celles qui sont à proprement parler résiduelles de celles qui résulteraient d’autres processus, comme par exemple un emprunt ultérieur ou une hypercorrection.
 
Formes résiduelles et innovation
 
Enfin, on pourrait se pencher sur l’implication éventuelle de formes résiduelles issues de changements anciens dans des innovations, variations ou changements ultérieurs. Dans quelle mesure ces formes pourraient-elles se comporter comme des « points faibles » du système, et être le lieu d’innovations ultérieures ?
 
 
Les propositions de communication (résumés de 2 500 signes maximum en français ou en anglais) sont à adresser avant le 1er juin 2015 à snejana.gadjeva(at)inalco.fr et magermanos(at)yahoo.com. La réponse du comité scientifique interviendra le 1er juillet au plus tard.
 
Comité d’organisation :
Snejana Gadjeva (Inalco), Marie-Aimée Germanos (Inalco).
 
Comité scientifique :
Georgui  Armianov  (Inalco), Julien  Dufour (Université  de  Strasbourg), Snejana Gadjeva (Inalco), Marie-Aimée Germanos (Inalco), Marijana Petrovic (Lacito, CNRS).
 
1 Christiane Marchello-Nizia (2006), Grammaticalisation et changement linguistique, Bruxelles, De Boeck.
Thomas  Verjans  et  Claire  Badiou-Monferran  (éd.)  (2015),  Disparitions.  Contributions  à  l’étude  du  changement linguistique, Paris, Honoré Champion.
William Labov (1994, 2001, 2010), Principles of Linguistic Change (3 vols). I. Internal Factors. II. Social Factors. III. Cognitive and cultural Factors, Malden et Oxford, Wiley-Blackwell.
2 Développée à la suite de William Wang (1969), Competing Changes as a Cause of Residue, Language, 45, p. 9-25.
3  Evie Coussé et Ferdinand von Mengden (eds.) (2014), Usage-based approaches to language change, Amsterdam, J. Benjamins.