|
LE
BERBERE EN FRANCE Les données quantitatives Confondus
dans l'ensemble de l'immigration maghrébine, les berbérophones
font par-tie, dans la catégorisation courante, de la population
dite "arabe" ou maghrébine. Le critère de la nationalité
tend à accentuer cette indistinction puisque les berbérophones
sont d'abord décomptés comme Algériens, Marocains,
voire Tunisiens et... Français. Rappelons aussi que les recensements
de la population en France ne s'intéressent pas à la langue
mater-nelle des enquêtés. Tout essai de quantification de
la berbérophonie en France ne peut donc être qu'approximatif. Une présence culturelle et scientifique forte Les données démographiques précédentes suffiraient à elles seules à expliquer la forte présence de la langue berbère en France ; d’autres facteurs historiques, idéologiques et institutionnels méritent également d’être rappelés. D’une part, la présence longue et conséquente d’une population berbérophone a fait que la France est, depuis longtemps, un pôle important de la vie culturelle berbère, tout particulièrement kabyle : depuis les années 1930 au moins, Paris est un des haut lieux de la chanson kabyle ; la France a été le lieu de naissance du disque, de la cassettes, du disque compact et du livre kabyles ; elle demeure un passage quasi obligé pour tous les créateurs et artistes kabyles, D’autre
part, la situation d'exclusion de la langue et de la culture berbères
qui a long-temps prévalu en Afrique du Nord a eu pour conséquence,
surtout en Algérie, le déplace-ment massif de l'activité
berbérisante vers la France et Paris. Depuis 1962, la majeure partie
de la production de/sur la langue berbère a été réalisée
en France. Cette "délocalisation" a touché bien
sûr les activités militantes berbères, culturelles
et politiques, mais aussi la pro-duction et la formation scientifiques
et même une très large part de la production culturelle. Une confirmation nette : le berbère au BAC Le berbère a toujours figuré sur la liste des (nombreuses) langues donnant lieu à épreuve facultative orale. En 1978 et 1979, pour les trois académies d'Ile de France, 30 et 40 candidats ont subi cette épreuve. En 1987, leur nombre était de 544 et, à partir de 1992, il dépassait le cap du millier ! A l'échelle nationale, le berbère était la langue la plus deman-dée pour cet oral facultatif, après les langues régionales de France. Depuis
la session 1995 du Baccalauréat, les épreuves facultatives
de langues "rares" sont passées à l’écrit.
L’INALCO a, par convention, la responsabilité de l’élaboration
des sujets et de la correction des copies. Pour l’instant, trois
dialectes sont proposés aux candidats : le kabyle, le tachelhit
et le rifain. La première session de 1995 a été une
véritable surprise puisque, contrairement à toutes les prévisions
qui tablaient sur un effondrement des effectifs, ce sont 1534 candidats
qui ont subi l’épreuve, dans toutes les académies
de France métropolitaine (avec une écrasante majorité
pour la région parisienne et, par ordre d’importance, Aix-Marseille,
Lille, Lyon, St. Etienne). Depuis 1995, le nombre de candidats en berbère
est progressivement passé de 1500 à 2250 (session 2004 du
Bac) pour toute la France. Ces
données quantitatives sont particulièrement intéressantes
au plan sociolinguistique car elles manifestent un fort attachement des
jeunes berbérophones de France à leur langue ; on peut même
parler d’adhésion militante puisque les difficultés
inhérentes à l’écrit, auxquelles l’écrasante
majorité d’entre eux ne sont pas préparés dans
le cadre scolaire, ne les ont pas dissuadés. S. Chaker Pour
plus d’informations sur le berbère en France : |