Famille linguistique
Rapide présentation des groupes linguistiques mongols présents en Mongolie proprement dite, ainsi que sur le territoire de la République populaire de Chine, de la Fédération de Russie, ainsi que de certains autres Etats centre-asiatiques
FAMILLE LINGUISTIQUE MONGOLE
Généralités La dialectologie mongole a depuis longtemps attiré l’intérêt des scientifiques. Il est toutefois évident que l’histoire des deux siècles écoulés, mais aussi les conditions modernes, la mobilité géographique et sociale d’une partie importante des populations concernées au cours des décennies écoulées ont mis à mal l’image trop simple d’une localisation précise de chaque dialecte ou parler mongol. Les indications fournies ici sont donc à prendre avec une certaine prudence, plus comme un panorama de la diversité et de l’unité linguistique mongoles que comme un guide détaillé. Des renseignements intéressants sur l’état actuel de certains des dialectes énumérés ici sont fournis par le site Unesco Red Book on endangered languages : Northeast Asia. Dans l’immédiat, cette page se contentera d’une énumération (on excusera certaines répétitions). A terme, une présentation plus approfondie des principaux dialectes pourra prendre place ici. Certains éléments fournis, par exemple le nombre de personnes concernées, ne sont souvent qu’une estimation reposant sur des données plus anciennes. Merci d’avance aux lecteurs qui nous aideront à fournir des renseignements plus fiables.
Il existe naturellement entre dialectes mongols des variations lexicales (en particulier en fonction des contacts et emprunts linguistiques, mais toute simplification est ici risquée), voire syntaxiques. L’essentiel des variations semble toutefois résider dans la sphère phonétique et phonologique. Sans entrer dans les détails (une table viendra ultérieurement préciser ce point), les dialectes peuvent être identifiés par le jeu d’un système d’intensité variable.
Cette intensité varie d’une part globalement. Elle présente aussi une variation liée à une économie phonologique majeure : la coupure par une frontière radicale de tout "mot" mongol en deux contextes : une unité initiale comprenant la première voyelle et l’éventuelle consonne initiale unique qui la précède et une unité terminale comprenant le "reste" du mot. Les variations d’intensité qui se manifestent dans ce cadre sont massivement associées à une "balance" entre les deux contextes : à un accroissement de l’intensité initiale répond un affaiblissement de l’intensité terminale, et vice-versa.
Les dialectes mongols peuvent être reconnus à la fois sur une échelle des moins intenses aux plus aspirés (dans lesquels une manifestation perceptible est l’activité plus grande des traits de palatalisation), et simultanément sur une grille des dialectes à initiales plus ou moins fortes et terminales plus ou moins faibles.
A l’exception de quelques langues apparentées, souvent parlées par des groupes peu nombreux, vivant traditionnellement aux marges de la zone continue de peuplement mongol, les dialectes et parlers mongols sont plus frappants par leurs parentés (entre eux comme avec divers états diachroniques) que par leurs disparités. Il est donc plus justifié de parler de "la" langue mongole que "des" langues mongoles. Langues et dialectes
Mongolie
Peuples et langues ou dialectes proprement mongols
Dialectes mongols orientaux (Cartes de Mongolie / Asie centrale)
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Xalx : Groupe majoritaire en Mongolie (78,8% de la population, soit env. 1700 000 locuteurs). Plusieurs dialectes de Mongolie sont en fait des parlers issus du Xalx. C’est le cas des groupes suivants :
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Dariganga (env. 30 000 personnes), population d’origine xalx, détachée à l’époque mandchoue pour le service des troupeaux impériaux.
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Darxad (env. 15 000 personnes), groupe installé dans le nord de la Mongolie, probablement composite, mais où l’élément xalx reste dominant. Cet ensemble aurait été formé de sujets offerts au premier chef de l’Eglise lamaïque Öndör gegeen (Zanabazar, v. Sojombo)soit par l’empereur mandchou, soit par des princes mongols, et auraient reçu le nom générique de Darxad (pluriel de darxan exempté, affranchi). Leur dialecte est également utilisé par leurs voisins Caatan.
- Xotgoid
A la différence des groupes précédents, qui ne sont présents que sur le territoire de la Mongolie propre, les groupes ci-dessous sont le résultat de la diffusion en territoire mongol de groupes peuplant principalement d’autres zones, Russie ou Chine.
