Axes de recherche

Trois axes structurent l’activité de recherche du CEJ pour les années 2014-2018 :
1. Corpus fondamentaux : Interpréter et traduire
2. Linguistique japonaise : Structures et évolutions
3. La fabrique du contemporain : Dynamiques sociales et culturelles

L’axe 1 affirme l’importance de la traduction raisonnée, outil fondamental d’analyse de la culture et des mentalités. Fournir un accès en français aux textes principaux de la culture japonaise est en outre une des missions essentielles de l’équipe.

L’axe 2 constitue un choix stratégique pour le CEJ : construire un pôle de linguistique japonaise en France, en relation avec la formation des enseignants de japonais.

L’axe 3 qui regroupe, dans l’interdisciplinarité, les chercheurs en histoire contemporaine et en sciences sociales souligne l’ancrage du CEJ dans les problématiques contemporaines.
 

Axe 1 — Corpus fondamentaux : Interpréter et traduire

Coordinatrice : Anne BAYARD-SAKAI

Présentation
 
Cet axe regroupe un certain nombre de projets qui convergent vers un objectif scientifique absolument fondamental à notre sens, tant du point de vue de la raison d’être académique que de la raison d’être sociale de notre équipe : fournir des versions françaises, scientifiquement impeccables, des textes fondamentaux de la civilisation japonaise. Le travail mené au CEJ n’a en effet de sens que s’il est susceptible d’irriguer le plus largement possible, au-delà des frontières aréales de la définition de l’équipe, les différents champs du savoir, en procurant un accès au plus grand nombre possible de discours élaborés au Japon et susceptibles d’enrichir la réflexion intellectuelle, afin de dynamiser les circuits d’échanges de savoir entre ces différents champs. Pour cela, bien entendu, les traductions proposées doivent être raisonnées, donc appuyées sur des recherches qui elles-mêmes doivent interagir avec l’ensemble des discours produits hors du domaine des études japonaises.
 

Projet 1 — Le Genji monogatari


Responsable : TERADA Sumie

Ce projet à long terme, mené en collaboration avec l’équipe du CRCAO-Université Paris-Diderot, a pour pivot l’étude d’une œuvre du 11ème siècle rédigée par une femme, Le roman du Genji (Genji monogatari) qui constitue l’une des références de la littérature japonaise et mondiale. La période 2014-2018 sera la suite logique des activités régulières d’un groupe qui s’est constitué voici plus de dix ans et dont les activités, organisées autour des deux pôles suivants, ont prouvé leur pertinence et leur efficacité.

- Un atelier de traduction collective. Entre 2014 et 2018, le travail portera sur deux chapitres en particulier, dont « La belle-du-soir », le chapitre le plus illustre du roman qui, depuis le 11ème siècle, connaît d’innombrables déclinaisons dans les domaines de la poésie, du théâtre et des arts plastiques.

- Des journées et colloques thématiques organisés par cycles de trois ans. Après un cycle sur la poésie et les arts qui se terminera en 2014, le cycle suivant (2015-2017) constituera le versant interdisciplinaire du projet et portera sur l'histoire des idées (notamment le rapport avec le bouddhisme). Nous aborderons ensuite le cycle « Le Genji à l'époque d'Edo : commentaires, imitations, illustrations » (2018-2020) qui aura des points de convergence avec le projet « Manuscrits et livres illustrés ». Nous commencerons également à préparer le cycle suivant (2020-2022) intitulé « Le Genji et la critique littéraire contemporaine ».

La publication des travaux en cours prendra la forme d’un numéro hors-série de la revue Cipango, le troisième consacré au Genji après celui de 2008, qui a connu un vif succès, et un deuxième numéro actuellement en préparation.

La participation des étudiants aux séances de traduction collective est très formatrice. Pour compléter l’apport pédagogique de notre projet, nous voudrions profiter de la venue des meilleurs spécialistes du domaine à nos colloques pour organiser en parallèle des journées d’étude destinées aux doctorants européens.

