LES GENRES DE LA POESIE TRADITIONNELLE BERBERE : Domaine chleuh (4)

TIḤWACIT / TIYYIT
(distiques de femmes / d’hommes)

 

Le terme tiḥwacin est le pluriel de taḥwact et le féminin de aḥwac. Ce dernier désigne une cérémonie-spectacle où sont associés musique, chant, poésie, chorégraphie et danse exécutés par des hommes, des femmes et, parfois, des enfants des deux sexes (voir Lortat-Jacob 1980). Le poème chanté est long et souvent dit par les hommes, mais sans que les femmes en soient exclues, particulièrement quand il s’agit de joutes.
On peut alors voir en taḥwact le diminutif d’aḥwac d’autant plus qu’elle est exécutée par les femmes uniquement : elle consiste à chanter indéfiniment le même distique accompagné de musique tambourinée par la dame qui dirige un chœur de femmes et de jeunes filles. Parfois, ce sont les hommes qui font la musique mais ne participent pas au chant. Néanmoins, le terme Taḥwact dénomme uniquement le distique et non l’ensemble de l’exécution. Autrement dit, taḥwact est le poème le plus court qu’on puisse rencontrer dans le système littéraire chleuh, du moins dans le Haut-Atlas, particulièrement chez les Igliwa.

Quand on demande à une femme de dire une taḥwact (au sens de distique), on s’adresse à elle ainsi : gr kra n teḥwact (litt. : « lance/jette quelque petit poème (distique) » pour dire : « récite/dis/chante une taḥwact »).
Justinard a relevé les traits suivants pour ce qu’il traduit par « doublet » :
– Une nouvelle dénomination, tiytt, « un ou deux vers » modulé par le chef d’orchestre, appelé asiyas chez les Goundafa, puis répété par les danseurs.
– La répétition du doublet se fait indéfiniment.
– Chez les Ayt Baaqil (Sous), les femmes ne participent pas à ce genre alors que c’est le contraire chez les Goundafa (Haut-Atlas).
On notera que la seule différence entre taḥwact de la montagne et tiytt de la plaine concerne le sexe des exécutants et non la forme du texte poétique et son exécution.

Enfin, il faut signaler que ces distiques apparaissent souvent dans des poèmes plus longs. Ils acquièrent cette autonomie, qui permet de les citer hors de leur contexte, parce qu’ils ont une charge sémantique importante et une densité syntactico-rythmique remarquable aux yeux de la société qui les apprécie.

[A. BOUNFOUR]

Illustration :

Orientation bibliographique
– A. Bounfour : Introduction à la littérature berbère. I. La poésie, Paris/Louvain, Peeters, 1999.
– P. Galand-Pernet : Recueils de poèmes chleuhs I. Chants de trouveurs, Paris, Editions Klincksieck, 1972.
– P. Galand-Pernet : Littératures berbères. Des voix, des lettres, Paris, PUF, 1998.
– B. Lortat-Jacob, Musique et fêtes au Haut-Atlas, Paris, Mouton-Ehess, 1980.
– A. Roux A./A. Bounfour A (éd.)., Poésie populaire berbère (Maroc du Sud-Ouest/Igedmiwen), Paris, Editions du CNRS, 1990.

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