Axes de recherche

Sans rien perdre de l’ancrage aréal qui reste la marque du CREE et assure à ses travaux une qualité et un socle de spécialisation uniques, son projet de recherche 2014-2018 reflète une volonté commune de développer l’articulation entre transversalité aréale (Europe médiane et balkanique, Russie, Eurasie) et transdisciplinarité (histoire, géopolitique, économie, droit, littérature, arts), et de confronter perspectives synchronique et diachronique. Ce projet rend compte du travail accompli, poursuivi et renouvelé par des spécialistes d’histoire (politique, sociale, culturelle, artistique), de littérature, de linguistique, tout en affirmant sa vocation contemporanéiste.

Trois grands champs scientifiques – ou axes – et trois thèmes transversaux, subdivisés en un certain nombre de projets, structurent le projet quinquennal 2014-2018 du CREE :

​AXE 1 – histoire, géopolitique, évolutions contemporaines

Responsable : Bernard Lory
 

PROJET 1.1. « Pontos » : contributions à l’étude du pourtour de la mer Noire de l’Antiquité à nos jours


Responsables : Andrei Ratchinski, Bernard Lory, Ilya Platov

Participants du CREE : Meropi Anastassiadou, Faruk Bilici, Anna Leyloyan, Bernard Lory, Ilya Platov, André Ratchinski, Taline Ter Minassian, David Teurtrie, Julien Vercueil

Collègues de l’INALCO : Iaroslav Lebedynsky (INALCO, département Europe centrale), Claire Le Feuvre, Pierre Mazaheri et Marie Stachowitsch (INALCO, département Russie)

Collègues extérieurs à l’INALCO : Mircea Marghescu (Paris 13), Jutta Scherrer (EHESS), Jean-Pierre Arrignon (Université d’Arras)


Le projet transnational et pluridisciplinaire réuni sous le titre de « Pontos » s’attache aux cultures et civilisations présentes et passées dans le pourtour de la mer Noire. L’objectif est d’établir des liens ou « ponts » dans le temps et dans l’espace de la mer Pontique, d’où le nom de séminaire qui a été retenu. Sont ainsi concernées par l’aire géographique déterminée les civilisations anatoliennes, balkaniques, caucasiennes, iraniennes, la Crimée et l’espace russe, dans une cadre chronologique très vaste – du 2e millénaire av. JC au 2e millénaire ap. JC.

L’approche se veut résolument pluridisciplinaire : les communications traitent de problèmes ethnographiques : l’héritage culturel et linguistique sarmato-alain en Russie, Ukraine et dans les Balkans, l’héritage iranien (parthe) en Europe de l’Est, les peuples turciques au Nord de la mer Noire, les Arméniens en Crimée, en Ukraine et en Moldavie ; linguistiques (contacts irano-slaves) ; économiques ; historiques : les recherches du séminaire s’attachent à approfondir l’histoire des conflits entre les divers empires du pourtour de la mer Noire à travers les siècles – l’Empire romain et le royaume Pontique, l’empire Byzantin et l’empire Khazar, l’Empire Russe et l’Empire Ottoman du XVIIIe au XXe siècle ; littéraires et culturels : nos travaux se proposent d’aborder l’étude du folklore (convergences et divergences entre les différents pays de l’aire géographique) et la richesse des héritages religieux (aspects du monachisme en Crimée, les Juifs karaïtes et sépharades Roumanie et Bulgarie, les Arméniens, les Musulmans (les Tatars de Crimée…).

AXE 2 – littératures, arts, cultures, représentations

 

Responsables : Catherine Géry et Marie Vrinat-Nikolov
 

PROJET 2.1. « Traduire les littératures : théorie, pratique, critique »


Responsables : Pauline Fournier, Marie Vrinat-Nikolov

Partenaire institutionnel : Aix-Marseille université (AMU)

Comité de pilotage : Pauline Fournier (CREE Inalco), Alexis Nouss (AMU), Marie Vrinat-Nikolov (CREE Inalco), Charles Zaremba (AMU)
 
Participants : Piotr Bilos (CREE, Inalco), Mourad Yelles (LACNAD, Inalco) Arno Renken (Haute école des arts de Berne, Suisse), Claire Placial (Université de Lorraine), Étienne Dobenesque (traducteur littéraire), Lambert Barthélémy (Université de Poitiers), Marcella Leopizzi (Université de Bari, Italie), Myriam Suchet (Paris 3), Marko Pajevic (Queen Mary University of London), Morgane Milhat (Enssib, Lyon), Sathya Rao (Université d'Alberta, Canada).
 
