Table ronde à la mémoire d’Henri Menantaud (1959-2018)

Dates :
Lundi 4 février 2019 - 18:00 - 21:00
Lieu :
Inalco, PLC (65, rue des Grands Moulins), Salle 5.09
Henri Menantaud (1959-2018) était spécialiste des langues baltes et des langues slaves et responsable de la section de letton de l'Inalco jusqu'en 2018. Une table ronde est organisée en son honneur lundi 4 février à partir de 18h. Elle devrait permettre d'évoquer l'histoire et la sociologie de la linguistique en France, de soulever la question des langues "non-dominantes".

Organisation : Piotr Biłos.
Avec la participation notamment d’Anne Rivière-Petitot, Jean Petitot, Sylvie Archaimbault, Hélène Włodarczyk, Sophie Vassilaki, Anaid Donabédian,  Hélène de Penanros, Jean Kudela, Fida Bizri et d’autres collègues, linguistes ou non, ayant collaboré avec Henri Menantaud, l’ayant côtoyé au gré de leurs occupations scientifiques, artistiques ou littéraires.

Programme :
18h00 Accueil
18h10 Manuelle Franck, Présidente de l'Inalco, allocution d'ouverture
18h20 Piotr Biłos, mot d’ouverture et présentation des intervenants  
18h30 – 20h00 Témoigner. Rendre hommage – à un homme, à une discipline et son histoire, à l’enseignement des langues : Anne Rivière-Petitot, Jean Petitot, Sylvie Archaimbault, Hélène Włodarczyk, Sophie Vassilaki, Anaid Donabédian, Hélène de Penanros…
20h00 – 21h00 Discussions, éclairages, postérité
 
Portrait d'Henri Menantaud, été 2015
Henri Menantaud, été 2015

Le 4 avril 2018 nous perdions l’un de nos collègues. La maladie l’a terrassé alors qu’il était encore en pleine activité d’enseignant et de chercheur. Dans la Revue d’Etudes slaves, Hélène Włodarczyk lui a rendu hommage en ces termes : « Tous ceux qui l’ont connu pensent d’abord à ses qualités humaines qui en faisaient quelqu’un de peu commun, passionné par ses recherches mais se dépensant sans compter pour la défense et la promotion des disciplines fragiles qu’il avait choisies : les langues et cultures polonaises et lettones. […] Exigeant envers lui-même, aspirant à la perfection, il aimait la rigueur et l’exactitude en toute chose, ne tolérait pas l’à peu près et préférait le franc-parler à l’obséquiosité ou à un lâche silence que se soit avec de plus puissants ou de plus faibles que lui-même. A l’annonce de sa disparition, quelques uns de ses anciens étudiants ont tenu à exprimer leur gratitude pour tout ce qu’ils avaient appris de leur professeur, pour son attention et son soutien à leurs efforts, à leurs projets. Tant que ses forces le lui ont permis, il a été actif au sein de la Société française d’études polonaises où il faisait le lien entre les linguistes. […] [I]l s’était […] consacré à l’étude de langues dites rares car peu connues en France : les langues scandinaves, le russe et le polonais pour lesquels il avait préparé et obtenu les diplômes de l’Inalco. Il a ensuite choisi le polonais pour préparer une thèse, expliquant que dans le dernier quart du 20e siècle, la culture polonaise lui paraissait particulièrement dynamique et novatrice. J’ai eu le plaisir et l’honneur de diriger sa recherche en linguistique polonaise à l’Université Paris 4 ; en effet, Henri Menantaud - francophone qui connaissait très bien le polonais dans la lignée des polonisants comme Henri Grappin et Etienne Decaux - était en France un des rares interlocuteurs de haut niveau sur le domaine polonais. […] Sa curiosité pour la diversité des langues l’a ensuite également conduit vers les langues baltes, le lituanien puis le letton. [ …] Chargé d’enseignement de polonais à l’Inalco pendant dix ans (1986-96) au cours desquels il ne cessa de publier des articles en linguistique polonaise mais demeurant toujours vacataire, Henri Menantaud se résolut à se présenter à l’agrégation de polonais en 1996 et fut reçu dès sa première tentative malgré la concurrence des polonophones natifs. Il fut alors nommé professeur agrégé à l’Inalco où il continua son enseignement de linguistique polonaise, version et linguistique contrastive des langues baltes et slaves pendant 10 ans encore (1996-2008), toujours avec le même succès auprès des étudiants, mais avec le statut de PRAG ne lui reconnaissant pas la qualité de chercheur. Dans le même temps, il approfondit ses compétences en letton, se dévoua à l’enseignement de cette langue comme vacataire à l’Inalco et fut finalement élu maître de conférences de letton en 2008, poste qu’il occupa tant que ses forces le permirent, tenant à bout de bras une section fragile qui connut grâce à lui un essor inespéré. […] En France, Henri Menantaud était un véritable pilier de la linguistique polonaise dont les spécialistes se comptent sur les doigts d’une main. Très apprécié en Pologne pour ses travaux, Henri Menantaud a rédigé plusieurs articles en coopération avec un des plus éminents grammairiens polonais de notre temps Zygmunt Saloni, avec qui il discutait âprement et qu’il a directement influencé sur quelques points épineux de morphosyntaxe. Ses recherches illustrées par des publications régulières et de grande qualité ne cessaient de se développer et de se compléter. […] Ses travaux de linguistique mériteront d’être publiés en un volume. De plus, il aimait et pratiquait aussi la musique, les arts plastiques et la littérature auxquels il consacrait ses loisirs. Notamment, Henri Menantaud a mis ses talents littéraires au service de la littérature lettone en traduisant, en collaboration avec Gita Grinberga, des nouvelles et des pièces de la jeune romancière et dramaturge Inga Abele, publiées sous le titre Les cerfs noirs (Editions théâtrales, Culture France, Paris 2008). Pendant sa maladie, il a terminé la traduction de Célébration d'une vie de Nora Ikstena, (Dzīves svinēšana, Atēna, 1998) qui est prête pour la publication. […] » 

Isabelle Jannès Kalinovski, pour sa part, à l’annonce de la mort d’Henri Menantaud avait eu ses paroles : « M. Menantaud a été de longues années mon professeur de polonais à l'Inalco il y a presque vingt-cinq ans maintenant. C'est avec lui que j'ai appris le b-a ba du polonais puis les difficultés et les joies de la traduction. Nous avions le goût commun des langues, de leurs subtilités et de leur complexité. Si je suis devenue traductrice, c'est en grande partie grâce à son enseignement. Depuis la fin de mes études, nous avions réussi à garder le contact et à nous voir de temps en temps dans le cadre privé. Nous partagions également un goût pour la musique, en particulier pour la chanteuse Janis Joplin.  Je me souviens d'un dîner chez nous où Henri m'avait dit qu'il aurait aimé entendre Cosmic Blues à son enterrement. Nous en avions ri ensemble à l'époque, c'était il y a une dizaine d'années. Cela peut vous paraître incongru aujourd'hui de mentionner cela dans les circonstances présentes, mais je sais qu'Henri n'aurait pas été gêné par cette évocation. »
Intervenants :
Sophie VASSILAKI
Anaid DONABEDIAN-DEMOPOULOS
Helene DE PENANROS
Piotr BIŁOS (Pierre)
Jean KUDELA
Fida BIZRI
Département :

Type : 

  • Conférences, tables rondes, ateliers
Langue :
Région du monde :
Europe et Eurasie