Doctoriales de l’Europe médiane, de l’espace russe et (post-)soviétique (DEMEPS 2023) : "Rupture(s)"

Dates :
Jeudi 16 novembre 2023 - 13:00 - Vendredi 17 novembre 2023 - 16:00
Lieu :
Le 16-11 à l'Inalco - Maison de la Recherche - Salon Borel - 1er étage (2, rue de Lille – Paris 7ème) et le 17-11 à l'Inalco - PLC - Amphi 6 (matin) et Amphi 1 (après-midi) - 1er étage (65, rue des Grands Moulins - Paris 13ème)
Modalités : En présentiel
  • Entrée libre sur présentation d'une pièce d'identité (dans la limite des places disponibles)

Le Centre de Recherches Europes-Eurasie-CREE (Inalco) avec le soutien des GDR n° 3607 « Connaissance de l’Europe médiane » et n°2064 « Empire russe, URSS et monde post-soviétique a le plaisir de vous convier aux  « Doctoriales de l’Europe médiane, de l’espace russe et (post-)soviétique (DEMEPS 2023)  » qui auront pour thème : "Rupture(s)"


Les « Doctoriales de l’Europe médiane, de l’espace russe et (post-)soviétique » ont pour objectif de créer un lieu régulier de dialogue commun à l’ensemble des chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et post-doctorants travaillant sur un large espace couvrant l’Europe médiane, la Russie et l’Asie centrale, quel que soit leur champ disciplinaire.

Dans ce but, des chercheurs et enseignants-chercheurs et directeurs des principales unités de recherche travaillant sur ces régions ou exerçant des responsabilités dans le cadre des deux GDR CNRS, « Connaissance de l’Europe médiane » et « Empire russe, URSS, monde post-soviétique » (GDRUS), se sont associés pour fournir un cadre de travail régulier dont ces Doctoriales 2023 seront le second rendez-vous, après la première édition qui s’est tenue en juin 2021.

Ces deuxièmes Doctoriales s’adressent aux doctorants à partir de la deuxième année et aux jeunes chercheurs post-doctorants ayant soutenu leur thèse après le 1er janvier 2020. Les doctorantes et doctorants inscrits en 1ère année de doctorat au cours de l’année universitaire 2022-2023 sont les bienvenus pour participer aux discussions.

 
Routes détruites
Outskirts of Kyiv after Russian invasion of Ukraine, 5/04/2022 © Oleksandr Ratushniak
 

ARGUMENTAIRE DE LA MANIFESTATION SCIENTIFIQUE

L’invasion soudaine et brutale de l’Ukraine par la Fédération de Russie en février 2022 constitue une « rupture » majeure en Europe et dans le monde. Bien que ce conflit soit en cours depuis le printemps 2014 avec l’annexion de la Crimée et l’intervention de l’armée russe dans le Donbass en soutien aux mouvements sécessionnistes pro-russes, son escalade brutale a pris de court la communauté internationale et ses observateurs. Si les alertes répétées des différents services de renseignement et la détérioration croissante des relations entre les pays occidentaux et la Russie depuis 2008 peuvent être considérées a posteriori comme autant de signes avant-coureurs, le choc et l’ampleur des transformations résultant de ce conflit semblent marquer l’avènement d’une nouvelle ère. Plusieurs termes peuvent retranscrire ces mutations plurielles. Certains préfèrent l’emploi des termes « basculement », « bouleversement » ou même « interrègne », pour reprendre la dénomination gramscienne dérivée du marxisme ; nous nous en remettrons à celui de « rupture » pour rendre aussi bien compte de l’état de sidération dans lequel les spécialistes de nos aires culturelles et linguistiques ont été plongés au matin du jeudi 24 février 2022, que des répercussions de l’invasion russe à toutes les échelles, du local au global.

En raison de cette omniprésence du concept de rupture dans les discours et analyses des problématiques liées à notre époque, qu’elles soient d’ordre politique, économique, social, écologique ou technologique, nous avons choisi de consacrer l’édition 2023 de nos Doctoriales à ce même concept dont l’actualité et les enjeux ne sont pas étrangers aux populations, sociétés et langues des régions que nous étudions. Au-delà de leurs propres trajectoires historiques, les peuples d’Europe médiane et de l’espace de l’ex-URSS partagent une expérience commune faite de ruptures et de renversements de tous ordres : guerres et guerres civiles, retournements d’alliances, changements de statut des territoires et effondrements d’empires, révolutions (y compris artistiques et littéraires) et révoltes, changements de régime et crises politiques, économiques et sociales, famines et épidémies, violences et répressions contre des groupes de population, catastrophes écologiques, industrielles et naturelles, etc.

