Plurilinguisme et tensions identitaires : discours, représentations et médiations

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Date limite :
Samedi, 20 janvier, 2018
Journée d'étude

Plurilinguisme et tensions identitaires : discours, représentations et médiations

24 mai 2018, Inalco

L’enseignement-apprentissage des langues doit prendre en compte la diversité des situations plurilingues dans les régions les plus diverses du monde, avec en présence, des langues transnationales, nationales, régionales et locales. En tant que vecteur essentiel de l’identité et tributaire de dimensions idéologiques et politiques, le statut d’une langue est l’expression de rapports de force entre groupes sociaux. Traversée de questionnements culturels, la didactique des langues articule ces divers éléments constitutifs de l’identité.

Tout débat portant sur les langues touche, de près ou de loin, aux fractures ethniques et sociales, aux effets des migrations et aux difficultés de l’intégration. En contexte plurilingue, la coexistence des langues peut être source de tensions, aussi bien politiques et communautaires, qu’identitaires. La langue, étant nécessaire à la constitution d’une identité collective (Charaudeau, 2001), a une valeur qui lui est attribuée par ses locuteurs en tant que communauté, mais aussi en tant qu’individus. A partir de là, plusieurs questions surgissent : comment l’individu perçoit-il sa langue et celle(s) de l’autre ? En d’autres termes quelle valeur accorde-t-il à sa langue maternelle, à sa ou ses langues secondes ? (Zarate et al., 2008). Quels rapports ces langues entretiennent-elles sur le même territoire, selon les contextes ? Ces questions introduisent les notions de représentations, de perceptions et d’identité.

Bien souvent, les sociétés plurilingues sont ballotées entre courants idéologiques et politiques ‘identitaires’ aspirant sinon à la promotion ou du moins à la préservation des langues et cultures endogènes, courants ‘assimilationnistes’ revendiquant l’usage unique de la langue exogène, synonyme de réussite sociale et professionnelle. L’ordre mondial d’aujourd’hui se reflète à la fois dans la domination de l’anglais et dans des répertoires de langues individuels et collectifs qui remplissent diverses fonctions communicationnelles et identitaires.

Pour pouvoir aborder ces questions, il sera nécessaire de s’interroger sur la relation entre langue et identité : « qu’est-ce que l’identité d’un individu et qu’est-ce que l’identité sociale et/ou culturelle d’un groupe ? Qui juge de l’identité d’un groupe, est-ce le groupe lui-même sur lui-même, ou est-ce un autre, extérieur au groupe ?» Charaudeau (2001). La diglossie, situation de bilinguisme d’un individu où l’une des deux langues a un statut sociopolitique inférieur, peut être une source de tension tant au sein d’un individu qu’au sein d’une nation. A fortiori le plurilinguisme. Dans tout contexte plurilingue, un combat de survie peut être mené parmi les langues en présence. La réalité nigériane montre, par exemple, que la pluralité de communautés linguistiques dans un même espace est à la fois richesse, et source de tensions entre la langue officielle (l’anglais), les langues majeures (comme le yorùbá) et plus de 250 langues régionales et locales (Alao, 2008 : 3). De telles situations de tension peuvent être observées en France, notamment entre le français et le breton qui tend de plus en plus à être abandonné (Le Pipec, 2010).

Le paradoxe de la mondialisation, c’est que loin de rendre les identités fluides, elle peut aussi les durcir au point de leur faire prendre la forme de fondamentalismes ethniques, nationaux et religieux (Amselle, 2001 : 44). Parallèlement aux tendances vers un univers d’interconnections par-delà les aires linguistiques et culturelles, on assiste à la multiplication des frontières linguistiques et culturelles: les hommes se délimitent leur territoire et spécifient leurs différences (Canut, 2001), produisant des paroles porteuses de frustrations et de révoltes.

Les discours autour de la diversité linguistique, culturelle et éducative thématisent autant l’ouverture et l’altérité, que les dangers d’un monde uniforme. Un tel champ couvre nécessairement ce que les locuteurs disent, pensent des langues qu’ils parlent, ou de la façon dont ils les parlent et de celles que parlent les autres, ou de la façon dont les autres les parlent (Calvet & Moreau, 1998 : 7). L’identité d’une communauté ne se limite pas à ses valeurs, elle s’inscrit également dans la structuration et l’organisation de ses discours, lieu privilégié d’émergence des représentations et de négociations des relations sociales.

Les discours médiatiques, autant de ressources documentaires authentiques, donnent une visibilité parfois maximale à l’imaginaire collectif, tandis que le texte littéraire joue un rôle essentiel dans l’ancrage des représentations culturelles. De même, des liens étroits existent entre les représentations artistiques, les pratiques sociales et les repères identitaires collectifs partagés par les membres d’une communauté. Un tel projet nécessite aussi qu’on s’intéresse aux paysages linguistiques qui, au-delà de leurs fonctions informationnelles, cristallisent de façon tangible les rapports de force entre les langues en présence sur un territoire donné : la vitalité, le statut et le pouvoir de la langue mise en valeur, et celui de la langue ‘rejetée’ ou ‘oubliée’. La ville est un lieu de la pluralité des appartenances et de la variabilité de positionnements sociaux et idéologiques.

Le langage n’est jamais un outil neutre. L’individu analyse et filtre toute information en fonction de son identité sociale. Dans un monde, de plus en plus plurilingue et pluriculturel, il semble opportun de questionner l’école où se cristallise la nature des relations complexes entre communautés. De multiples facteurs cognitifs et affectifs exercent une influence parfois décisive sur l’apprentissage des langues étrangères, et notamment : les émotions spécifiques que l’on éprouve à l’égard de telle langue.

On apprend et on enseigne des langues étrangères, en fonction des représentations individuelles et collectives qu’on fait des langues et des cultures, de soi-même et de l’Autre. Les classes multiculturelles, lieux d’échanges entre les représentants de cultures d’origine et de cultures d’accueil, se prêtent particulièrement bien à l’observation de la manière dont chaque apprenant, détenteur d’un capital familial et scolaire, négocie son identité. Dans la réalité de classe, espace privilégié de lectures de l’altérité, désormais en connexion potentielle avec toute la planète, l’enseignant occupe nécessairement des fonctions de médiation entre langues, cultures et identités.

Cette journée d’étude sera donc l’occasion d’approfondir la réflexion sur les phénomènes de plurilinguisme et sur des questions de politique linguistique, afin de rendre compte de l’hétérogénéité des conflits identitaires et sociaux (milieux professionnel, religieux, etc. ; Etrillard, 2014, Dompmartin-Normand et Thamin, 2013) engendrés par les mutations que connaît le monde actuel.

Projet proposé par Liliane Hodieb et soutenu par l’Ecole doctorale et l’équipe PLIDAM.

Les propositions de communication sont à envoyer à l’adresse liliane.hodieb(at)yahoo.fr jusqu’au 20 janvier 2018.