 

Projet 2 — Poésie moderne et contemporaine


Responsable : Makiko ANDRO-UEDA

Créé en 2010, le groupe a pour vocation la promotion de l’étude de la poésie contemporaine japonaise qui, jusqu’alors, n’avait pas d’espace académique propre. Après avoir constitué un répertoire du corpus poétique moderne et contemporain déjà accessible en français (poèmes, critiques et présentations), il s’est orienté vers deux domaines d’activité qu’il entend poursuivre et développer.

Le premier volet du projet consiste à offrir une traduction française de textes fondamentaux. Nous poursuivrons la traduction collective en cours d’Aoneko de Hagiwara Sakutarō (1886-1942), poète considéré comme fondateur de la poésie non versifiée. Nous avons pu acquérir suffisamment d’expérience pour ce travail collectif et souhaitons publier un recueil en français durant le prochain quinquennal. Conjointement à la publication, nous organiserons un colloque sur l’auteur et plus largement sur la formation du langage poétique moderne au Japon.

Notre second champ de recherches est d’ordre théorique et s’organise sur les trois genres poétiques existants. En 2011 et 2012, nous avons travaillé sur le haiku et organisé une journée d’étude internationale : « Le haiku dans l’entre-deux : constance et variations ». Actuellement l’équipe représente le seul lieu français de réflexion dans les études japonaises sur cette forme brève qui s’est pourtant répandue à travers le monde depuis plusieurs décennies. Dans les années qui viennent, nous souhaitons associer à nos réflexions des chercheurs travaillant dans une perspective comparatiste sur les formes poétiques brèves en général.

 

Projet 3 — Description


Responsable : Anne BAYARD-SAKAI et Estelle FIGON

Ce projet se situe dans la continuité du quadriennal 2010-2013, et permettra de finaliser le cycle de réflexion entamé sur la place historique de la description dans la littérature, en particulier moderne, japonaise, et ses particularités esthétiques. Il permettra également de poursuivre les publications prévues des textes descriptifs des 19ème et 20ème siècles, dans une édition bilingue et commentée des extraits concernés. L’objectif de ce projet est, à travers le prisme de la littérature et la question particulière de la traduction, d’enrichir la réflexion sur la représentation, donc sur l’articulation du fait et du discours au Japon. La perspective adoptée dans la mise en œuvre du projet est également pédagogique : sensibiliser les étudiants aux enjeux de la traduction sur les questions fondamentales de théorie littéraire.

Actions : le cycle de réflexion se poursuivra avec des rencontres régulières et la préparation de l’anthologie fera l’objet de séances de discussion des textes et des traductions concernés.

 

Projet 4 — Étude, traduction et édition de manuscrits à peintures et de livres illustrés anciens japonais dans les collections françaises


Responsables : Christophe MARQUET et Estelle LEGGERI-BAUER

Dans la continuité du quadriennal 2010-2013, ce projet vise à mettre en valeur et à faire connaître auprès des chercheurs et du grand public des manuscrits à peintures et des livres illustrés, jusqu’à présent délaissés ou ignorés, sous la forme de publications de fac-similés, de traductions et d’études.

Un premier volet mettra l’accent sur l’histoire des collections et permettra d’aborder une partie du corpus sous l’angle de sa constitution et de sa réception en France (19ème-20ème siècles). Un deuxième volet s’intéressera à ces documents replacés dans leur contexte de production au Japon (17ème – 19 ème siècle). Il traitera de la circulation des images en s’appuyant sur des approches variées : histoire, anthropologie et sociologie de l’art. Un troisième volet plus transversal permettra de soulever des questionnements théoriques directement liés aux documents étudiés.

Actions : séminaire, publication de fac-similés et d’études, journées d’études et colloque.
 

Projet 5 — Groupe de recherche sur la philosophie dans le Japon moderne


Responsables : SAITO Takako, KURODA Akinobu, Simon EBERSOLT, Bernard STEVENS, UEHARA Mayuko

Le groupe de recherche sur la philosophie, créé en 2001, est l’un des plus anciens groupes constitués au sein du CEJ. En accord avec les orientations générales de l’équipe, le groupe se donne comme objectif principal pour la période 2014-2018 d’étudier, de traduire et de publier :

- Un texte de Maruyama Masao (1914-1996), l’un des principaux penseurs japonais du 20ème siècle dont l’influence a été considérable sur le monde intellectuel d’après-guerre. Le texte à traduire sera choisi au sein des quelques essais majeurs que ce dernier a publiés après 1945 dans les domaines de la philosophie politique et de la philosophie de la culture.

