Dans le cadre de la commémoration du centenaire de la guerre d'indépendance turque

Dates :
Vendredi 9 septembre 2022 - 19:00 - 20:00
Lieu :
Inalco, PLC (65, rue des Grands Moulins - 75013 Paris) - Auditorium

Présentation de L’Épopée de la guerre d’indépendance de Nâzim Hikmet, 
par la troupe Indépendance, avec Emma Bouzon-Roulle, Léa Darmon-Raphoz, Yigit Dokurlar, Léa Loïc, Nicolas Robinet, Léna Tocquer.

L’ouverture du centenaire se fera avec une interprétation de L’Épopée de la Guerre d’indépendance, du poète engagé Nâzim Hikmet. Les éditions Turquoise ont imaginé cette mise-en-scène pour faire connaître ce grand poète du XXe siècle, et encenser l’importance de la résistance et de l’indépendance. Cinq comédiens feront exister ces vers, cette guerre de libération et ces résistants, le temps d’une pièce mélant Histoire, poésie et théâtre.
 
À gauche, le poète Nâzim Hikmet, et son ami dessinateur Abidin Dino à droite.
À gauche, le poète Nâzim Hikmet, et son ami dessinateur Abidin Dino à droite (1951, Istanbul)


S’il existe des poèmes du XXe siècle sur le combat pour la libération d’un peuple, tel « Les Lilas et les Roses » d’Aragon, l’œuvre lyrique de Nazim Hikmet nommée L’Épopée de la guerre d’Indépendance, bâtie sur cet événement majeur de l’histoire du pays, est sans équivalent et constitue l’un des piliers de la littérature turque. L’auteur la créa depuis sa cellule, entre 1939 et 1941, sans s’être rendu lui-même sur le front, mais en écoutant les témoignages des codétenus des diverses prisons dans lesquels il fut incarcéré. 
Le poète retrace les faits historiques des années 1919-1922 dans l’ordre chronologique au sein des huit livres qui composent son poème. Et à l’image des prisonniers rencontrés, c’est le peuple anonyme qui constitue la figure centrale de l’épopée.  
Celle-ci débute par « Eux » :
 
Eux qui sont innombrables
                comme les fourmis dans la terre,
                          les poissons dans l’eau,
                                   les oiseaux dans l’air,
eux qui sont poltrons,
            courageux,
                ignorants,
                   et sages,
                        eux qui sont des enfants,
eux qui font table rase,
                        et eux qui créent,
notre livre ne contera que leurs seules aventures.
Eux qui, se laissant prendre aux menées du traître,
                                jettent leur drapeau
et, abandonnant l’arène à l’ennemi,
                             courent s’enfermer chez eux,
et eux encore qui percent de leur poignard le traître,
eux qui rient comme l’arbre vert,
eux qui pleurent trop tôt,
eux qui injurient père et mère,
notre livre ne contera que leurs seules aventures.

 
 
Et se termine par :
 
« Telle une cavale 
      venue au grand galop de l’Asie lointaine,
              la tête tendue vers la mer, 
                     ce pays est le nôtre.
Poignets ensanglantés, dents serrées, pieds nus, 
et cette terre qui est un tapis de soie,
      cet enfer,
             ce paradis,
                     sont nôtres.
Que les portes des maîtres se referment,
                     pour ne plus jamais s’ouvrir,
supprimez l’esclavage de l’homme par l’homme,  
                     cette invite est la nôtre…
Vivre seul et libre comme un arbre,
et fraternellement comme une forêt,
                      cette nostalgie est la nôtre… » 

 
Du fond de sa prison, Nâzim Hikmet orchestre d’un geste ample ce qui fonde la fierté nationale turque.
 
Dessin d’Abidin Dino pour l’ouvrage L’Épopée de la guerre d’indépendance (Kuvayi Milliye Destani) de Nâzim Hikmet.
 

Biographie de Nâzim Hikmet 

Nâzim Hikmet Ran est l'un de ces rares artistes dont l'art, la vie et la vision du monde forment un tout. Au même titre que Aragon, Brecht ou Neruda, il fait partie des grands écrivains et poètes de la littérature occidentale du XXe siècle. Son combat politique a toujours été la source principale de sa poésie. À la fois journaliste, poète, dramaturge et scénariste, ses vers libres forgeront son identité à l'image de sa pensée et de son engagement politique pour le Parti communiste. La constance de son engagement lui coûta près de quinze années de privation de liberté qui stimulèrent sa créativité. 
C'est en effet durant une de ces périodes, qu'il rédigera en 1939 son célèbre recueil L'épopée de la guerre d'indépendance, témoignant de sa volonté de revalorisation d'une authenticité turque, voir de toute une humanité.
Figure controversée, il sera banni de la citoyenneté turque en 1951, mais recevra le prix international de la paix en 1955.
 
Quand j'ai atteint trente ans on a voulu me pendre,
à ma quarante-huitième année on a voulu me donner 
            le prix mondial de la paix
            et on me l'a donné.

 
Sa mort en 1963 à Moscou sera néanmoins prestigieuse, et sa nationalité turque lui sera rendue de manière posthume.

Type : 

  • Evènements culturels