Séminaire doctoral PLIDAM "Langue étrangère et langue étrangéisée. Comment aborder, traduire et enseigner les nouvelles littératures ?"

Dates :
Jeudi 14 février 2019 - 17:30
Lieu :
Inalco, 65 rue des Grands moulins 75013 Paris - Amphi 7

PROGRAMME ANNUEL DU SEMINAIRE DOCTORAL PLIDAM 2018-2019
Langue étrangère et étrangéisée. Comment aborder, traduire et enseigner les nouvelles littératures ?
Responsable : Frosa Pejoska-Bouchereau
Inalco,  Salle 4.10 de 17h30 à 19h30
ATTENTION ! Changement de salle à partir du 14 février 2019.




14.02.2019 - AMPHI 7
Andrée GAYE, Traduire une langue européenne “rare”, le slovène

Qui sont les traducteurs des langues dites rares ? Par quelle trajectoire en viennent-ils à traduire une littérature pour ainsi dire invisible ? Ont-ils choisi les œuvres traduites ? Ces œuvres sont-elles représentatives de la littérature dont elles relèvent ? Quelle réception de ces traductions et de leurs auteurs ? À travers le témoignage d’Andrée Lück Gaye, nous tenterons de répondre à ce questionnement.
Andrée Lück Gaye, diplômée de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco), a traduit de très nombreuses œuvres de la littérature slovène dont elle a largement contribué à révéler et faire connaître les grands auteurs contemporains. Au premier rang de ceux-ci, citons l’œuvre de Drago Jančar, dont elle est la première et la principale traductrice. Citons encore l’écrivain triestin de langue slovène, Boris Pahor dont elle a notamment traduit en français Pèlerin parmi les ombres ce qui a permis à l’auteur d’être ensuite traduit en anglais, allemand et italien. Elle a obtenu le prix Lavrinova diploma, décernée en 2011 par l'Association des traducteurs littéraires Slovènes ;  le Prix Européen de la Littérature, décerné en 2012 à Drago Jančar et à sa traductrice et le Prix de l'Inaperçu, décerné en 2012 à Drago Jančar et à sa traductrice pour Des Bruits dans la tête.

 
14.03.2019
Sadia AGSOUS, La littérature palestinienne en hébreu : l’identité palestinienne à l’épreuve de la rencontre des langues arabes et hébraïque

 
11 avril 2019
Dialogue entre deux romanciers yéménites (Habib ABDURAB AL SORURI et Ali AL MUQRI) : l'usage des langues française et arabe dans leurs œuvres (modérateur Malek AL-ZAUM)

 
17 mai 2019
Houria ABDELOUAHED, Émigration des langues, émigration dans la langue

 
13 juin 2019
Christina ALEXOPOULOS, Accueillir la parole des sujets en exil : la narration comme traduction du monde



Séances précédentes

25.10.2018

Alain AUSONI, À ma gauche, Katalin Molnár ; à ma droite le « fransè ». L’écriture translingue comme sport de combat
Nombreux sont aujourd’hui les écrivains qui pourraient dire : mon français n’a pas d’enfance. Est-ce parce que notre époque, faite d’histoires d’exil et de changement de langue, se cherche des bardes qu’on a poussé certains de ces auteurs sur le devant de la scène littéraire ? Après avoir fait le point sur la récente montée en singularité de l’écriture translingue, on s’arrêtera sur des textes de Katalin Molnár, une écrivaine grandie en Hongrie, pour voir pourquoi elle se présente en « illettrée » de la littérature en français (signalant par-là l’épreuve de la distance entre le français oral et le français écrit dans sa trajectoire translingue) et en quoi on peut considérer son écriture comme « un attentat » contre la langue littéraire. On terminera par des considérations didactiques sur l’enseignement du français oral à des apprenants non natifs. 
Docteur de l’Université d’Oxford, Alain Ausoni est Maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne. Ses travaux de recherches portent sur la littérature translingue, l’écriture de soi et la didactique du français oral (codirection du projet FLORALE : florale.unil.ch). Il est l’auteur de Mémoires d’outre-langue. L’écriture translingue de soi ; il a codirigé L’Autobiographie entre autres. Ecrire la vie aujourd’hui.
 