- Un texte du philosophe Kuki Shūzō (1888-1941), spécialiste d’esthétique dont le livre Structure de l’iki est bien connu en France. Parmi les textes envisagés, on peut citer « Odoroki no jō to gūzensei », un article de 1939 qui offre un éclairage intéressant sur l’évolution de la pensée de Kuki à la fin de sa vie.

Le groupe, qui fédère les recherches en français sur la philosophie japonaise et attire un certain nombre de doctorants extérieurs à l’Inalco, organise cinq à six conférences par an. Les invités sont des chercheurs confirmés ou des doctorants. Un ou deux chercheurs étrangers sont invités chaque année.

Le groupe prévoit de participer à plusieurs colloques nationaux et internationaux.


Projet 6 — Le Yume no shiro de Yamagata Bantō . Traduction commentée d'une encyclopédie au fil du pinceau


Responsable : Marie PARMENTIER

Écrit en apparence sur le mode des essais au fil du pinceau, et pourtant thématisé, le Yume no shiro (En guise de rêve) de Yamagata Bantō (1748 - 1821) est un ouvrage moderne. Empreint d’une rationalité parfois abrupte, il est le résultat des lectures et de la réflexion d’un lettré de son temps, formé dans l’une des grandes écoles de l’époque d’Edo, le Kaitokudō.

Bantō, un homme des Lumières, traite en douze chapitres de plusieurs thématiques-clés pour les savants de son temps, confrontés à la conjonction d’un héritage de savoirs confucéens et de connaissances venues de l’Occident :
Astronomie (天文) ; Géographie (地理) ; Le temps des dieux (神代) ; L’Histoire (歴代) ; Système (制度) ; Économie (経済) ; Des Rouleaux (経論) ; Varia (雑書) ; Des doctrines hétérodoxes (異端) ; De la non-existence des ogres/démons/esprits, 1 (無鬼上) ; De la négation du surnaturel ; Divers (雑論)

Notre objectif est de faire une traduction commentée de cette œuvre, avec la perspective de publications périodiques dans des revues scientifiques.

Axe 2 — Linguistique japonaise : Structures et évolutions

Coordinatrice : ŌSHIMA Hiroko

Présentation
 
Depuis sa création, le CEJ joue un rôle majeur dans la formation des enseignants de japonais en France. La création en 2012 au sein du Master cohabilité Inalco / Université Paris Diderot d’un parcours Enseignement renforce l’importance de l’implication du CEJ dans la formation en linguistique et particulièrement en linguistique appliquée.

Les recherches sur la lexicologie et la sémantique de la langue japonaise ne sont guère développées en France – rappelons que le dernier dictionnaire japonais-français d’envergure élaboré par un Français est celui de Charles Cesselin, qui date de la première moitié du 20ème siècle. Elles sont pourtant en plein développement au Japon et constituent un domaine crucial tant sur le plan cognitif que sur le plan pédagogique.

Notre projet comporte deux volets distincts. Le premier a une finalité essentiellement didactique. Le second possède une dimension transversale et permettra d’établir des collaborations avec les chercheurs en SHS autour de questions linguistiques. Cet axe est encore peu développé, mais son potentiel est considérable. Il y a en France beaucoup de spécialistes de la linguistique du japonais, mais ils sont disséminés dans de multiples structures. Le CEJ a vocation à les accueillir.

 

Projet 1 — Grammaire de la faute


Responsable : ŌSHIMA Hiroko et NISHIO Sumikazu

Ce projet a pour but d’analyser les erreurs des étudiants français apprenant le japonais au niveau des « expressions verbales ». Le corpus constitué au cours du quadriennal 2010-2013 dans le cadre du projet « Populations » sera exploité et étendu. L’ambition de ce projet est à la fois linguistique (aspect sémantique, aspect lexical et étude contrastive de deux langues) et pédagogique.