Opérations de recherche :
1. Six journées d'étude (2015, 2016, 2017)
2. Un colloque en 2018
3. Un carnet de recherche sur hypothèses.org
4. Un ouvrage : Critique de la traduction : quelle critique au XXIe siècle ?
 
Objectif :
Partant du constat que la critique de la traduction n’a pas connu de développement depuis les années 1990 et depuis les travaux d’Henri Meschonnic et d’Antoine Berman, une équipe internationale s’est constituée entre l’Inalco (Paris) et l’université d’Aix-Marseille (AMU), afin de faire avancer la pensée de la critique de la traduction sur la base d’échanges qui ont lieu à la faveur d’ateliers tenus, en alternance, à l’Inalco et à l’université d’Aix-Marseille.
L’enjeu principal consiste à mettre au jour, d’une part, un dispositif critique applicable à l’activité traductive, d’autre part, une théorie du savoir fondée par la traduction (« raison traductionnelle ») qui puisse être un « modèle » critique (Foucault) à partir du questionnement suivant : comment fonder une critique sur une intersubjectivité et une altérité dont les manifestations apparaissent d’emblée dans le processus traductif ? D’où le double volet de la journée d’étude du 14 octobre 2016 : pratique et théorique.


PROJET 2.2. « Les grands textes voyageurs »

 
Responsables : Marie Vrinat-Nikolov, Timour Muhidine, Mourad Yelles
 
Participants : Chercheurs en France : Antoine Chalvin (CREE Inalco, littératures estonienne et finnoise), Timour Muhidine (INALCO, littérature turque), Étienne Naveau (Inalco, littérature indonésienne), Marie Vrinat-Nikolov (CREE Inalco, littérature bulgare), Mourad Yelles (Inalco, littératures maghrébines), James Theeraphong (Inalco, littérature siamoise)
 
Chercheurs étrangers : Jovanka Šotolová (Université Charles de Prague), Marzena Chrobak (Université Jagellonne, Cracovie), Ildiko Jozan (ELTE, Budapest), Sherry Simon (Université Concordia, Montréal), Katarína Bednárová (Université de Bratislava), Nike Pokorn (Université de Ljubljana), Eriona Tartari (Institut national de la recherche, Tirana).
 
Opérations de recherches :
1. un séminaire de Master (2014-2018)
2. une journée de recherches (2017)
3. un colloque international (2018)
 
L’objectif des recherches impliquées par cet axe est double :

1. tenter une cartographie spatiale et temporelle des textes qui ont circulé par la traduction dans le monde, notamment les « grands textes voyageurs » qui sont souvent, aussi, les « grands textes fondateurs » convoqués dans la construction des nations ou appelés à jouer un rôle de premier plan dans l’émergence ou l’enrichissement des corpus des littératures « nationales ».

2. s’intéresser aux phénomènes de transformations/réappropriations/émancipation/métissages par la traduction, puisque, on le sait, « transférer, ce n’est pas transporter, mais plutôt métamorphoser » (Michel Espagne). Sans oublier l’importance des médiateurs culturels : traducteurs ou écrivains-traducteurs, éditeurs, enseignants, mécènes, etc.
L’articulation entre ces volets renvoie au statut et à l’action (à la fois décisive et complexe) de certaines grandes figures d’artistes, d’intellectuels dans l’entreprise de légitimation et de transmission/adaptation littéraire à partir de « modèles » issus d’autres régions du monde. Que l’on pense à la traduction des Mille et une Nuits, de Kalila et Dimna, des Maqamât, de La Vie d’Alexandre, au Moyen Age, mais aussi, plus tard, à celles des Aventures de Télémaque, de Paul et Virginie, de L’Avare, du Petit Prince, de L’Odyssée, etc., on se trouve toujours en présence d’exemples de configurations formelles (littéraires) et imaginaires (en lien avec des représentations collectives) qui ont exercé un effet d’attraction, voire de mimétisme remarquable.
 

​AXE 3 – langues et sociétés, linguistique, développement numérique

Responsable : Antoine Chalvin


PROJET 3.1. Langues et sociétés – changements linguistiques internes et externes :similitudes et divergences


Responsables : Snejana Gadjeva (CREE), Marie-Aimée Germanos (CERMOM), Julien Dufour (GEO)

Participants : Georgi Armianov, Oleg Chinkarouk, Snejana Gadjeva, Bernard Lory, Natalia Soujaeff (CREE) ; Marie-Christine Bornes Varol, Nadia Comolli, Marie-Aimée Germanos, Il-Il Malibert, Frédéric Shehadeh (CERMOM) ; Julien Dufour, Irini Tsamadou-Jacoberger (GEO) ; Cécile Lux (Lacito), Christophe Pereira (IEIOP, Saragosse), Sophie Vassilaki (SeDyL).