29.11.2018
Jordan PLEVNEŠ, L'écriture est l'art de la disparition

Jordan Plevneš, poète, auteur dramatique et traducteur, notamment de Camus, Sartre, Artaud et Genet ; Ambassadeur de la République de Macédoine en France, en Espagne et au Portugal et Délégué permanent de la Macédoine auprès de l’UNESCO (2000-2005) ; Vice-président du comité international de l'UNESCO pour le dialogue entre les civilisations (2006) ; Officier de l’ordre des Arts et des lettres (2008) ; fondateur du Prix mondial de l’Humanisme ; Directeur du Festival des cinémas du Sud-est S.E.E.
Plusieurs de ses œuvres ont été primées, traduites et représentées en Europe et aux États-Unis : Érigon, grande farce macabre en deux actes ; Mon assassin très cher, La peau des autres (R) ; Le bonheur est une idée neuve en Europe ; Dernier homme, dernière femme, « une conspiration internationale en cent tableaux » ; Le dernier jour de Missirkov ; Le livre secret ; La huitième merveille du monde, Théâtre choisi, …
 
20.12.2018
Nathalie KARAMANOUKIAN, L’écriture étrangéisée de Krikor Beledian

 « C’est en théâtralisant que l’on peut travailler une langue… Un jeu théâtral qui met en scène, répète, mime le deuil de la mort, pour la conjurer et mettre du sens et des significations… Ce jeu est un entrelacement entre la voix, l’accent, le rythme ou les rythmes et les flash-back, des allers-retours entre passé et présent, pour arriver aux sens et significations. »  (Extrait de la lettre à Zareh Vorpouni, 1979)
Partant du constat de Krikor Beledian, et à travers la fresque sociale intitulée Kicheratartz (Retour de la nuit), nous étudierons le rôle de la langue dans l’écriture du génocide.
Krikor Beledian est un écrivain de langue arménienne né dans la communauté arméno-libanaise de Beyrouth en 1945. Il vit à Paris depuis les années 70. Il a été maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales de Paris (INALCO) et professeur de patrologie et de littérature médiévale arméniennes à la faculté de théologie de Lyon. Il est l’auteur de Cinquante ans de littérature arménienne en France (CNRS, 2001). Trois de ses œuvres de fiction ont été traduites en français par Sonia Bekmezian : Seuils (Parenthèses, 2011), Signe (Classiques Garnier, 2017), Le Coup (Classiques Garnier, 2017). 

17.01.2019
Damien EHRHARDT, Les nouvelles approches des transferts culturels et leur application à l’histoire de la musique savante européenne au XIXe siècle

Après une présentation de la théorie des transferts culturels, un panorama de différentes théories qui en sont issues est proposé (histoire croisée, médiation artistique, champ culturel transnational, transfer studies…). Ces nouvelles théories sont appliquées ici à la musique symphonique au XIXe siècle.  Un regard particulier sera porté sur le champ transnational de l’appropriation beethovénienne, qui s'est constitué dans les années 1830 autour de compositeurs et de critiques comme Schumann ou Liszt.
Damien Ehrhardt a obtenu son doctorat à l’Université Paris-Sorbonne (1997) et son habilitation à diriger des recherches à l’Université de Strasbourg (2004). Il est actuellement maître de conférences et membre du Conseil académique à l’Université d’Evry Val d’Essonne, ainsi que responsable de l’axe « Mélanges Interculturels » au sein du laboratoire de recherche SLAM (Synergie Langues Arts Musique, Université Paris-Saclay). 
Ses recherches portent sur la musicologie (histoire, théorie et esthétique de la musique des XIXe et XXe siècles, musicologie de l’interprétation...) et les études culturelles (transferts culturels, interculturalité, aires culturelles...). Il a participé notamment à l’édition complète des œuvres de Robert Schumann et il est membre du Bureau de la rédaction d'Hermès. La Revue. Cognition, Communication, Politique (CNRS Editions). 
Il s’est engagé pour la vie culturelle de l’Université d’Evry Val d’Essonne en tant que chargé de mission ‘élaboration du projet culturel’ (2008-2010) et vice-président culture (2011-2015). 
Ancien boursier du DAAD (Université de la Sarre, 1991-1992) et de la Fondation Alexander von Humboldt (Université de Ratisbonne, Université de musique Franz Liszt de Weimar et Université Friedrich Schiller d’Iéna, 1999-2001), il est président-fondateur de l’Association Humboldt-France et lauréat du Prix de l’Amitié Franco-Allemande. Il est (co-)organisateur de neuf collèges Humboldt interdisciplinaires sur des thèmes aussi divers que les émotions, la fascination de la planète, l’unité dans la diversité ou l’incertitude.
Liste des publications sur HAL : https://cv.archives-ouvertes.fr/damien-ehrhardt
 
