Les villes dans les littératures. Vocabulaires comparatifs

La prochaine séance du séminaire doctoral mensuel "Sociétés urbaines méditerranéennes. Histoire et Anthropologie", co-organisé par l'Inalco (CERMOM) et l'EHESS/CNRS (IIAC et IRIS) se tiendra à l'Inalco le lundi 5 février, rue de Lille.
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Séminaire doctoral "Sociétés urbaines méditerranéennes. Histoire et Anthropologie"

Ce séminaire mensuel est un lieu de formation et d’échange pour les chercheurs et les étudiants en Master et Doctorat. Il vise à contribuer à la réflexion sur les notions et les pratiques d’urbanité et de citadinité dans le contexte des villes méditerranéennes en plaçant au cœur de l’analyse les différentes formes de cosmopolitisme, de patrimonialisation, d’identification et de territorialisation qui définissent ces sociétés urbaines. Le qualificatif de méditerranéen ne postule pas l’existence d’une quelconque « aire culturelle » aux contours bien délimités. Il permet de souligner une perspective historique marquée par les héritages de l’empire ottoman et de l’expansion coloniale européenne sur la rive sud de la Méditerranée. Il invite aussi à s’interroger sur les relations entre aire culturelle et formes d’urbanité.

Co-organisé par l'Inalco (CERMOM) et l'EHESS/CNRS (IIAC et IRIS), avec le soutien de l’Ecole doctorale 265 Langues, littératures et sociétés du monde (Inalco).
 

Les villes dans les littératures. Vocabulaires comparatifs


Programme de la séance du lundi 5 février 2018, de 16:00 à 19:00, salle du CERMOM, 2 rue de Lille.

Beyouth-Sanaa à mots découpés par Franck Mermier (IRIS/CNRS/EHESS)

Beyrouth et Sanaa paraissent aux antipodes l’une de l’autre si l’on met en exergue, entre autres, les rapports de genre, les modes de sociabilité, les rythmes urbains et le degré de cosmopolitisme. Depuis la période des guerres libanaises (1975-1990), Beyrouth est devenue la scène, voire la protagoniste de nombreux romans libanais, tandis que les œuvres de fiction se déroulant à Sanaa sont encore rares. La mise en résonnance de deux ouvrages (non traduits en français), l’un libanais, l’autre yéménite, permettra d’établir des correspondances entre les deux villes à travers la manière dont les espaces sont qualifiés et parcourus. On s’interrogera, ce faisant, sur l’apport des œuvres de fiction pour la recherche en sciences sociales. Cette intervention portera sur le livre de l’écrivain yéménite Ahmad Zayn, Qahwa amrîkiyya [Café américain] (Beyrouth/Casablanca, Al-Markaz al thaqafi al-‘arabi, 2007), et sur celui du romancier libanais Fawzi Dhabyan, Orwell fî al-dâhiyya [Orwell dans la Banlieue Sud] (Beyrouth, Dar al-Adab, 2017).

Franck Mermier, anthropologue, directeur de recherche au CNRS (IRIS) a centré ses recherches sur les sociétés urbaines de l’espace arabe. Dernières publications : Récits de villes : d’Aden à Beyrouth (Actes Sud/Sindbad, 2015) ; (en codirection) Les villes divisées. Représentations littéraires et cinématographiques (à paraître en 2018 aux Presses Universitaires du Septentrion).

Autour des Cinq Villes de A.H. Tanpınar (1946)  par Timour Muhidine (CERMOM/Inalco)

Le portrait de ville, émanation du récit de voyage classique, devient un genre littéraire en Europe à la fin du XIXe siècle. Très en demande dans les années 1920 (chez Paul Morand entre autres), il s’inscrit dans une forme de découverte touristique et permet de décrire, commenter et critiquer des aspects divers de la vie urbaine, notamment la stratification sociale avec un intérêt tout particulier pour le monde du travail et les bas-fonds. Tardivement introduit en littérature turque (par le biais du reportage littéraire tels que le pratiquent Osman Cemal Kaygili ou Sait Faik), le portrait de ville – et même de plusieurs villes – s’incarne dans le projet de A.H. Tanpınar de brosser un panorama de la Turquie classique et moderne en cinq « stations » : Bursa, Konya, Ankara, Istanbul et Erzurum. Historiquement et culturellement, il affirme une hiérarchie et pratique une approche digne de l’histoire culturelle afin d’examiner la spécificité de chacune des cités. L’essayiste Tanpınar a compris que la ville était une perception, une manière de voir le monde mais aussi une rhétorique. Cette contribution s’attachera tout particulièrement à Istanbul.

Timour Muhidine est maître de conférences en langue et littérature turques à l’Inalco et membre du CERMOM. Parmi ses dernières publications : L’autre Turquie : reportages littéraires, Paris, Galaade, 2014.

Paysages linguistiques et intérieurs de Tel-Aviv par Il-Il Yatziv-Malibert (CERMOM/Inalco)

La ville de Tel-Aviv est perçue et représentée comme tout ce que Jérusalem ne l’est pas : balnéaire, profane, moderne, cosmopolite, « qui ne se couche jamais ». À travers des graffiti et aussi des panneaux routiers pris en photos dans des promenades à la recherche des témoignages langagiers et culturels de ce cosmopolitisme et la mise en résonance avec la présentation des plusieurs volumes du roman graphique traduit en français d’Asaf Hanuka (K.O. à Tel-Aviv, chez Steinkis BD, 1er tome paru en 2012, 3e vol. en 2016), seront décrits les différents espaces et les microsociétés qui cohabitent et se confrontent à Tel-Aviv.

Il-Il Yatziv-Malibert, linguiste, professeur à l'Inalco et membre du CERMOM,  a centré ses recherches sur l’hébreu parlé, peu décrit par la communauté linguistique israélienne et peu connu par la communauté scientifique européenne en appliquant les méthodes de la linguistique du terrain. Ses publications, en français, en anglais et en hébreu, portent sur la syntaxe, la prosodie et la pragmatique de l’hébreu contemporain.