Ce projet vise à la collaboration entre chercheurs travaillant sur le changement linguistique et ses éventuelles dimensions sociales. Il portera un intérêt particulier au processus de modification afin de déterminer les niveaux auxquels se situeraient les divergences éventuelles qui pourraient justifier la dichotomie entre changement interne et changement externe, et à ceux où s’observeraient au contraire des similitudes réduisant la distance entre ces deux aspects. Il s’appuiera sur des données recueillies dans un vaste continuum d’États faisant partie de différents types d’espaces : géopolitiques (européen, balkanique, méditerranéen), historiques (post-ottoman, post-austro-hongrois, postsoviétique) et linguistiques (slave, balkanique, turc, arabe, hébreu et langues juives).

Dans l’objectif de cerner des similitudes et des divergences à tous les niveaux du changement observés, sans restriction relative au niveau de description linguistique (tant au plan phonétique, morphologique, syntaxique que lexical et lexicographique), les directions envisagées seront abordés selon la progression suivante : collecte et transcription de corpus oraux, qui font parfois défaut notamment dans le cas de certaines variétés peu décrites ; description des facteurs linguistiques et sociaux motivant le changement en termes de fréquence d’occurrence, formes marquées, tendances à plus de régularité ; mécanismes de diffusion du changement : sur le plan linguistique, par exemple « expansion » du changement phonétique dans le lexique, et sur le plan social, convergence des usages dans différents groupes sociaux ; résultats du changement « abouti » : changements phonétiques / phonologiques, apparition / disparition de formes, réallocations ; après analyse des données, la dernière étape de l’opération sera consacrée à la réflexion sur une typologie des changements linguistiques.

 

PROJET 3.2. Corpus et dictionnaires


Responsable : Antoine Chalvin

Participants : Gueorgui Armianov, Vincent Bénet, Antoine Chalvin, Oleg Chinkarouk, Snejana Gadjeva, Georgios Galanes, Jovan Kostov (STIH – LALIC), Svetlana Krylosova, Natalia Soujaeff.

Ce projet vise à constituer un espace de coopération pour les enseignants-chercheurs qui, au sein du CREE, travaillent à la réalisation d’outils lexicographiques ou de corpus unilingues ou bilingues. Il s’articule autour de trois axes :

            1) Réflexion méthodologique ; échanges d’expériences, diffusion des bonnes pratiques et familiarisation avec les outils informatiques pertinents pour la réalisation de dictionnaires et de corpus ; réflexion sur les problèmes liés à la morphologie : désambiguisation des étiquetages morphologique, différences entre morphologie théorique/standard et morphologie en usage, analyse des discordances entre les descriptions sémantiques fournies par les dictionnaires et la réalité de l’usage linguistique tel qu’il est reflété par les corpus ; réflexion sur les problèmes liés à l’étiquetage stylistique (registres, niveaux de langue) dans les dictionnaires et les corpus.

            2) Production, les projets en cours ou envisagés étant les suivants : corpus parallèle russe-français ; corpus parallèle estonien-français ; corpus parallèle finnois-français ; corpus bulgare-français ; corpus de russe parlé ; grand dictionnaire estonien-français ; dictionnaire français-bulgare-français ; dictionnaire français-russe des dénominations chromatiques ; dictionnaire français-grec ; dictionnaire des verbes macédoniens.

            3) Conception d’applications pédagogiques : réflexion collective sur les applications pédagogiques des dictionnaires et des corpus, conception d’outils (par exemple un système de génération automatique d’exercices de grammaire à partir d’un corpus parallèle), application d’apprentissage de la conjugaison macédonienne, etc.).

​THÈME A – nations, nationalités, questions nationales

Responsable : Catherine Servant
 

PROJET A.1. Penser, écrire, faire (et défaire) la nation : discours sur la question nationale au XIXe siècle et jusqu’à la Première Guerre mondiale


Responsables : Cécile Folschweiller, András Kányádi, Catherine Servant

Participants CREE : Étienne Boisserie, Antoine Chalvin, Cécile Folschweiller, András Kányádi, Catherine Servant, Marie Vrinat-Nikolov

Ce projet s’intéresse spécifiquement aux discours tenus sur la nation en Europe médiane, au XIXe siècle et jusqu’à la Première Guerre mondiale, par ceux qui ont initié, accompagné et analysé le processus d’émancipation culturelle de leur nation pour la conduire, dans bien des cas, jusqu’à la souveraineté et l’existence étatique. Hommes de lettres et de sciences, penseurs et essayistes, journalistes et politiciens, parfois même intellectuels au plein sens du terme, ils ont produit du et des discours sur la nation qui méritent d’être mieux connus et décryptés et appellent aux rapprochements et confrontations d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre, sans doute même d’un bout à l’autre de ce « long » XIXe siècle où ils ont vu le jour.