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Nos temps modernes destructeurs qui ont généré et qui continuent de générer l’(é)migration, l’exil, la déportation, l’extermination ne permettent plus à l’écrivain de saisir le monde comme objet de connaissance mais saisissent l’écrivain comme objet de leur l’arbitraire illimité (I. Kertesz, Un autre).
Un nouvel imaginaire, de nouvelles techniques et procédés d’écritures littéraires en résultent (V. Chklovski, L’art comme procédé ; V. Chalamov, Manifeste de la nouvelle prose ; M. De Unamuno, Comment on fait un roman ?; A. Camus, Discours de Suède, Conférence prononcée à Athènes sur l’avenir de la tragédie ; D. Kiš, Le résidu amer de l’expérience) qui modifient la réception des textes littéraires, obligeant le lecteur à lire et à penser autrement.
 
Ce nouveau langage n’est plus seulement une langue étrangère mais une langue étrangéisée qui par une fiction du réel rend étrange et étranger un réel étranger, sous différentes formes. Cette langue devient la patrie de l’écrivain, Une langue pour abri (G.A. Goldschmidt). Comment lire cette langue étrangéisée ? Comment la traduire ? Comment la comprendre ? Comment l’aborder ? Comment enseigner la nouvelle langue étrangéisée quand nos méthodes d’analyse, nos approches, ne s’adressent qu’au connu et reconnu de la littérature d’avant ? D’un point de vue didactique, que signifie donc enseigner cette littérature ?
 
Puisque nous ne pouvons plus ni penser ni écrire comme avant, disent les écrivains, nous ne pouvons donc plus ni les lire ni les penser comme avant. Pour lire ces textes et les penser nous devons opérer un « pivotement psychique » (A. Van Gennep, Le Folklore). Concept anthropologique qui permet de penser deux mondes : un monde du passé mort et un monde du vivant, du fait vivant : penser le monde vivant et le fait vivant et non pas le seul monde mort et les objets archéologiques, muséographiques. Le pivotement psychique s’entend ici comme un nécessaire changement de perception pour penser le nouveau.
Le pivotement de la notion de sacré, autre concept van gennepien (Les rites de passage) définit le monde profane comme étant le monde connu de l’individu et le monde sacré comme le monde de l’inconnu. Si Van Gennep donne au sacré un sens magico-religieux, nous l’adaptons ici aux nouvelles conditions humaines d’un monde étranger et à la condition d’étranger. Le monde profane devient notre monde familier face au monde du sacré qui devient le monde de l’étranger. Dès que l’individu pose le pied sur le seuil du chez-soi, il se trouve dans l’entre-deux-mondes, le monde de la marge, et subit un basculement du connu dans l’inconnu, du profane dans le sacré. Le franchissement du seuil est l’entrée dans l’étranger. Et, comme dirait Camus, « on ne peut pas toujours rester un étranger. Un homme a besoin  […] de trouver sa définition. » (Le Malentendu). Or, trouver sa définition suppose d’interroger ces nouvelles formes de l’existence qui semblent se tenir en dehors de notre existence mais qui se saisissent de notre existence.
L’écrivain, qui se tient à distance, à la marge, nous conduit à lire autrement pour percevoir le monde étranger à partir de la marge de l’entre-deux-mondes. Par exemple, dans la littérature du témoignage qui écrit son monde, au contraire des héros d’avant qui nous parlaient d’un monde reconnaissable puisqu’il était le monde du connu, le nôtre, les nouveaux héros nous parlent d’un monde qui n’a pas été le nôtre, inconnu (R. Antelme, L’espèce humaine). Dans le continu de la destruction, il s’agit dorénavant de dire le « temps étranger/pour un Toujours encore plus étranger » (P. Celan, Grille de parole, « Taie ») pour des lecteurs qui, le temps de la lecture et grâce au pivotement psychique, pénètrent dans la marge fictionnelle de l’entre-deux-mondes et, à proximité de l’écrivain, entre-aperçoivent l’étranger.
 
L’objet de notre séminaire sera de questionner ces nouvelles formes d’écritures d’une culture aux langues étrangéisées, leur compréhension et leur traduction pour une transmission par l’enseignement. Notre approche pluridisciplinaire mobilisera des traducteurs, des théoriciens de la littérature et des didacticiens, en dialogue avec des écrivains (romanciers, poètes et dramaturges).
 
Frosa Pejoska-Bouchereau

Responsable : Frosa Pejoska-Bouchereau

Type : 

  • Séminaires doctoraux