Un groupe de travail sera constitué, avec un double objectif :

- Analyser les productions écrites (composition, thème et traduction) et orales (conversation et exposé) faites par les étudiants français et collectées dans le cadre des cours de japonais, pour établir une liste des difficultés de la langue japonaise pour les apprenants français et réfléchir à des explications théoriques.

- Elaborer les meilleures explications pédagogiques possibles, en vue de publier un livre qui soit à la fois le fruit d'une recherche linguistique et qui puisse servir de manière pédagogique aux apprenants ainsi qu'aux futurs enseignants de la langue japonaise.

 

Projet 2 — Kango, wago et gairaigo


Responsable : NAKAJIMA Akiko

Les Kango sont les mots du lexique d’origine sino-japonaise, les wago appartiennent au lexique autochtone, les gairaigo sont les mots d’origine occidentale.

Le projet a pour objectif d’examiner comment est utilisé le riche et varié lexique du japonais contemporain. La langue dispose de divers types de lexiques qui diffèrent sur les plans morpho-phonologique, sémantique, stylistique et autres, et qui sont susceptibles de jouer un rôle important et multiple dans l’énoncé ou le texte dans lequel ils s’inscrivent. Notre projet a une finalité linguistique, mais il impliquera des contacts interdisciplinaires.

Des réunions de travail régulières seront organisées en 2014 et 2015 pour essayer de décrire les caractéristiques d’emploi des trois lexiques. De cette première analyse seront dégagées en 2016 des hypothèses, sur la base desquelles seront organisées des journées d’études en 2017, suivies d’une publication collective en 2018.

 


Projet 3 — Evolution de la langue japonaise de 1955 à nos jours


Responsables : OSHIMA Hiroko et HIGASHI Tomoko

Le projet consiste à définir des corpus linguistiques constitués à partir de différents types d'œuvres qui ont marqué la société japonaise au cours de la période 1955-2012 (film, série télévisée, scénario, manga et roman), et d’analyser les indices linguistiques apparaissant dans ces corpus afin de décrire les mutations langagières et communicationnelles du japonais.

L’accent portera surtout sur la double évolution : d’une part des langages féminins et masculins, d’autre part du mode de communication au sein de la famille. Les évolutions seront considérées en fonction des deux axes relationnel et chronologique. La réflexion portera en particulier sur les questions suivantes :

- Comment parle-t-on ? (place du langage, registre, modalité, politesse, etc.)

- De quoi parle-t-on ? (thème, tabou, etc.)

Une dizaine de chercheurs, pour partie extérieurs au CEJ, travailleront sur ce projet. Ils se focaliseront notamment sur les situations communicationnelles ritualisées telles que les repas familiaux, les disputes, les salutations, etc. Le programme prévoit des réunions de travail régulières entre 2014 et 2016 afin de constituer le corpus. 2017 et 2018 seront consacrées à l’organisation d’une journée d’étude et à la publication d’un ouvrage.

 

Axe 3 — La fabrique du contemporain : Dynamiques sociales et culturelles

Coordinateurs : Christian GALAN et Michael LUCKEN

Présentation
 
Cet axe regroupe et prolonge deux axes du précédent quadriennal. Une trentaine de chercheurs y travaille, ce qui en fait l’axe le plus important du CEJ en termes d’effectifs et de moyens. Derrière cette nouvelle organisation, il y a la volonté de faire travailler les chercheurs en SHS de l’équipe autour d’une problématique commune, novatrice et centrée sur le vingtième siècle.

Le Japon « contemporain » fait l’objet d’études depuis une trentaine d’années. Mais ce qui fonde en Occident le sentiment d’une contemporainéité japonaise, autrement dit le sentiment que ce pays est « précurseur » ou « à la pointe du changement » (positivement ou négativement) est rarement considéré sous l’angle diachronique. Depuis quand le Japon est-il « contemporain » ? Comment et pourquoi l’est-il devenu ? Quels sont les caractéristiques et les dangers du modèle socio-culturel que propose le Japon actuel ? sont les questions qui structurent cet axe de recherche.

