Colloque international : Lexique et corps humain

Le Centre de recherche Europes-Eurasie (CREE) de l’Inalco – axe « Dictionnaires, corpus, réseaux. Changements linguistiques » – lance un appel à communications pour un colloque international Lexique et corps humain, qui se déroulera les 24 et 25 avril 2020 à Paris.
Deux hommes recroquevillés
Date limite :
Mardi, 15 octobre, 2019
Equipe de recherche :

Argumentaire

Lors de ce colloque, nous nous intéresserons au lexique relatif au corps humain, appelé vocabulaire somatique, dans les langues du monde.

Il s’agit du corps humain dans tous ses états tel que le représente ou l’imagine la langue : éléments du corps (cœur, front, tête, nombril, foie), couverture du corps (peau, ongles ; poil, poilu), fluides corporels (sang, larmes ; transpirer), etc. Bien que l'objectif principal du colloque soit de parler  du corps chez l'être humain, nous n'excluons pas d’étendre la discussion au corps des animaux — si le nom d'un corps humain fait également référence à la partie correspondante du corps d'un animal.

Le vocabulaire somatique est réputé pour avoir un statut particulier dans les langues du monde. Notre intérêt pour l’analyse de ce vocabulaire est motivé par trois raisons principales : 

  1. Le vocabulaire somatique joue un rôle important dans le lexique fondamental de toute langue (acquisition du vocabulaire par un enfant, enseignement à l’école, etc.). C’est entre autres par ces unités lexicales que l’on commence souvent l’apprentissage d’une langue étrangère.
  2. Il possède un grand potentiel métaphorique et se prête très facilement à la phraséologisation.
  3. À travers le prisme du vocabulaire somatique, on est à même d’aborder des problèmes linguistiques qui peuvent concerner le lexique dans sa globalité.

Évoquons quelques-uns de ces problèmes linguistiques. Cf. IORDANSKAJA Lidija (1996) : « Foreword : the human body and linguistics » in Iordanskaja et Paperno, A Russian-English Collocational Dictinary of the Human Body, Columbus : Slavica Publishers, xi-xxvii.

Lexicalisation
Même si le corps humain est un universel physique, le vocabulaire somatique donne lieu à un grand nombre de différences de lexicalisation. Chaque langue a sa propre façon de procéder pour diviser le corps et lexicaliser chaque élément du corps (par exemple, ręka en polonais désigne la main, le poignet et l’avant-bras jusqu’au coude et n’a pas d’équivalent en français).

Combinatoire lexicale
Les écarts dans la combinatoire d’unités lexicales  sémantiquement similaires sont  souvent inattendus (même si leur existence a parfois une explication dans l'histoire de la langue). Par exemple, en russe, on peut dire kaštanovye volosy ‘cheveux couleur de châtaigne’, mais l’on ne peut pas parler d’une barbe ou d’une moustache couleur de châtaigne (?kaštanovaja boroda, ?kaštanovye usy). Les collocations de ce type sont un véritable casse-tête pour les traducteurs ou pour les apprenants d’une langue étrangère qui reste souvent ignoré par les auteurs des dictionnaires.

D’après Lidija IORDANSKAJA (Iordanskaja, op.cit), une partie du corps peut être considérée comme : • un élément de l'apparence extérieure d'une personne ; • une source de sensations ; • un lieu de maladie ou de blessure ; • un indicateur de l'état émotionnel ou physique temporaire ou une caractéristique permanente de la personne ; • un organe remplissant certaines fonctions (sentir avec le nez) ; • un « organe » que la personne utilise pour exécuter des mouvements, des signes ou des gestes.

Chacune de ces facettes sémantiques correspond à un ensemble de collocations spécifiques à chaque langue, ce qui représente un vaste terrain d’analyse et de comparaison.

Synonymie
La multifonctionnalité des éléments du corps sert également de base pour établir des distinctions entre des unités lexicales ayant une dénotation apparemment identique. Deux unités lexicales peuvent désigner le même élément du corps, mais avoir des potentiels expressifs différents selon le point de vue à partir duquel elles caractérisent cet élément. Par exemple, ventre en français peut être utilisé avec des associations positives esthétiques et/ou sexuelles (joli ventre, ventre plat, etc.), ce qui est assez difficile avec son synonyme familier bide (?joli bide, ?bide plat).

Polysémie
On pourrait supposer que les lexies désignant les mêmes éléments du corps possèdent le même potentiel pour le développement de la polysémie. Néanmoins, il n’est pas toujours possible de prédire quelle nouvelle signification « mûrit » à l’intérieur de chaque vocable.