Le mot vient du latin ruptura, dérivé de ruptum qui signifie « rompre, briser, casser ». Parmi les différentes définitions de « rupture », il y a « la fracture d’une chose solide (…) sous l’effet d’efforts ou de contraintes trop intenses[1] » ainsi que la « destruction due à la pression d’une force supérieure à la résistance qui lui est opposée[2] ». Ces premières descriptions offrent déjà des pistes de réflexion à celles et ceux qui travaillent aussi bien sur les questions de morcellements et recompositions politiques et culturelles que celles des continuités et héritages, notamment impériaux, en Europe médiane et dans l’espace (post-)soviétiques,. On pense tout particulièrement aux guerres, entre États, civiles ou coloniales, aux indépendances nationales obtenues ou entravées d’un coup, mais également aux révolutions et aux révoltes, voire à des réformes majeures qui ont imposé ou favorisé des changements de régime et de système économique et social, voire d’idéologie, de langue, de religion, de normes et de cultures.

La rupture consiste ainsi, pour l’histoire, en l’interruption brutale d’un processus d’identification, d’une situation ou d’un événements inscrit dans la durée[3]. Dans leur ouvrage Penser la rupture : Définitions et représentations, Mathieu Dubois, Marc Michaud et Gwénola Sebaux font de la rupture un « instrument d’articulation entre continu et discontinu ». En Europe centrale et orientale, il est courant qu’une seule génération ait connu plusieurs régimes politiques, des changements linguistiques et de nationalité, des déplacements de frontières et de populations ainsi que l’effondrement des empires. Dès lors se pose la question de l’impact de ces ruptures sur les sociétés de l’Europe médiane et de l’espace (post-)soviétiques. Quel rôle jouent-elles dans les constructions étatiques et interétatiques, dans les évolutions et les structures sociales, économiques et politiques ou géopolitiques, dans les processus culturels, linguistiques et identitaires à l’œuvre dans ces aires ? Comment évaluer la part d’incertitude et de flottement qu’elles génèrent, attendu qu’elles ne s’imposent pas de manière homogène et uniforme à tous les espaces, individus et groupes ? Et comment tenir ensemble les ruptures décisives ou jugées comme telles par les acteurs, et celles qui sont ou ont été effacées, contrebalancées par les continuités, les inerties et les conservatismes ? À quels obstacles les sociétés d’Europe médiane et de l’espace post-soviétiques ont-elles été confrontées lors de leurs transitions vers de nouvelles normes et valeurs ? Ces dernières ont-elles été vecteur d’intégration et de reconfiguration des identités et des mentalités ? Les nouvelles générations sont-elles toujours marquées par les représentations de soi et des autres de leurs aînés ?

Nous nous interrogerons enfin sur la manière dont la rupture fait irruption et se donne à voir. Dans le domaine des arts et de la littérature par exemple, la rupture des codes et des normes interroge le spectateur et mène à de nouvelles réflexions tout en défiant un pouvoir susceptible de recourir à la censure, que ce soit sous les empires tsariste, allemand et austro-hongrois, ou en URSS et dans certains États successeurs. Les révoltes d’ancien régime, celles des XVIIIe et XIXe siècle, comme celles du XXe siècle dans l’espace soviétique et dans les pays dits de « démocratie populaire » entendaient rompre avec ce qui était vécu jusqu’alors. Insubordination, rébellion, subversion et transgression sont des concepts que nous souhaiterions ainsi voir aborder par les participants afin de mieux saisir dans leur diversité les façons dont comment s’organisent et se produisent et se déploient les ruptures.
 