Six projets ont été retenus au sein de cet axe. Ils sont classés ci-dessous conformément à la chronologie des objets et corpus étudiés.

 

Projet 1 — Discours et débats de l’ère Meiji (DDEM) : La construction de l’État-nation japonais


Responsables : Emmanuel LOZERAND, Christian GALAN, Laurent NESPOULOUS

Fort de l’expérience accumulée lors d’une recherche collective sur la famille, le groupe de travail DDEM souhaite à présent aborder une nouvelle thématique : le fait national au Japon à partir de la mise en place du nouveau régime impérial lors de la Restauration de Meiji en 1868.

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, en raison de sa nouvelle insertion dans l’ordre mondial, mais à cause également de dynamiques propres à l’archipel, le Japon s’est réinventé sous la forme d’un État-nation. Il en a résulté non seulement une image nouvelle de la japonité, définie et projetée par des intellectuels et idéologues, mais aussi un ensemble considérable de transformations politiques, sociales et culturelles, impulsées par l’État comme par la société.

Nous souhaiterions analyser les différentes dimensions de ce processus de construction nationale. Il s’agit d’abord d’une affirmation de soi face aux autres, qui implique de se définir, mais aussi d’être reconnu. Le nouveau Japon de l’ère Meiji comme les politiques qu’il mène se situent par rapport à des modèles ou contre-modèles, dans le cadre de l’avancée impérialiste et coloniale des grandes puissances de l’époque. Cette affirmation comporte une dimension de séparation, d’exclusion, voire de suppression de ce qui n’est pas soi, une forme de rejet et de mise à distance de certaines altérités. Elle commande un travail d’intégration et d’uniformisation de ce qui est jugé propre, par exemple par le dépassement d’une organisation pré-moderne fondée sur l’émiettement et le cloisonnement territorial du pays. Elle s’accompagne d’une extension de soi à des territoires et à des populations nouvelles, succès militaires et impérialisme colonial devenant au fil du temps des composantes essentielles de la construction nationale. Elle suppose un travail d’enracinement et de légitimation, donc de reconsidération du passé dans un but identitaire.

L’objectif est la parution d’un volume collectif alliant perspectives synthétiques et études de cas.

 

Projet 2 — Les Années 1960


Responsables : Anne BAYARD-SAKAI, Michael LUCKEN

Avec du recul, les années 1960 semblent marquer un tournant dans l’histoire japonaise. L’organisation des Jeux olympiques de Tōkyō (1964) a entraîné la libéralisation du tourisme et un renouveau de la culture de masse ; la guerre du Vietnam a entraîné une prise de conscience et un retour sur la situation historique du pays ; les manifestations étudiantes de 1968-1969 ont entraîné un changement des mentalités et du rapport à la politique. Notre hypothèse est que le Japon est devenu un des modèles de la culture « contemporaine » dans le monde au cours de cette décennie.

En dépit de son importance, cette période n’a guère été étudiée. A l’époque même, les Etudes japonaises étaient embryonnaires et peu tournées vers le présent. Il n’y a donc quasiment pas eu de travaux en temps réel sur les années 1960 et depuis elles sont restées relativement dans l’ombre. Plusieurs doctorants du CEJ travaillent actuellement sur des sujets se rapportant aux années 1960 et il y a une attente d’une réflexion collective et organisée sur le sens qui peut leur être donné.

Un séminaire sera organisé à partir de 2014. Au préalable sera constitué un fonds documentaire sur des budgets de l’IUF. L’objectif principal est la publication d’un ouvrage collectif. Il est projeté d’organiser un cours du quinquennal une ou deux opérations ponctuelles en partenariat avec l’Université Waseda (Tōkyō).
 


