Séminaire doctoral PLIDAM "Langue étrangère et langue étrangéisée. Comment aborder, traduire et enseigner les nouvelles littératures ?"

Dates :
Jeudi 20 décembre 2018 - 17:30
Lieu :
Inalco, Salle 4.10

PROGRAMME ANNUEL DU SEMINAIRE DOCTORAL PLIDAM 2018-2019
Langue étrangère et étrangéisée. Comment aborder, traduire et enseigner les nouvelles littératures ?
Responsable : Frosa Pejoska-Bouchereau
Inalco,  Salle 4.10 de 17h30 à 19h30
 
 
 
25.10.2018
Alain AUSONI, À ma gauche, Katalin Molnár ; à ma droite le « fransè ». L’écriture translingue comme sport de combat

Nombreux sont aujourd’hui les écrivains qui pourraient dire : mon français n’a pas d’enfance. Est-ce parce que notre époque, faite d’histoires d’exil et de changement de langue, se cherche des bardes qu’on a poussé certains de ces auteurs sur le devant de la scène littéraire ? Après avoir fait le point sur la récente montée en singularité de l’écriture translingue, on s’arrêtera sur des textes de Katalin Molnár, une écrivaine grandie en Hongrie, pour voir pourquoi elle se présente en « illettrée » de la littérature en français (signalant par-là l’épreuve de la distance entre le français oral et le français écrit dans sa trajectoire translingue) et en quoi on peut considérer son écriture comme « un attentat » contre la langue littéraire. On terminera par des considérations didactiques sur l’enseignement du français oral à des apprenants non natifs. 
Docteur de l’Université d’Oxford, Alain Ausoni est Maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne. Ses travaux de recherches portent sur la littérature translingue, l’écriture de soi et la didactique du français oral (codirection du projet FLORALE : florale.unil.ch). Il est l’auteur de Mémoires d’outre-langue. L’écriture translingue de soi ; il a codirigé L’Autobiographie entre autres. Ecrire la vie aujourd’hui.
 
29.11.2018
Jordan PLEVNEŠ, L'écriture est l'art de la disparition

Jordan Plevneš, poète, auteur dramatique et traducteur, notamment de Camus, Sartre, Artaud et Genet ; Ambassadeur de la République de Macédoine en France, en Espagne et au Portugal et Délégué permanent de la Macédoine auprès de l’UNESCO (2000-2005) ; Vice-président du comité international de l'UNESCO pour le dialogue entre les civilisations (2006) ; Officier de l’ordre des Arts et des lettres (2008) ; fondateur du Prix mondial de l’Humanisme ; Directeur du Festival des cinémas du Sud-est S.E.E.
Plusieurs de ses œuvres ont été primées, traduites et représentées en Europe et aux États-Unis : Érigon, grande farce macabre en deux actes ; Mon assassin très cher, La peau des autres (R) ; Le bonheur est une idée neuve en Europe ; Dernier homme, dernière femme, « une conspiration internationale en cent tableaux » ; Le dernier jour de Missirkov ; Le livre secret ; La huitième merveille du monde, Théâtre choisi, …

 
20.12.2018
Nathalie KARAMANOUKIAN, L’écriture étrangéisée de Krikor Beledian

 
17.01.2019
Damien EHRHARDT, Nouvelles approches des transferts culturels

 
14.02.2019
Andrée GAYE, Traduire une langue européenne “rare”, le slovène

 
14.03.2019
Sadia AGSOUS, La littérature palestinienne en hébreu : l’identité palestinienne à l’épreuve de la rencontre des langues arabes et hébraïque

 
11 avril 2019
Dialogue entre deux romanciers yéménites (Habib ABDURAB AL SORURI et Ali AL MUQRI) : l'usage des langues française et arabe dans leurs œuvres (modérateur Malek AL-ZAUM)

 
17 mai 2019
Houria ABDELOUAHED, Émigration des langues, émigration dans la langue

 
13 juin 2019
Christina ALEXOPOULOS, Accueillir la parole des sujets en exil : la narration comme traduction du monde

 
 
 
 
Nos temps modernes destructeurs qui ont généré et qui continuent de générer l’(é)migration, l’exil, la déportation, l’extermination ne permettent plus à l’écrivain de saisir le monde comme objet de connaissance mais saisissent l’écrivain comme objet de leur l’arbitraire illimité (I. Kertesz, Un autre).
Un nouvel imaginaire, de nouvelles techniques et procédés d’écritures littéraires en résultent (V. Chklovski, L’art comme procédé ; V. Chalamov, Manifeste de la nouvelle prose ; M. De Unamuno, Comment on fait un roman ?; A. Camus, Discours de Suède, Conférence prononcée à Athènes sur l’avenir de la tragédie ; D. Kiš, Le résidu amer de l’expérience) qui modifient la réception des textes littéraires, obligeant le lecteur à lire et à penser autrement.
 
