Troisième journée d’études internationale : Les printemps du théâtre : l’art à l’épreuve des révolutions

Le Centre de recherches Moyen-Orient Méditerranée (CERMOM) de l’Inalco lance un appel à communications, dans le cadre du cycle de recherches « Révoltes, révolutions et performance au Proche et Moyen Orient au 21ème siècle », pour la troisième journée d’études internationale : Les printemps du théâtre : l’art à l’épreuve des révolutions, qui se déroulera le 22 novembre 2019 au Théâtre de l’Odéon à Paris.
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Date limite :
Dimanche, 15 septembre, 2019
Equipe de recherche :


1/ Présentation du cycle de recherches
 

Depuis près de deux décennies, les régions du Proche et du Moyen-Orient ont connu de nombreux mouvements politiques, de révoltes, et de contestations. À travers des mouvements contestataires sectoriels, souvent réprimés, jusqu’aux grands mouvements sociopolitiques et/ou révolutionnaires (Mouvement vert iranien en 2009, Printemps Arabes en 2011), la société civile s’est dressée contre des régimes politiques autoritaires, inégalitaires et vieillissants. À cela s’ajoute la révolte palestinienne, qu’elle soit latente ou se manifeste à travers des mouvements de rébellion ponctuels.
Dans des sociétés où la liberté d’expression était limitée et le discours contrôlé, ces mouvements de révoltes se sont accompagnés de l’émergence et d’un renouvellement de la création artistique, notamment dans le domaine des arts de la scène.
Le cycle de recherches que nous avons mis en place a pour objectif d’étudier la trajectoire politique et sociale des pays des régions du Proche et du Moyen-Orient par le biais de la création artistique, en particulier les arts de la scène et de la performance. Il donne lieu à trois journées d’études, préparatoires à une publication et à un colloque qui se tiendra à l’horizon 2021.
Dans ces sociétés en mutation, il s’agit donc de s’interroger sur le lien entre création, révolte et révolution au cours d’une série de séances de travail, et sur la manière dont la création s’est faite l’écho des tensions à l’œuvre dans la société, comment celles-ci sont restituées à la scène. Les problématiques abordées pourront être nationales, régionales ou thématiques. Plusieurs pourront être traitées : la création dans un contexte d’oppression, la représentation de la révolte et du mouvement social à la scène, les objectifs politico-esthétiques des artistes, la capacité de l’art à transgresser des règles sociales ou politiques. En résumé, il s’agira à la fois de s’interroger sur le contexte socio- politique et la manière dont il influe sur la création, et de s’interroger sur la manière dont les artistes intègrent ces contraintes pour renouveler les dispositifs dramaturgiques et esthétiques.
 

2/ Appel à communications

 
Les deux première journées d’études de ce cycle nous ont permis d’étudier les transformations sociales, politiques et culturelles dans les pays des régions des Proche et Moyen Orients et leurs conséquences sur la création théâtrale (novembre 2018) ainsi que les problématiques liées à la création face à la censure (mai 2019).

Cette troisième et dernière journée de réflexion a pour objectif de se concentrer à l’étude des arts du spectacle en temps de Révolution, sur le lien entre théâtre et événement dit « révolutionnaire », celui des printemps arabes de 2011. Dans le contexte d’une remise en cause des structures politiques et sociales encadrant depuis plusieurs décennies les sociétés, la société civile a manifesté son opposition à grande échelle. Dans ce cadre, de nombreux projets théâtraux et performances ont vu le jour, notamment à la faveur de la mise en suspend des instances de contrôle, alors même que les frontières entre artistes professionnels, amateurs et activistes étaient brouillées.
Dès lors, face à une actualité devenant injonction à écrire, la question de la représentation de l’événement dans les dramaturgies et à la scène convoque des problématiques à la fois politiques et esthétiques. En premier lieu, dans le cadre d’un théâtre d’actualité qui tend à se définir en même temps qu’il se fait, une concurrence semble se dessiner entre représentation (réflexive, fictionnelle) et performativité de l’action politique, interrogeant la légitimité de la création et invitant les artistes à proposer de nouvelles formes, de nouvelles dramaturgies et de nouveaux dispositifs : chronique, épique, théâtre documentaire et de témoignage, agit-prop, théâtre participatif, performances dans l’espace public. Aussi, il est important de s’interroger sur la différence entre un théâtre qui se ferait en marge de l’événement, se positionnant en témoin de celui-ci pour rendre compte des transformations à l’œuvre ; et un théâtre qui aurait prétention à s’inscrire au cœur de l’événement, un théâtre à vocation performative, qui chercherait, par le discours et par le dispositif proposé, à être l’un des lieux où se jouent les nouveaux rapports de forces politiques et sociaux. Le théâtre est-il envisagé par les praticiens comme action ou réaction à l’actualité politique ? Le contexte des mouvements révolutionnaires nous permet ainsi de réfléchir à la question du théâtre politique et, peut-être, d’en donner de nouvelles définitions dans des situations spécifiques.
Il s’agit enfin de s’interroger sur la manière dont la révolution est abordée à la scène, sur la révolution comme thème venant innerver les dramaturgies et l’imaginaire individuel et collectif, au cours de l’événement et ensuite, jusqu’à aujourd’hui, que ce soit pour mettre en place des dispositifs mémoriels, d’élaborer une critique ou d’historiciser l’événement.
Alors qu’approche la célébration des dix ans des « Printemps arabes », notre étude tendra à se concentrer sur les trois pays centraux de ces révoltes : la Tunisie, l’Égypte et la Syrie, mais les communications traitant des arts du spectacle au Bahreïn, la Lybie et le Yémen sont également les bienvenues. De plus, à la lumière des évènements récents en Algérie et au Soudan, une ouverture sur la place des artistes dans ces sociétés en mouvement permettrait également d’élargir notre réflexion et de l’étendre à la fois géographiquement et dans le temps.
 