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Buriad (environ 35 000 pers.) Comme leurs congénères de Chine, les Buriad de Mongolie propre sont les héritiers de migrants souvent assez récents (fin XIXème, début XXème ss.) et ne se distinguent que marginalement de leurs voisins de Russie.
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Barga (env. 2000 pers.) plus minoritaires encore, ces proches cousins des Buriad sont eux aussi le fruit de mobilités marginales et sont à rattacher directement aux Barga de Sibérie.
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Üzemcin - Il s’agit de migrants issus de Mongolie intérieure à l’époque des Qing
Dialectes mongols occidentaux (Cartes de Mongolie / Asie centrale)
Peuples et langues ou dialectes partiellement mongolisés (Cartes de Mongolie / Asie centrale) - Urianxai, groupe complexe, dont les localisations sont multiples :
Urianxai du Xövsgöl Urianxai de l’Altaï
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Caatan, petit peuple d’origine tuvine, dont l’ethnonyme mongol fait référence à l’activité originale : les "éleveurs de rennes" (caa buga). Eux-mêmes se considèrents commes des Uigur et parlent, outre le dialecte mongol darxad, le tuvin, langue turque fortement marquée d’emprunts mongols.
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Dagur ou Dahur, Da’ur (suivant l’intensité de l’aspiration), population résidant presque exclusivement en Mongolie intérieure et au Heilongjiang, Chine) issue de rameaux mongols associés à des éléments tunguz.
- Xamnigan, groupe qui, comme le précédent, occupe une position qu’il est tentant de considérer comme intermédiaire entre domaines mongol et tunguz.
Peuples et langues ou dialectes non mongols (Cartes de Mongolie / Asie centrale)
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Xasag (Kazakh, Qazakh) - Population et langue turques. Les Kazakh constituent le seul groupe ethnique et linguistique non mongol important (plus de 120 000, soit 5,8% de la population totale, 1989) présent sur le territoire de la Mongolie. Ils sont concentrés dans l’Ouest du pays, surtout dans l’aimag (province) de Bajan Ölgii, le plus proche des frontières orientales du Kazakhstan (distantes de quelque 40 km à vol d’oiseau, mais difficilement accessibles en plein Altaï).
Chine
Une des meilleures présentations des dialectes mongols de Chine est fournie, en français, par G.Kara : Le Jarut et les autres dialectes, Chants d’un barde mongol, Akadémiai Kiadó, Budapest 1970, pp. 268-278.
Mongolie intérieure Carte de l’Asie centrale
- Groupe septentrional
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Buriad - Les Buriad de Chine, en petit nombre, présents exclusivement dans le nord de la Mongolie intérieure (aimag de Hulun-buir), ne se distinguent que marginalement des Buriad - de Russie, dont ils sont issus par migrations de petits groupes, comme d’ailleurs les Buriad de Mongolie
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Barga - La même remarque s’applique aux Barga (Bargud) (distingués en Chine en "Anciens Barga" chen baerhu et "Nouveaux Barga" xin baerhu), qui sont leurs proches parents, au même titre que les Barga de Mongolie propre.
- Groupe oriental
- Qorcin (Xorchin)
- Aru-Qorcin (Ar Xorchin)
- Bagarin (Baarin)
- Zalaid
- Gorlos
- Zarud
- Dörbed (on évitera de confondre ces Dörbed et leurs homonymes (Dörbed / Dörvöd)constituant un élément important du groupe oirad
- Ongnigud (Ogniud)
- Naiman (sans autre rapport que l’emprunt du nom avec les Naiman de l’histoire ancienne)
- Jeke minggan (Ix mjanga)
- Qaracin (Xarchin)
- Tümed (Tümd)
- Groupe central (proche du Xalx)
- Caqar (Chaxar)
- Kesigten (Xeshigten)
- Üzemücin (Üzemchin), dont le nom présente une variante orthographique fautive mais désormais courante en "Üzümücin" suggérant à tort une étymologie "üzüm" raisin sec. Certains d’entre eux ont migré dans l’est de la Mongolie Xalx, où ils forment un groupe très minoritaire
- Qagucid (Xuucid)
- Abaga (Avga)
- Abaganar (Avganar)
- Sünid (Sönöd)
- Urud (Urad)
- Dörben Keüked (Dörvön Xüxed)
- Darqan-Mingan (Darxan-Mjangan)
- Groupe méridional
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Ordos, peuplant le Nord de la Boucle du Fleuve Jaune (env. 70 000 pers.). Leur dialecte, remarquablement étudié en son temps par le Père Antoine Mostaert, a la réputation d’avoir conservé de nombreux traits "archaïques". Il y a plus là, à notre avis, une erreur d’optique qu’une certitude solidement fondée.