Ce nouveau langage n’est plus seulement une langue étrangère mais une langue étrangéisée qui par une fiction du réel rend étrange et étranger un réel étranger, sous différentes formes. Cette langue devient la patrie de l’écrivain, Une langue pour abri (G.A. Goldschmidt). Comment lire cette langue étrangéisée ? Comment la traduire ? Comment la comprendre ? Comment l’aborder ? Comment enseigner la nouvelle langue étrangéisée quand nos méthodes d’analyse, nos approches, ne s’adressent qu’au connu et reconnu de la littérature d’avant ? D’un point de vue didactique, que signifie donc enseigner cette littérature ?
 
Puisque nous ne pouvons plus ni penser ni écrire comme avant, disent les écrivains, nous ne pouvons donc plus ni les lire ni les penser comme avant. Pour lire ces textes et les penser nous devons opérer un « pivotement psychique » (A. Van Gennep, Le Folklore). Concept anthropologique qui permet de penser deux mondes : un monde du passé mort et un monde du vivant, du fait vivant : penser le monde vivant et le fait vivant et non pas le seul monde mort et les objets archéologiques, muséographiques. Le pivotement psychique s’entend ici comme un nécessaire changement de perception pour penser le nouveau.
Le pivotement de la notion de sacré, autre concept van gennepien (Les rites de passage) définit le monde profane comme étant le monde connu de l’individu et le monde sacré comme le monde de l’inconnu. Si Van Gennep donne au sacré un sens magico-religieux, nous l’adaptons ici aux nouvelles conditions humaines d’un monde étranger et à la condition d’étranger. Le monde profane devient notre monde familier face au monde du sacré qui devient le monde de l’étranger. Dès que l’individu pose le pied sur le seuil du chez-soi, il se trouve dans l’entre-deux-mondes, le monde de la marge, et subit un basculement du connu dans l’inconnu, du profane dans le sacré. Le franchissement du seuil est l’entrée dans l’étranger. Et, comme dirait Camus, « on ne peut pas toujours rester un étranger. Un homme a besoin  […] de trouver sa définition. » (Le Malentendu). Or, trouver sa définition suppose d’interroger ces nouvelles formes de l’existence qui semblent se tenir en dehors de notre existence mais qui se saisissent de notre existence.
L’écrivain, qui se tient à distance, à la marge, nous conduit à lire autrement pour percevoir le monde étranger à partir de la marge de l’entre-deux-mondes. Par exemple, dans la littérature du témoignage qui écrit son monde, au contraire des héros d’avant qui nous parlaient d’un monde reconnaissable puisqu’il était le monde du connu, le nôtre, les nouveaux héros nous parlent d’un monde qui n’a pas été le nôtre, inconnu (R. Antelme, L’espèce humaine). Dans le continu de la destruction, il s’agit dorénavant de dire le « temps étranger/pour un Toujours encore plus étranger » (P. Celan, Grille de parole, « Taie ») pour des lecteurs qui, le temps de la lecture et grâce au pivotement psychique, pénètrent dans la marge fictionnelle de l’entre-deux-mondes et, à proximité de l’écrivain, entre-aperçoivent l’étranger.
 
L’objet de notre séminaire sera de questionner ces nouvelles formes d’écritures d’une culture aux langues étrangéisées, leur compréhension et leur traduction pour une transmission par l’enseignement. Notre approche pluridisciplinaire mobilisera des traducteurs, des théoriciens de la littérature et des didacticiens, en dialogue avec des écrivains (romanciers, poètes et dramaturges).
 
Frosa Pejoska-Bouchereau



À ma gauche, Katalin Molnár ; à ma droite, le « fransè ». L’écriture translingue comme sport de combat

Par Alain Ausoni - Université de Lausanne



Responsable : Frosa Pejoska-Bouchereau

Type : 

  • Séminaires doctoraux