Journées de recherche du LACNAD

Dates :
Mardi 31 mai 2022 - 09:00 - Mercredi 1 juin 2022 - 18:30
Lieu :
maison de la recherche
Mardi 31 mai 
9h30-18h30
Maison de la recherche, 2 rue de Lille, SALON (1er étage)
Mercredi 1er Juin
9h30-18h30
Maison de la recherche, 2 rue de Lille, AUDITORIUM
 
Programme et argumentaire des journées de recherche du LACNAD - 31 mai et 1er juin 2022


L'équipe LACNAD, dont la mission est l'étude des langues et cultures d'Afrique du Nord dans leurs localisations d'origine comme dans les diasporas, organise deux journées consacrées à la présentation de ses recherches actuelles.
Ces journées visent à mettre en valeur l'interaction entre les chercheurs - membres titulaires, émérites, associés et doctorants - afin de faire connaître nos thématiques scientifiques et de développer un dialogue national et international sur les langues et cultures de nos domaines. Les journées seront organisées autour des thèmes indiqués ci-dessous.
 
Panel 1 : Dialectologie et morphosyntaxe
Panel 2 : Espaces de création, évolution des pratiques : porosité des frontières et interdisciplinarité
Panel 3 : Nouvelles pratiques en ligne et nouvelles enquêtes
Panel 4 : Normes au Nord de l'Afrique et en diaspora : standardisation, canonisation, patrimonialisation
 

 
 
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Panel 1 : Dialectologie et morphosyntaxe
 
Les darijas maghrébines ont traditionnellement été classées selon des critères écolinguistiques, i.e. des classifications confrontant les parlers préhilaliens sédentaires, citadins et villageois, de la première vague d’arabisation (initiée au 7e siècle), aux parlers bédouins nomades de la deuxième vague d’arabisation (initiée au 11e siècle) ; ou ethno-sectaires, i.e. des classifications opposant les parlers des locuteurs musulmans à ceux des locuteurs juifs (Cantineau 1936-1941 ; Colin 1945 ; Marçais 1950 ; Marçais 1957). Récemment, plusieurs travaux remettent en cause ces classifications (dont Bettega & Morano 2022), notamment car ces dernières reposent sur des isoglosses phonologiques, morphologiques et lexicales et quasiment pas sur la variation affectant la morphosyntaxe, le sémantisme et la prosodie, qui restent les parents pauvres des études de linguistique arabe.
 
Ce panel consistera à présenter des études de dialectologie arabe et berbère, ainsi que des travaux décrivant des spécificités morphosyntaxiques, sémantiques voire prosodiques, dans une perspective comparative et typologique (entre variétés d’arabe et / ou de berbère). Fournir des données qui alimenteront les catégories les moins décrites de la linguistique arabe et berbère comblera un tant soit peu le vide laissé par le manque d’études morphosyntaxiques, sémantiques et prosodiques, mais aussi de participer aux débats en cours sur les classifications dialectologiques traditionnelles.
 
Plusieurs axes sont envisagés :
 
1. Décrire et comparer les systèmes aspecto-temporels et modaux
2. Décrire et comparer les auxiliaires et les particules verbales
3. Décrire et comparer les systèmes hypothétiques
4. Décrire et comparer les systèmes d’accord
 
Panel 2 : Espaces de création, évolution des pratiques : porosité des frontières et interdisciplinarité 

Les genres de la création artistique nord-africaine ont toujours fait l'objet d'une pluralité de disciplines, étant à la fois matériaux pour les études linguistiques et objets primaires de recherche pour une multiplicité d'approches littéraires et anthropologiques (sémiotiques, structurelles, narratologiques, postcoloniales...). Au cours de ces dernières décennies, le dialogue entre les disciplines s'est intensifié et les études se sont caractérisées par leur interdisciplinarité croissante. Dans le même temps, les travaux ont montré que les frontières entre les différentes langues et les genres littéraires/artistiques sont beaucoup moins rigides qu'on ne l'imaginait et qu'on ne l'avait théorisé auparavant dans les contextes nord africains et en diaspora.
Cette session des Journées du LACNAD 2022 consistera à présenter quelques-unes des recherches qui ont trait à la création littéraire orale et écrite, à la musique et aux arts visuels dans la perspective
des axes de recherche du LACNAD (linguistique, études des littératures et des arts visuels, anthropologie et histoire). Nous proposons aux chercheurs et au public d’explorer la « porosité des frontières » des objets d’étude, tout en posant la question des approches interdisciplinaires pratiquées. On peut penser à plusieurs axes de réflexion que l'on définira comme suit, sans pour autant s’y limiter :
1. Création aux frontières des langues dans les contextes multilingues du Nord de l’Afrique : emprunts , influences, hybridations et résistances.
2. Constitution et transgression des genres littéraires à l’oral et à l’écrit.
3. Frontières et porosités sociolinguistiques, identitaires, littéraires (etc.) de la diaspora et de l’exil.
4. Féminité, masculinité et autres ‘genres’ dans les pratiques sociolinguistiques et dans les créations artistiques et littéraires orales et écrites du Nord de l’Afrique.
5. Au-delà des frontières dans la théorie littéraire : réflexions sur les espaces et les champs littéraires.
 
