Théories et données linguistiques

Dates :
Vendredi 8 février 2019 - 14:30 - 17:30
Lieu :
Inalco, PLC (65, rue des Grands Moulins), Salle 5.22
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Séminaire doctoral animé par Anaïd Donabédian et Alexandru Mardale

Sopheap Nou, Inalco
Krup et roal : la détermination et la quantification de la langue khmère contemporaine
    En khmer, un syntagme nominal (SN) est formé de deux termes : un nom (N) support (déterminé) et un terme considéré comme apport (déterminant). En général, le N déterminé précède un ou plusieurs déterminant(s). Les déterminants peuvent être un N, un qualificatif, un numéral, un classificateur ou un quantifieur, un démonstratif ou un possessif. Dans le cadre de cette étude, krup et roal, font partie des rares déterminants qui précèdent le N. Ces deux mots occupent la même position dans un SN.
      De manière générale, les dictionnaires cambodgiens et les ouvrages de grammaire du khmer ne font pas de distinction entre les valeurs sémantiques de krup et celles de roal. Ils considèrent ces deux mots comme quasi-synonymes : krup est traduit par « tous, tout, totalité, complet, suffisant, chaque » et roal par « chaque, tous, tout ». Or la théorie des opérations énonciatives nous apprend que les mots qui semblent pouvoir être employés de la même manière ont en fait des emplois spécifiques dont la grammaire traditionnelle ne rend pas vraiment compte.
    Il est intéressant de remarquer que krup et roal renvoient tous les deux à la notion de « pluralisation ». Ils ne précèdent que les N qui renvoient à plusieurs occurrences qui constituent un ensemble. Mais quels sont alors les caractéristiques qui distinguent krup de roal ?
    Pour répondre à cette question, il est nécessaire de décrire tous les emplois de krup et de roal. Ce travail se déroulera en deux temps : d’une part, une caractérisation « interne » de la sémantique de krup et de roal, et d’autre part, une caractérisation « externe » qui explicite les propriétés des séquences dans lesquelles peuvent apparaître ces deux mots.
&
Fida Bizri, Inalco - SeDyL
La langue comme outil pédagogique émancipateur
Cette présentation fait le point sur une expérience pédagogique que j'ai menée à l’Inalco auprès d’un groupe d’étudiant.e.s dits en difficulté que j'étais chargée d’initier à des bases de linguistique leur permettant de mieux s'insérer dans leur cursus Langues’O. Comment parler de COD à des jeunes qui ont en tête des questions autrement plus douloureuses que l'ordre des mots ? Qui a inventé ce sigle de COD et pourquoi l'incapacité à décoder son mystère devrait être si stigmatisante ? Par où commencer? L'idée est venue d'eux. Après un temps où je me suis retenue de leur imposer un enseignement 'de trop', de peur d'étouffer leurs interrogations qui peinent à se formuler, des questions timides quoique rebelles commencent à se faire entendre : "Comment naissent les langues et qui les invente d’ailleurs?" Le "d’ailleurs" en disait long sur leur désarroi, et c'est ainsi que je les ai accompagné.e.s dans l’invention d’une langue de A à Z, et guidé.e.s pour  accoucher de questions linguistiques pertinentes, plutôt que de les noyer sous des réponses à des questions qu'ils ne se sont jamais posées, par manque de docilité et non de créativité. Ils ont appelé leur langue FENISY THRAPUNJ, terme auquel ils ont donné le sens de "langue (THRAPUNJ) des Derniers Qui Seront les Premiers (les FENISY)". Eux qui, en quelques séances, ont inventé une langue qu’ils sont déjà capables de parler, pourquoi peinent-ils tant à apprendre la langue’O dans laquelle ils sont inscrits ? N’est-ce pas là une question qui devrait être soumise au système plutôt qu’aux étudiants en échec ?

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Equipe de recherche :

Type : 

  • Séminaires doctoraux