Journée d'études : "Gogol, l'imposteur"

se déroulera le Jeudi 11 février 2021 à l'Inalco, Paris

APPEL A CONTRIBUTIONS
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Date limite :
Mardi, 29 septembre, 2020
Equipe de recherche :
Le nom de Nikolaï Gogol est communément associé aux notions d'énigme, d'absence et de fuite, qu'il s'agisse de son œuvre ou de sa vie, telle qu'elle se reflète dans les témoignages de ses contemporains. Dans l'une comme dans l'autre apparaît une « conscience labyrinthique » qui, selon Vladimir Jankelevitch, est à la fois celle du menteur et de l'ironiste. Gogol l'imposteur, c'est l'écrivain qui surveille toujours avec effroi son propre effet (Abram Tertz), c'est l'illusionniste et le mystificateur, capable d'édifier jusque dans sa correspondance des mensonges compliqués et inutiles : c’est, à la fois, un « enchanteur » et un « imitateur » (Viktor Erlich).
 
La notion d’imposture qui donne son titre à cette Journée d’études ne correspond pas à un terme strictement équivalent en russe. Il semble bien qu'à samozvantstvo – terme rattaché dans l'histoire russe à la prolifération des faux tsars pendant le temps des Troubles, il faille préférer le terme générique obman, notion qui englobe les champs lexicaux du mensonge et de l'illusion. En effet, le mensonge  (lož'), comme intention de tromper, est un premier fondement de l'imposture ; l'illusion (illjuzija, mais aussi mečta et prelest'), comme tromperie de soi-même, en est le second fondement. L'un et l'autre sont intrinsèques au monde fictionnel de Gogol, que Iouri Lotman qualifie de « pseudo-monde », notamment dans les récits pétersbourgeois : un monde qui fait seulement semblant d'exister, et auquel correspond une écriture qui reflète cette pseudo-consistance.
 
Les masques verbaux dont use Gogol semblent en effet calculés pour égarer le lecteur ; ils génèrent chez lui le sentiment qu'il se trouve face à des textes qui échappent ou résistent aux efforts herméneutiques, parfois de manière tout à fait explicite, comme à la fin du Nez par exemple. De manière oblique, le lecteur est invité à produire du sens à partir de récits en apparence absurdes, où prolifèrent les alogismes et les associations incongrues, eux-mêmes greffés sur des sujets souvent tirés de la culture populaire russe et ukrainienne, par l'intermédiaire du théâtre de marionnettes ou du lubok qui deviennent à leur tour autant de masques.
 
Différents axes sont possibles pour approcher Gogol l'imposteur, et cette exploration pourrait emprunter les chemins suivants, suggérés à titre indicatif :
  • Les impostures narratives : les masques narratifs et les illusions du skaz ; les défis au lecteur, sous forme d'excès descriptifs et d'accumulations, base d'une « poétique de l'insignifiance » (Cathy Popkin).
  • Les Extraits choisis de ma correspondance avec mes amis : cas d'auto-parodie, cas d'imposture ? Gogol est traité de Tartuffe au moment où il se veut le plus sincère.
  • Les personnages inconsistants (souvent dérivés de figures du théâtre populaire ou du lubok), les simulacres de vie.
  • -a dialectique du masque et du visage, et en particulier l'ambiguïté du masque : forme inerte qui manifeste une âme morte, dissimulation d'une profondeur, forme inanimée qui contrefait le vivant et se substitue à lui.
  • La théâtralité et l'illusion, les masques du baroque.

Les propositions de contributions (1500 signes maximum) sont à envoyer à Catherine Géry et Pierre-Etienne Royer au plus tard le 29 septembre 2020.
catherine.gery@inalco.fr
peroyer165@gmail.com
 
Les réponses seront communiquées, après examen des propositions par le comité scientifique, à la fin du mois d’octobre.
Région du monde :
Europe et Eurasie