Panel 3 : Nouvelles pratiques en ligne et nouvelles enquêtes 

En un siècle, les méthodes de recueil de données linguistiques, dialectologiques, ethnographiques, littéraires, etc., ont considérablement évolué : de la notation sous la dictée à la transcription d’enregistrements spontanés recueillis in situ directement auprès des locuteurs, au flot ininterrompu de données dans les vernaculaires arabes et berbères sur les réseaux sociaux. En effet, les passages à l’écrit en amazigh et dans les darijas se sont particulièrement accrus depuis l’apparition des textos et ils se sont largement développés sur les réseaux sociaux de type Facebook, Messenger, Instagram, etc. Parallèlement, on assiste à l’utilisation de plus en plus importante des langues vernaculaires dans les émissions de radios et de télévision, mais aussi dans le roman et dans la production littéraire orale et écrite en ligne et hors ligne, mettant à la disposition des chercheurs des quantités énormes et actualisées de données linguistiques et littéraires. Cela a favorisé l’émergence de nouvelles pratiques et de nouveaux terrains « délocalisés » (en ligne, à la télévision et à la radio, dans le roman, la chanson, etc.), et a entraîné l’émergence de nouvelles méthodes d’enquête. Dans le contexte actuel, entre les conflits et les vagues de pandémie, les pays du Nord de l’Afrique et les locuteurs en Diaspora sont difficilement accessibles et ces corpus audiovisuels et écrits sont de plus en plus exploités. Ces nouvelles pratiques et ces nouvelles méthodes d’enquêtes soulèvent un certain nombre de questions.
Plusieurs axes sont envisagés :

1. Les effets de la non-institutionnalisation et de l’institutionnalisation partielle (ou inachevée) sur l’orthographe des écrits créatifs sur le Net : quel est leur relation avec le caractère multimédia du Net, la mémoire historique, le discours politique, l’engagement identitaire… ?
2. Les genres oraux en ligne (contes, proverbes, chansons…) et la réception de l’ « oralité médiatisée » entre audio, vidéo, et écriture.
3. La production et la diffusion des ‘nouveaux’ genres (rap, rock, théâtre populaire, romans, nouvelles, films …) sur le Net : les avantages et les limites de la création en ligne.
4. La créativité du langage quotidien des nouvelles littéracies et la porosité des genres en ligne : des passerelles entre les genres littéraires et les genres « para-littéraires » ?
5. L’utilisation de ces corpus « délocalisés » pour la description linguistique, la sociolinguistique et la dialectologie de l’arabe et du berbère.
 
Panel 4 : Normes au Nord de l'Afrique et en diaspora : standardisation, canonisation, patrimonialisation. Pratiques, enjeux et approches pluridisciplinaires.          
                                                                                                                                                                                  
Pourquoi choisir de centrer la problématique de ce panel autour de la notion de « normes » (au pluriel) ? Une des réponses possibles - et qui pourrait dessiner une première piste de réflexion - serait que, du fait de leur histoire, les sociétés nord-africaines ont longtemps été vue comme des sociétés corsetées par des « normes » particulièrement rigides et théoriquement intangibles. Il est clair par ailleurs qu’en Afrique du nord, le contexte politique et idéologique a largement contribué à biaiser l’interprétation du système de normes que la théorie « occidentale » (mais aussi souvent « indigène ») a pu formaliser relativement aux sociétés colonisées.
 
En matière de « canons littéraires », on observe de nombreuses contradictions pour ce qui relève des pratiques pédagogiques, par exemple. Pour s’en convaincre, et dans le cas algérien, il n’y a qu’à mentionner le cas de Mouloud Feraoun ou de Mohammed Dib - pour la production « francophone » ou encore celui de la production relevant de la tradition orale. Dans chacun de ces cas, les directives et instructions officielles aboutissent soit à occulter tout un pan de la production littéraire (au nom d’un « purisme » linguistique et d’un refus de toute forme d’expression « régionaliste »), soit à censurer l’œuvre d’un auteur au nom des valeurs et des normes étatiques (qu’il s’agisse d’ailleurs d’auteurs « francophones » ou « arabophones »). Dans ces conditions, la « canonisation » de tel auteur ou de telle production plutôt que d’autres relève de l’arbitraire d’Etat et de diktats idéologiques bien éloignés de la prolifération et de la richesse des productions effectivement en circulation. Qu’en est-il à présent des nouvelles formes de productions littéraires post-coloniales (en tamazight, par exemple) ? Quelles « normes » peuvent-elles leur être appliquées, par qui et dans quelles conditions ?
Dans le domaine linguistique, la question de la « norme » se situe au cœur de la doctrine étatique puisque les pays d’Afrique du nord, une fois indépendants, ont tous opté pour l’arabe littéral / standard moderne comme langue officielle de l’Etat, reléguant dans la marginalité, voire l’invisibilité, les autres langues de ces pays. Or, pour l’observateur attentif, l’extraordinaire diversité des pratiques et les innombrables formes de « détournements », de jeux et de « bricolages » sociolinguistiques sautent aux yeux. Depuis quelques années, à la suite des combats menés par les défenseurs de tamazight, on constate néanmoins des avancées remarquables dans la prise en charge (pédagogiques, artistiques, etc.) des « métissages » linguistiques nord-africains. Signe que la déconstruction des « normes » imposées est bien en cours … Mais avec de nouvelles difficultés. Nous en voulons pour preuve la question de la « standardisation » et des « critères » (pour ne pas parler de « normes ») à prendre en compte pour assurer une meilleure diffusion des langues nord africaines (tamazight et ses variantes, arabe maghrébin et ses variantes). Quelques pistes à discuter :
1. « Normes » et représentations identitaires.
2. « Normes » et transmission des modèles.
3. « Normes » et études de genre (gender studies).
4. « Normes » et fabrique du « récit national ».
5. « Normes » entre le local, le national et le global 
 
Equipe de recherche :

Type : 

  • Colloques et journées d'étude
Région du monde :
Proche Orient, Moyen Orient et Maghreb
Afrique