- Groupe occidental (Oirad)
- Peuples et langues ou dialectes partiellement mongolisés
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Dagur (daxur, dahur, da’ur, 94 014 pers. au recensement chinois de 1982), groupe et dialecte dont l’identification est encore souvent considérée comme problématique. Les Dagur, qui résidaient jusqu’au XVIIème siècle sur le haut cours de l’Amur et sur l’Argun, se virent imposer par l’administration des Qing un déplacement vers le bassin du fleuve Nonni en 1654, préalable à leur enrôlement dans le système des Huit bannières. Les Dagur du Xinjiang y furent déportés sous l’ère Qianlong de l’empire des Qing (seconde moitié du XVIIIème s.) La langue est généralement reconnue comme appartenant à l’ensemble mongol, mais présente, outre maints traits considérés comme "archaïques", terme appelant la même prudence que ci-dessus (ainsi nombre de voyelles longues des dialectes centraux y sont réalisés comme diphtongues : mongol [u :l] = dagur [aul]), une forte proportion d’emprunts lexicaux aux langues et dialectes mandchous et tunguz avec lesquels les Dagur ont étroitement cohabité.
Autres provinces de Chine Carte de l’Asie centrale - Gansu, Qinghai
- Xinjiang
Russie Carte de l’Asie centrale -
Buriad Les données les plus diverses montrent que le processus de formation des dialectes buriad et de la langue buriad normée contemporaine fait intervenir des facteurs multiples, largement liés à l’histoire. Les racines proprement buriad (xorin, ekirid-bulagad) remontent probablement aux V-XIIème s., autour du lac Baïkal. Les tribus proto-buriad bured (> bulagad) et xoro (> xori) auraient affirmé une identité spécifique au sein de l’ensemble mongol en raison de leur insertion dans un contexte turc majoritaire (c’est ce dont témoigneraient encore certains ethnonymes et éponymes, v. Cydendambaev C.B., Buriatskie istoriceskie xroniki i rodoslovnye, Ulan-Ude 1972, p. 643). Certains de ces groupes seraient même des éléments turcs mongolisés au cours de cette période. Tel serait en particulier le cas des Ekirid, soumis par les Bulagad. L’Histoire secrète des Mongols (XIIIème s.) mentionne parmi les peuples septentrionaux auxquels étaient confrontés les Mongols de l’unification, avec les Oirad, les Xori-tümed, Buriad, Barxun, Ursud, Xabxanas, Xanxas, Tubas, cependant que Rashid ed-Din, historien officiel des Mongols d’Iran mentionne, parmi les tribus du XIIéme siècle les Xori-tümed (>xorin), les Ikires (>Ekirid) et les Bulagacin (> Bulagad). Dans la deuxième moitié du XVIIème s., l’établissement de la domination mandchoue en Mongolie provoque l’émigration le long du cours de la Selenge de groupes xalx dissidents, les Congol, Sartul, Uzon, Xatagin, Atagan. Il en va de même des Xamnigan, qui seraient venus à la même époque de Mongolie intérieure L’apport de ces divers groupes immigrants associés au peuplement buriad local aboutit à la constitution d’un groupe dialectal du Sud Selenge. A la même époque (XVIIème-XVIIIème s.), un mouvement de migration touche les Buriad de Cisbaïkalie vers la Transbaïkalie, contribuant à la formation d’un groupe dialectal du Nord Selenge. A la fin du XVIIème s., un apport supplémentaire fut fourni par les Ashebagad, Buriad les plus méridionaux et occidentaux, réfugiés de l’Altai sous la pression des campagnes militaires Züngar. La résultante de ces multiples mouvements et incidences est un ensemble linguistique complexe, dont la politique d’unification linguistique et l’élaboration d’une langue littéraire normative, menées à l’époque soviétique n’a pu gommer toutes les particularités et dont les chercheurs ont quelque peine à fournir une classification indiscutable. Sans trancher, on peut s’accorder sur un grand découpage en quatre groupes, phonétiquement distincts (occidental-Cisbaïkalie, central-Pribaïkalie-Sajan, oriental-Xorin, méridional-Selenge, C.B. Cydendambaev, O dialektal’nyx razlichijax v razgovornom burjatskom jazyke, Trudy BKNII SO AN SSSR. Ser. vostokovedenija, Ulan-Ude 1960, vyp. 3 ), ou en trois, si les critères lexicaux s’adjoignent à l’identification phonétique (buriad occidental, le plus diversifié ; buriad oriental ; buriad méridional, C.B. Budaev, Leksika Buriatskix dialektov, Novosibirsk 1978, auquel les informations de cette page sont largement empruntées). Les Buriad sont également présents dans le Nord-Est de la Mongolie et, en petit nombre, dans l’extrême Nord de la Mongolie intérieure.