Appréciation (positive/ négative), connotations, etc.
Le domaine des parties du corps comprend de nombreuses expressions appréciatives – expressions qui reflètent une attitude positive ou négative de la part du locuteur envers le « possesseur » d'une partie donnée du corps.

L’objectif du colloque est de réunir les spécialistes en :

  • lexicologie (y compris comparative) ;
  • lexicographie monolingue et bilingue ;
  • phraséologie ;
  • traductologie ;
  • didactique du vocabulaire.

Les thématiques abordées seront notamment :

  • la cartographie lexicale du corps humain ;
  • les connotations  des noms des éléments  du corps ;
  • le lexique somatique et les registres de la langue (y compris la terminologie : médicale, juridique, etc.) ;
  • la polysémie (métonymie, métaphore, etc.) et la synonymie du lexique somatique, et d’autres problèmes linguistiques.

Renseignements pratiques

Les propositions de communication portant sur des recherches spécifiques en cours ou abouties sont à envoyer avant le 15 octobre 2019.
Les notifications d’acceptation ou de refus des propositions de communication seront transmises aux auteurs au plus tard le 15 décembre 2019, et un premier programme provisoire du colloque suivra aux alentours du 15 février 2020.
Les communications orales seront de 20 minutes (auxquelles s’ajouteront 10 minutes pour les questions), et la langue de présentation sera préférablement le français, même si l’anglais est envisageable.
La publication d'une sélection d'articles longs est prévue.

Comité scientifique

Jean-Claude ANSCOMBRE, Université Paris 13 Nord, CNRS, France
Gueorgui ARMIANOV, Inalco, CREE, France
Lucie BARQUE, Université Paris 13 Nord, CNRS, France
Henri BÉJOINT, Université Lyon-2, CRTT, France
Vladimir BELIAKOV, Université Toulouse Jean-Jaurès, France
Xavier BLANCO, Université Autonome de Barcelone, Espagne
Paolo FRASSI, Université de Vérone, Italie
Lidija IORDANSKAJA, Université de Montréal, OLST, Canada
Marie-Claude L’HOMME, Université de Montréal, OLST, Canada
Jasmina MILIĆEVIĆ, Université Dalhousie, OLST, Canada
Yayoi NAKAMURA-DELLOYE, Inalco, IFRAE, France
Louise OUVRARD, Inalco, PLIDAM, France
Bert PEETERS, Université Nationale Australienne, Australie
Alain POLGUÈRE, Université de Lorraine, ATILF-CNRS, France
Vincent RENNER, Université Lyon-2, CRTT, France
Valentin TOMACHPOLSKI, Université Fédérale de l’Oural, Russie

Comité d'organisation

Enseignants-chercheurs
Elena AKBORISOVA, Inalco, PLIDAM
Snejana GADJEVA, Inalco, CREE
Svetlana KRYLOSOVA, Inalco, CREE
Natalya SHEVCHENKO, Université Lyon-2, CRTT & Inalco, CREE

Doctorants
Tomara GOTKOVA, Université de Lorraine, ATILF CNRS
Lidia KOLZOUN, Université de Lorraine, ATILF CNRS
Polina MIKHEL, Université de Lorraine, ATILF CNRS
Avec la participation de
Nikolay CHEPURNYKH, Université de Lorraine
Darya DOROZHKOVA, Inalco
Tatiana OSSIPENKOVA, Inalco

Madalités de soumission

Les propositions de communications en français ou en anglais d’environ 500 mots hors bibliographie seront envoyées à l’adresse lexique2020@gmail.com avant le 15 octobre 2019 aux formats PDF et Word (.docx) / LibreOffice (.odt). Elles comporteront :

  • Nom, prénom et affiliation(s) académique(s) de l’auteur
  • Adresse électronique de correspondance
  • Titre de la communication
  • Cinq mots-clés
  • Objet(s) d’étude
  • Problématique
  • Hypothèse(s) de recherche
  • Principal/aux objectif(s)
  • Cadre(s) théorique(s)
  • Bibliographie succincte éventuellement (10 références maximum)

Rappel des dates clés

  • Envoi des propositions de communication : 15 octobre 2019 au plus tard
  • Envoi des notifications d’acceptation et de refus : 15 décembre 2019 au plus tard
  • Publication du programme : vers le 15 février 2020
  • Tenue du colloque : 24 et 25 avril 2020