Les propositions s’appuieront sur des études de cas précises, et les auteurs veilleront à expliciter le lien entre la création et son contexte, en s’attachant à la fois aux enjeux politiques et esthétiques. Les thèmes suivants pourront notamment être abordés :
 
  • La place des artistes sur la scène politique et sociale : observateurs et/ou militants ?
  • Renouvellement de la création dans un contexte de mise en suspend des instances de contrôle
  • Formes, dispositifs et dramaturgies en temps de Révolution
  • Concurrence entre la représentation artistique et la performativité de l’action politique
  • Nouvelle pratiques discursives et nouvelles thématiques dans les dramaturgies
  • Théâtre(s) politique(s) en contexte
Cette journée de tiendra au Théâtre de l’Odéon, dans le cadre de la programmation du spectacle Les Mille et une nuits, mis en scène par Guillaume Vincent. Les participants seront invités à assister au spectacle à l’issue de la journée de travail.
  

ENGLISH : Call for communications

Cycle of researches “Revolts, revolutions and performance in the Middle East in the 21th century” 3rd International day of studies “The Springs of theatre: Art in time of revolutions”
 
The first two international days of studies of this cycle of research focused on the political, social and cultural changes in the countries of the Middle East and their consequences on the theatrical scene (November 2018) and on the issues of censorship (May 2019).
Following these two moments of reflexion and exchanges, this third third day aims to focus on the link between performing arts and the “revolutionary” events of the Arab Springs in 2011. In a context of a general questioning of the political structures that have been controlling the eastern societies for decades, the civil society has claimed its opposition on a large scale. In this context of uprising, many theatrical projects and performances appeared, especially when the institutions and their tools of control have been suspended. At the same time, traditional medias such as television, radio and written press challenged the dramatic form and the way it can talk about the political events. In this context, the frontier between art and political engagement, between artists (professionals and amateurs) and activists has often been blurred.
Then, when confronted to an actuality as an injunction to write, the question of the representation of the events in the plays and on stage tackles political and aesthetical issues. Firstly, in the frame of a political theatre of the actuality, that tends to defines itself in the context of its own creation, a concurrence appears between representation (reflexive, fictional) and action (political and aesthetic performativity). The artists have been questioning their own role and their legitimacy, and tried to invent and propose new forms: chronicle, epic theatre, documentary theatre, agit-prop, interactive theatre, performances in public spaces. In this perspective, we’ll have to distinguish a theatre in the margin of the events, that testifies of what is happening and represents the on-going changes, and a theatre that would directly participate in the events. This second sort of theatre could be a place when practitioners and spectators, as they are all citizens of a country under construction, would experience new political and social relations. Is theatre to be considered as an action or as a reaction to the political actuality? The context of these revolutionary movements thus enable us to think about the issue of what we call “political theatre”, and, maybe, try to find new definitions in specific situations.
Finally, we have to focus on the representation of the revolutionary movement on stage, and as a new theme that feed individual and collective imaginary during the event and in its aftermath, until today. The memory of the event, its critic or the process of historicization seem to be important topics.
While we are approaching to the anniversary of the ten years of the “Arab Springs”, our studies will focus on the three main countries where these uprisings erupted: Tunisia, Egypt and Syria, but the communications about performing arts in Bahrein, Yemen and Libya are also welcomed. Moreover, in the context of the current events in Algeria and Sudan, communications about the performing arts today in these countries would permit us to broaden our perspectives of research in time and space.

The proposals of interventions will lean on studies of cases, and the authors will pay attention to the link between the creation and its background, focusing at the same time on political and aesthetical stakes. The following themes could be treated:
 
  • The position of the artists on the political and social stages: observers and/or activists?
  • The competition between theatrical representation and performativity of political action
  • The renewing and transformations of the creation thanks to the suspension of the institutions and control.
  • Forms, settings and dramaturgies in times of Revolution
  • New narratives and new themes in the dramaturgies
  • Definitions of a “political theatre” in context 
This day of studies will take place in the Théâtre de l’Odéon, where the performance Les Mille et une nuits (One thousand and one nights) is programmed. The participants will be invited to attend the performance at the end of this day of work.
 

Modalités de participation

Les propositions (titre, résumé en français ou anglais de 2000 signes) ainsi qu’une brève notice bio- bibliographique sont à envoyer par mail en format .doc ou .pdf jusqu’au 15 septembre 2019, à l’adresse suivante :
revoltes.performance@gmail.com
 
Après la sélection, les candidats recevront une notification pour le 20 septembre 2019.
 

Participation

The proposals (titles, summary in French or English, 2 000 signs) and a short biography should be sent by mail before September 15th 2019, to :
revoltes.performance@gmail.com
 
After the selection, the candidates will receive the answer by September 20th 2019.
 
N.B : L’organisation de l’événement prend en charge les repas mais le transport et l’hébergement restent à la charge des participants.
The organization team furnishes the fooding during the workshop, but the participants will have to pay for their accomodation and transports.
 

Comité d’organisation

Yassaman Khajehi, Université Clermont Auvergne / CHEC
Pauline Donizeau, Université Paris Nanterre / HAR
Sobhi Boustani, Institut National des Langues et Cultures Orientales / CERMOM