Projet 3 — Métamorphoses des sciences sociales dans une société en crise


Responsables : Pierre-François SOUYRI, Jean-Michel BUTEL

Après avoir analysé depuis 2008 la formation, les évolutions et les vicissitudes des sciences sociales dans le Japon moderne, depuis leurs prémisses, à l’époque d’Edo, jusqu’à la grande rupture marquée par le recul progressif des théories marxistes, dans les années 1970, notre regard portera à l’avenir sur la fabrication de modèles, à la fois sociaux et scientifiques, aux époques qui précèdent, et sur la contestation que ceux-ci ont soulevée et soulèvent. Comment a-t-on fabriqué un discours à vocation consensuelle ? Comment ce discours se heurte-t-il à des phénomènes de résistance ? Comment le refus du modèle dominant se manifeste-t-il ? Comment ce refus suscite-t-il, à son tour, des discours critiques ou alternatifs ? Quelles modifications de l’analyse scientifique réclament les crises sociales auxquelles est confronté le Japon depuis les années 1980 ? Bref, comment émerge dans le cas japonais un espace public au sens que lui donne Habermas, et comment cet espace public devient un enjeu en tant que tel ?

L’hypothèse que nous formulons est que les deux dernières décennies sont marquées par un sentiment très fort de crise, à la fois intellectuelle et sociale, visible simultanément dans la recherche de nouveaux paradigmes et la réorganisation des institutions et des protocoles de la recherche. Notre objectif sera d’analyser l’histoire intellectuelle du Japon contemporain en considérant très précisément les évolutions sociales, politiques, économiques, de ces vingt dernières années. Le projet liera donc de façon étroite histoire intellectuelle et histoire sociale dans une description des métamorphoses de la société japonaise contemporaine.

Le projet sera organisé autour d’un séminaire au cours duquel les étudiants seront invités à lire des textes d'auteurs japonais, journalistes, hommes ou femmes politiques, écrivains, penseurs, chercheurs, ayant pour thème commun cette idée du refus du discours dominant ou de sa critique.

Outre les publications individuelles des membres de l'équipe sur le thème de ce projet, nous prévoyons une journée d'étude annuelle, remplacée en fin de quinquennal par un colloque international qui nourrira une publication collective.

 

Projet 4 — Education, enfance-s et société dans le Japon contemporain


Responsable : Christian GALAN

Créé en 2008, le groupe de recherche « Education, enfance-s et société dans le Japon contemporain » (EESJC) s’est attaché durant le quadriénnal précédent à faire un état des lieux des recherches dans les domaines considérés et à nouer des liens avec des chercheurs français et européens travaillant sur les questions liées à l’enfance, à la jeunesse, à l’éducation. De ce travail de défrichage (voir bilan) ont émergé trois thématiques à même de fédérer un nombre conséquent de chercheurs :

– La condition des « jeunes » au Japon : éducation, travail, genre, psychologie, etc. ; notamment au travers de notre coopération avec le Centre de Recherche Médecine, Sciences, Santé, Santé Mentale et Société (CERMES3) de l’Université de Paris 5 sur la question du retrait social des étudiants français et japonais (hikikomori).

– L’histoire de l’enfance au Japon : abordée dans le « prolongement » du travail effectué au cours du précédent quadriennal sur la situation de l’enfance dans le Japon d’aujourd’hui et dans le but de voir comment et quand se sont mis en place certains des traits caractéristiques de celle-ci ; ce travail sera mené en collaboration avec plusieurs chercheurs européens autour de Michael Kinski du département des Etudes japonaises de l’Université de Francfort ;

– Les réformes éducatives au Japon depuis les années 2000, qui seront étudiées dans le prolongement du précédent quadriennal et en collaboration avec des chercheurs européens et japonais.

L’objectif est de parvenir sur ces trois thématiques à une publication ou à l’organisation d’un colloque international au cours du quinquennal.

Le groupe comprend cinq doctorants, sous la direction de Christian Galan, travaillant sur lesdites thématiques.

Le séminaire semestriel sera également reconduit, ouvert aux membres du groupe, aux chercheurs extérieurs français ou étangers (notamment japonais) ainsi qu’aux doctorants et étudiants de M2 de l’Inalco et de l’université Paris Diderot ; sans oublier les chercheurs et doctorants ou M2 qui travaillent sur l’enfance et l’éducation en Chine et qui nous ont rejoints dès le début de la création du projet CEJ-EESJC.

