LES GENRES DE LA POESIE TRADITIONNELLE BERBERE : Kabyle (3)

Poésie rituelle

 

Certains poèmes sont inséparables des circonstances de leur énonciation. Ils sont pour la majorité produits par des femmes et chantés, à l’exception de l’azenzi n lḥenni qui est réservé aux hommes. Ces poèmes rituels accompagnent les activités essentielles de la vie : le travail, les mariages, etc. Il existe pour chacune de ces poésies chantées une terminologie autochtone. Cette terminologie définit à la fois la poésie et le rituel qui accompagne son énonciation.

a. Ccna n twizi ou chants de travail
Cette dénomination désigne les chants qu’on entonne lors des travaux collectifs dans les champs. Il existait dans la société traditionnelle kabyle – cette activité est résiduelle de nos jours – une activité d’entraide appelée tiwizi à l’occasion de laquelle les villageois se relayaient à tour de rôle dans les champs pour les travaux exigeant beaucoup de main d’œuvre, notamment la cueillette des olives. Dans ces circonstances, les travailleurs chantaient en chœur des chants destinés à soutenir l’effort. Ces chants ont la forme de dialogues entre le propriétaire du champ et ses auxiliaires. Les poèmes forment une longue succession de strophes où la voix du propriétaire du champ et celle de ses aides se répondent.

b. Asiwel n lḥenni ou déclamation du henné
Le terme a un double sens : il désigne d’abord la cérémonie d’imposition du henné au jeune marié lors du mariage. Il renvoie également aux poèmes dits en son honneur par un poète du village. L’officiant est généralement un homme reconnu pour sa maîtrise ce genre poétique très ritualisé ; les bons spécialistes deviennent de plus en plus rares.

c. Tibuɣarin ou chants de louanges
Tibuɣarin sont des poèmes chantés exclusivement par des femmes. Lors des mariages, les femmes du village réputées pour leur don poétique se rassemblent et font, en solo ou en chœur, l’éloge du nouveau marié ou de la nouvelle mariée. Les chants, succession de petites strophes poétiques, sont ponctués par les youyous des femmes présentes.

d. Adekkeṛ ou chant mystique
Adekkeṛ désigne à la fois le rituel et les chants religieux et mystiques qu’on répète en chœur, rythmés par la répétition du nom de Dieu, notamment lors de veillées funèbres. Les chants sont une évocation de Dieu, du jugement dernier, etc. Les textes poétiques chantés dans l’adekkeṛ sont de haute facture : il s’agit dans beaucoup de cas de tiqsiḍin, de longs poèmes relatant la vie de saints personnages.

[A. AMEZIANE]


Illustrations :

Azenzi n lḥenni (chant du henné) 
Tibuɣarin (chant de louange)
Ccna n tiwizi (chant de travail)
 Adekker (chant mystique)

 

Orientation bibliographique
– D. Abrous :« Kabylie : littérature », Encyclopédie berbère, XXVI, Aix-en-Provence, Edisud, 2004, p. 4071-4074.
– A. Bounfour : Introduction à la littérature berbère. I. La poésie, Paris/Louvain, Peeters, 1999.
– P. Galand-Pernet : Littératures berbères. Des voix, des lettres, Paris, PUF, 1998.
Encyclopédie berbère, XII, 1993, « Chants » (par M. Peyron, F. Aït Ferroukh, N. Mécheri-Saada).
FDB/Le Fichier Périodique, 128, 1975 (IV), « Chant rituel d’imposition du henné ».

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