Norilsk, capitale de l’Arctique russe. Espace et histoire

Dates :
Mardi 9 janvier 2018 - 14:00
Lieu :
Auditorium

Table ronde organisée par
 Sophie Hohmann (CREE, Inalco) et Taline Ter Minassian (CREE, Inalco)

norilsk


Mardi 9 janvier 2018
14h à 17h30
Auditorium

 
L’Arctique se trouve à la croisée d’enjeux et de défis gigantesques dans le contexte du réchauffement climatique, et doit faire face à des bouleversements économiques et sociaux liés aux convoitises suscitées par les richesses de son sous-sol. L’Arctique recouvre au total 21 millions de kilomètres carrés. Il représente 15% du territoire de la Russie, 20% de son PIB, 10% de ses revenus liés au pétrole et au gaz. La moitié des côtes arctiques sont contrôlées par la Russie et les régions arctiques russes recèlent plus de 60% des ressources minérales et énergétiques du pays. A la différence de l’Alaska et du Groenland, les peuples autochtones ne représentent plus que 5 % de la population totale de l’arctique russe en 2010 (2,1 millions d’habitants).

Depuis les années 1990, la dimension écologique est intégrée à la recherche dans cette région, ainsi que les nouvelles interactions entre les entreprises industrielles (pétrolières, gazières et minières) et les peuples autochtones.

À la faveur des enjeux internationaux et des nouvelles découvertes et technologies, l’Arctique est redevenu un « front pionnier » alimentant le discours de la nation russe, le prestige de l’Arctique permet d’instrumentaliser cet enjeu pour en faire un outil idéologique à travers les défis majeurs qu’il représente.
 
L’effondrement du prix du pétrole en 2014 témoigne de la fragilité de la situation et des incertitudes qui pèsent sur les marchés. Cependant, les régions arctiques russes ont une importance majeure sur le plan de l’économie intérieure, elles alimentent le budget russe et ce sont précisément ces régions qui permettent la redistribution budgétaire vers des régions plus sensibles, disposant de peu de ressources. Elles garantissent en quelque sorte un équilibre interne à la Russie ce qui leur donne une triple fonction économique, politique, géostratégique. Cette fonction géostratégique est largement sous-tendue par la question de la remilitarisation du Grand Nord russe avec 22 600 km de côtes sur l’Océan arctique que constitue le littoral russe. Il s’agit là d’un espace clé de développement prioritaire et de protection de la Route du Nord (Sevmorput’).
 
Cette table ronde s’intéressera à la ville la plus polaire de l’Arctique, Norilsk, cité du nickel et du palladium, qui à elle seule renferme des trajectoires historiques et identitaires plurielles depuis la construction du combinat Norilsk Nickel par les prisonniers du goulag (Noril’lag) jusqu’à l’arrivée de nouveaux arrivants originaires des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale et du Caucase.

Cette ville arctique édifiée sur le permafrost selon les canons de l’architecture stalinienne par une équipe d’architectes dont Kevork Kotchar et Mikael Mazmanian arrêtés à Erevan en 1937 et déportés au Noril’lag fut un lieu d’expérimentation architecturale. « L’enfer de Norilsk », ville la plus polluée du monde, ne doit pas faire oublier que la ville a connu un véritable âge d’or sur lequel s’est construite une forme de nostalgie chez une partie des habitants. Ainsi, Norilsk s’est façonnée à travers les déportations mais aussi à travers les migrations intérieures à l’URSS : les flux de komsomols arrivés par milliers dans les années 1950 et 1970 ont participé à la construction d’identités singulières et héroïques qui restent profondément ancrés dans l’histoire et la sociologie de Norilsk.

A voir également :
Exposition photographique Voyages insolites à Norilsk et dans le Grand nord russe dans la galerie de l’Inalco, du 9 au 23 janvier 2017. Photographies de François Jacob, Sophie Hohmann et Jean Radvanyi.

 
Equipe de recherche :

Type : 

  • Conférences, tables rondes, ateliers