PROGRAMME DE LA MANIFESTATION SCIENTIFIQUE

Jeudi 16 novembre 2023
Inalco - Maison de la recherche - Salon Borel - 1er étage (2 Rue de Lille,  Paris 7ème)

  • 13h00 – Accueil et mot d’ouverture
  • De 13h15 à 14h45Panel 1 : Exils et exodes littéraires
- Modératrice : KOZYREVA Anastasia (CREE, Inalco)
- EREBIKHINA-NOËL Daria (CESC, ILCEA4, Université Grenoble Alpes) : « Rupture avec le pays natal : transformation de l’expérience exilique en recréation de soi par l’écriture autobiographique »
- LAKINE Denis (CREE, Inalco) « À qui s’adresse Vladimir Voïnovitch en exil ? Les publics de L’Union soviétique antisoviétique (1985) »
- POUSSON Guilhem (EUR’ORBEM, Sorbonne-Université) « Les nœuds imperceptibles. Exode et rupture du contrat impérial dans Résurrection de L. N. Tolstoj »
  • De 14h45 à 15h15 – Pause-café
  • De 15h15 à 16h15 – Panel 2 : Ruptures matérielles, ruptures symboliques : lecture socio-politique de la pénurie et de l’absence
- Modérateur : FEDIUNIN Jules Sergei (CESPRA, EHESS)
- NEUFVILLE Camille (ARCHE, Université de Strasbourg) : « “Pas de thé”: gestions, expériences, et imaginaires de la pénurie de thé en Russie et dans le Caucase (1915-1925) »
- ARTEMEVA Ekaterina (THALIM, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle et Université de Lausanne) : « La Retraite de Russie : le départ de la société Pathé frères de l’Empire russe en 1918-1919 »
  • 16h15 – Conclusion de la journée et verre de l’amitié

 

Vendredi 17 novembre 2023
Inalco - Pôle des langues et civilisations, Amphi 6 - 2ème étage (65, rue des Grands Moulins, Paris 13ème)

  • De 9h30 à 10h00 : Accueil avec café au Club
  • De 10h à 11h30 – Panel 3 : Les grandes ruptures (géo-)politiques du XXème et XIXème siècle
- Modératrice : XAILLY Léa (CREE, Inalco)
- WELLER Clara (MAGIIE, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle) : « Les ruptures géorgiennes : ambiguïté internationale et fossé sociétal »
- LAURENT Claire (LiLPa, Université de Strasbourg) : « Rupture et continuité des représentations de l’unité européenne dans le discours politique polonais lors des élections européennes de 2019 »
- OJOGA Ecaterina (CETOBaC, EHESS) : « Ruptures et continuités de l’impérialisme russe dans la question bessarabienne après la Révolution russe »
  • De 11h30 à 13h00 – Pause déjeuner, couloir des traducteurs au niveau -1


Inalco - Pôle des langues et civilisations, Amphi 1 - 2ème étage (65, rue des Grands Moulins, Paris 13ème)

  • De 13h00 à 14h00 – Panel 4 : Perspectives anthropologiques : comment rompre avec la rupture ?
- Modératrice : SADOZAÏ Mélanie (Institute for European, Russian and Eurasian Studies, Université George Washington)
- LINAIS-AOULOVA Isabelle (CHSP, EPHE) : « Les sources documentant le retour des émigrés au Tadjikistan soviétique (années 1920) : un levier de normalisation familiale et économique en temps de rupture révolutionnaire »
- LE GALL Grégoire (Géographie-cités, EHESS) : « La parenté et la ligne de front : vécu de la distanciation et sens donné aux ruptures familiales russoukrainiennes »
  • De 14h00 à 14h30 – Pause-café au Club
  • De 14h30 à 16h00 – Panel 3 : Art et mémoire : rendre visible la rupture
- Modératrice : AFONSO Richelli (CERCEC, EHESS)
- WALKIEWICZ Pauline (CREE, Inalco) : « La rupture dans la rupture : comment Zofia Stryjeńska (1891-1976) se détache-t-elle des courants modernistes polonais ? »
- DE KANIV Nathalie (CETOBaC, EHESS) : « L(es) avant-garde(s) –rupture en cascade ou retour aux origines ? L’exemple du néo-primitivisme dans l’art au sein de l’empire russe »
- DARGAUD Amandine (EVS, CDR-START, Université Lumière Lyon 2 et Université de l’Ouest de Timișoara) : « Les mises en récit, en mémoire et en tourisme de la Révolution anticommuniste de 1989 à Timișoara en Roumanie : instrumentaliser la rupture ? »
  • 16h00 – Conclusion des Doctoriales de l’Europe médiane, de l’espace russe et (post-)soviétique (DEMEPS 2023)
 

COMITE D'ORGANISATION

 

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  • Colloques et journées d'étude
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