Séminaire Pratiques langagières

Dates :
Vendredi 22 janvier 2021 - 14:00 - 16:00
Lieu :
Via zoom
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Pratiques langagières - terrains, méthodes, théories

Animé par Isabelle Léglise (CNRS, SeDyL) et Valelia Muni Toke (IRD, SeDyL)


Intervention de Suzie Telep

Pour une approche intersectionnelle du plurilinguisme en contexte postcolonial : le cas du rap et des musiques populaires de jeunes au Cameroun
Cette présentation propose une réflexion théorique et méthodologique sur l’analyse du plurilinguisme en contexte postcolonial dans une perspective intersectionnelle, au croisement des rapports de race et de genre. Si les premiers travaux en sociolinguistique et en anthropologie linguistique sur l’alternance codique et les pratiques plurilingues ont isolé un ensemble de facteurs explicatifs et de fonctions à ce phénomène sociolinguistique (Auer 1999, Léglise et Alby 2016), les catégories du genre et de la race demeurent encore largement sous-étudiées à ce jour. Par conséquent, je proposerai un cadre théorique et méthodologique pour décrire les pratiques plurilingues de jeunes camerounais selon une approche intersectionnelle s’intéressant à l’imbrication des performances de genre, de race et de l’emploi de ressources plurilingues. Pour ce faire, j’étudierai le cas des pratiques langagières plurilingues de jeunes dans les musiques populaires au Cameroun, et en particulier dans le rap, qui constitue un laboratoire des dynamiques sociologiques et linguistiques en cours dans l’espace urbain (Auzanneau 2001, Alim, Ibrahim et Pennycook 2009). Je me focaliserai plus spécifiquement sur l’usage du francanglais (ou camfranglais), un parler jeune hybride au Cameroun. Ce style est socialement perçu comme un langage de la « rue » et du « ghetto », associé à une masculinité virile et à une hétérosexualité normative (Telep 2017). En outre, son usage dans le rap peut signaler la construction en discours d’une africanité locale et un désir de singularisation au sein de l’espace mondialisé du hip-hop, qui est largement associé à une Blackness transatlantique renvoyant aux Etats-Unis et à l’Europe. Je montrerai donc dans quelle mesure l’usage du francanglais dans des chansons de rap ou d’autres styles musicaux favorise d’une part la reproduction de la domination masculine et de stéréotypes genrés, et d’autre part, la construction d’identifications raciales hétérogènes, prises dans une tension entre « localisation » et « globalisation » (Appadurai 2001). J’analyserai l’emploi des formes linguistiques associées au francanglais en relation avec différentes formes d’alternances codiques (entre français, anglais, pidgin-english, et vernaculaires locaux), d’emprunts, de néologismes et de mélanges codiques. Enfin, dans la perspective d’une anthropologie sémiotique d’inspiration nord-américaine (Eckert 2000, Agha 2007, Nakassis 2016), je montrerai l’importance de prendre en compte la dimension multi-sémiotique de la production des rapports de genre et de race, en analysant les pratiques langagières dans leur interrelation avec un ensemble de ressources musicales, corporelles, spatiales, et plus largement non verbales.
Références
Agha Asif, 2007, Language and social relations, Cambridge: Cambridge University Press.
Alim H. Sami, Ibrahim Awad, Pennycook Alastair, 2009, Global Linguistic Flows. Hip Hop Cultures, Youth Identities, and the Politics of Language, Routledge.
Appadurai Arjun, 2001, Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris : Payot.
Auer Peter, 1999, ‘‘From codeswitching via language mixing to fused lects : Toward a dynamic typology of bilingual speech’’, The International Journal of Bilingualism 4 (3), 309 32.

Les personnes intéressées sont les bienvenues. Elles peuvent contacter isabelle.leglise@cnrs.fr qui enverra le lien zoom correspondant.
 
Equipe de recherche :

Type : 

  • Séminaires doctoraux