- Barga - Foyer initial aussi bien des Barga de Mongolie que de Chine, le peuplement Barga de Transbaïkalie est à rapprocher très intimement des parlers buriad orientaux
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Oirad, terme générique désignant les Mongols occidentaux, qu’ils résident en Mongolie, en Chine ou en Russie, où leurs principaux représentants sont les Kalmuk. Ces populations, aux dialectes étroitement apparentés, ont été historiquement fortement marqués par le fait d’avoir été très marginalement associés àl’unification mongole du XIIIème siècle, mais aussi par l’aventure considérable et tragique de l’empire oirad des Züüngar (XVII-XVIIIème ss.).
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Kalmuk (Qalimag, Xal’mag, env. 150 000 pers., à rapprocher des groupes oirad apparentés totalisant environ 140 000 pers. en Chine et 200 000 en Mongolie) peuplent principalement la République autonome Kalmuk (ex RSSA Kalmuk), au Nord de la Mer Caspienne, dans les steppes entre Don et Volga. La capitale est Elista. Une grande majorité des Kalmuk (env. 90%) considèrent leur langue nationale comme 1ère langue. Les Kalmuk, principalement issus des Oirad Torgud et Dörbed, émigrèrent par groupes successifs de la Mongolie occidentale (principalement sur le territoire de l’actuel Xinjiang, Chine), où se formait alors l’empire oirad des Züüngar. Ce mouvement s’opéra sur une période assez longue, des dernières années du XVIème siècle aux années 1640 environ. On peut sans doute le considérer comme le dernier épisode massif des migrations qui ont façonné le peuplement de toute l’Eurasie. Episode complexe associant départs et retours multiples, maintien de contacts étroits (y compris linguistiques) entre divers groupes migrant et leurs régions d’origine, ce déplacement vers l’Ouest, presqu’aux confins de l’aire de steppe propice au pastoralisme nomade, enrichit de façon décisive la vision que nous pouvons avoir des grandes migrations trans-eurasiatiques et de leurs rythmes et permet de rejeter l’image de mouvements linéaires et irréversibles exigeant des durées séculaires. Parvenus sur la Volga au cours des années 1628 à 1640, une partie des Kalmuk, principalement Torgud, prit le chemin du retour en 1770, à la fois pour se soustraire à l’alourdissement du contrôle russe et en réponse à des efforts diplomatiques intenses déployés par l’empereur des Qing (Qianlong) qui craignait en eux les artisans d’une résurrection Züüngar. Ils furent, dès leur arrivée, dispersés et déportés dans diverses régions de l’empire de Chine. Les Kalmuk de Russie ont fourni, au XXème siècle, en raison des bouleversements historiques et politiques auxquels ils furent mêlés ou dont ils furent victimes, le principal contingent de la diaspora mongole. Au lendemain de la révolution et de la guerre civile russe, la Turquie, la Tchécoslovaquie puis la France en accueillent le plus grand nombre. Alors que les Kalmuk sont collectivement accusés par Staline de collaboration, déportés, leur République autonome dissoute jusqu’en 1956, des rescapés de cette tragédie rejoignent principalement, après 1945, les Etats Unis. La langue kalmuk contemporaine, reconnue comme langue officielle de la République kalmuk et, selon la tradition philologique russe et soviétique, comme langue littéraire a recours pour sa notation à un alphabet cyrillique spécifique.
[présentation linguistique et dialectale à compléter]
Afghanistan Carte de l’Asie centrale
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