 

Projet 5 — Populations japonaises : évolutions et perspectives contemporaines


Responsables : Jean-Michel BUTEL, Isabelle KONUMA, Daniel-Antoine MALINAS, Rémi SCOCCIMARRO

Née lors du précédent quadriennal (2011), lauréat du Programme Émergence du conseil scientifique de la Ville de Paris, et financée, pour la période 2011-2013, à la hauteur de 142 000 euros, l’équipe compte aujourd’hui 28 membres, pour la plupart de jeunes chercheurs, issus de 13 institutions différentes. Elle constitue en France le pole le plus important de chercheurs spécialisés sur le Japon contemporain.

Nos premières recherches montrent l’imposition d’un modèle (en gros : celui de la famille guerrière repensée à travers des catégories anglo-saxonnes) sur une réalité sociale complexe, à la fin du 19ème siècle. On sait d’autre part que les années d’après-guerre, et plus particulièrement la période dite de haute croissance économique (1955-1973) a présidé à la définition d’un nouveau type de famille, une famille « démocratique », et nucléaire, qui est allée de pair avec une homogénéisation des populations, des modèles et des discours, sans précédents. Aujourd’hui, et depuis la seconde moitié des années 1980, les turbulences que subissent les modèles mis en place à Meiji, puis durant la période de haute croissance, sont profondément remis en cause.

Pourtant une analyse purement historique ne nous semble pas à même de cerner les contre-modèles discutés et vécus par les différents acteurs depuis la deuxième moitié des années 1980. Nous désirons cerner, grâce à une approche résolument pluri-disciplinaire, des perspectives, des tendances, des projets, tentés (par les différents acteurs sociaux), promus (par les médias, les politiques ou les juristes), idéalisés, mais pas encore massivement appliqués. Notre projet se donne ainsi pour objectifs :

– La recension et la présentation synthétique des mouvements démographiques les plus récents, nationaux (entre villes et campagnes, entre cœur des villes et banlieues) et internationaux (entre le Japon et ses anciennes colonies ; entre le Japon et les pays lui fournissant de la main d’œuvre);

– L’observation des derniers débats juridiques, politiques ou médiatiques au sens large ; des stratégies locales de communautés singulières ;

– La prospection et l’étude des contre-modèles proposés par la production artistique traitant des problèmes les plus contemporains (littérature, cinéma…).

 

Projet 6 — Normes de gouvernance et internationalisation


Responsables : Bernard THOMANN, Guibourg DELAMOTTE

La nécessité de se conformer à des normes de dimension supranationale a toujours été pour les gouvernements des Etats-nations modernes à la fois une source de tensions et un des principaux moteurs d’intégration à la « communauté internationale ».

Dans ce processus de globalisation qui a connu, au cours de la période contemporaine, plusieurs phases, le cas du Japon est particulièrement intéressant. De nombreux travaux ont montré à quel point il a été à la fois considéré comme un concurrent particulièrement redoutable sur le plan économique, accusé parfois de soumettre les pays occidentaux les plus riches à une concurrence déloyale par le fait de conditions de travail inférieures, et, dans la période de l’après-guerre, comme un membre clé du « monde libre ». Cependant, relativement peu de travaux, liant dynamiques nationales et transnationales, ont tenté de montrer précisément par quels mécanismes ces deux statuts ont soumis le Japon à de très fortes contraintes quant à l’adoption de normes sur le plan de l’organisation politique et sociale intérieure. Ce projet se propose d’explorer cette question du point de vue de l’histoire et de la science politique par le biais de deux problématiques, l’une se focalisant sur la constitution de normes sanitaires et sociales dans l’industrie et l’autre sur l’importation dans le monde politique de la notion de gouvernance et l’introduction de nouvelles normes de fonctionnement démocratique.

Ces deux ensembles de travaux seront néanmoins aussi l’objet d’actions communes qui tenteront de dégager une vision globale, mariant les dimensions sociale, politique et internationale, de certains des enjeux les plus importants posés par différentes phases du processus de mondialisation du début du vingtième siècle jusqu’à aujourd’hui.