La découverte de traits communs aux constructions nationales et, partant, d’une grille de lecture généralement applicable à leur analyse, a marqué la recherche en sciences humaines et sociales du dernier tiers du XXe siècle, et occasionné une multiplication des travaux sur la nation et « l’identité nationale » Le présent projet ne peut que se développer à l’intérieur de ce cadre d’analyse, et en pleine conscience de sa pertinence. Soucieux d’éviter toutefois les simplifications et nivellements nés d’une certaine « théorie de la nation » qui ressort aujourd’hui de la banalisation d’une telle grille de lecture, il s’agira d’insister sur d’autres aspects ; en particulier sur les pierres d’achoppement qui surgissent dans la conception de la nation et de l’appartenance nationale, sur cette « non-évidence » de la nation s’exprimant à travers tout un discours (souvent officieux) du soupçon, du doute et de la critique qui court dans les constructions nationales en Europe médiane, côtoyant (et désamorçant) le discours positif, constructif et programmatique, ainsi que le montrent notamment les exemples roumains et tchèques.

Sans limitation générique quant à son corpus, un tel projet se donne pour objet l’écrit au sens large – essayiste, philosophique et historique, mais aussi fictionnel et, bien évidemment, poétique. Il est également impensable sans incursions dans les autres sphères artistiques – sources iconographiques, grands genres artistiques patriotiques comme l’opéra.

 

PROJET A.2. Héritages et patrimoines


Responsables : Catherine Géry, Catherine Servant, Taline Ter Minassian

Participants : Étienne Boisserie, Catherine Géry, Catherine Servant, Anna Leyloyan, Marie Vrinat-Nikolov, András Kányádi, Taline Ter Minassian

Partenaires : en collaboration avec le CERLOM (Alain Desoulières, Catherine Géry, Stéphane Sawas).


Le projet « Héritages et patrimoines » se décline en trois temps :

A.2.(1) Traitement des héritages culturels du XIXe siècle sous les régimes communistes :

Regardant l’histoire culturelle depuis son versant institutionnel et sociopolitique et jusqu’en ses dimensions artistiques et esthétiques, ce projet s’interroge sur le traitement réservé à l’héritage culturel du XIXe siècle par les idéologues communistes et les nouveaux acteurs politiques et culturels des différents pays d’Europe centrale entrés tour à tour dans la zone d’influence soviétique après la Deuxième Guerre mondiale – en profitant aussi des éclairages apportés par des incursions dans d’autres aires géographiques (Union soviétique, Europe orientale et balkanique).

Quels domaines, périodes, « grands hommes », canons et stéréotypes tirés de ce XIXe siècle font l’objet d’une mise en valeur (aux dépens d’autres) ; quelles articulations sont proposées entre tradition nationale et idéologie marxiste-léniniste dominante – et quel sort est réservé, dès lors, au concept de modernité ? Au-delà de ce type d’inventaire, ce projet doit mener un questionnement sur le pouvoir de légitimation accordé aux références puisées dans ce XIXe siècle. Il s’agit également de décrire et d’analyser les politiques culturelles ressortissant à cette promotion des cultures nationales élaborées au XIXe siècle et des formes de « traditionalisme » qui la sous-tendent.


A.2.(2) « Soviétisation » et adaptation des classiques en URSS :

Ce deuxième volet du projet de recherche sur les héritages du XIXe siècle entend décrire et analyser la présence essentielle du XIXe siècle « classique » dans le XXe siècle soviétique par le biais des adaptations et des transpositions (arts visuels, arts plastiques, musique, théâtre, etc.).

En tant que transfert historico-culturel mettant en œuvre un ensemble de stratégies formelles, l’adaptation peut être le support d’une approche originale des questions de production et de réception, d’autant que les diverses adaptations d’un même texte sont susceptibles d’entrer à leur tour en interaction et de dialoguer les unes avec les autres. Aussi les reprises textuelles, visuelles ou musicales des « classiques russes » peuvent-elles fournir de précieux éléments de compréhension sur la façon dont ils ont été lus et appréhendés au XXe siècle, tout en témoignant du traitement des héritages culturels du XIXe siècle.

Ces questions nous conduiront à étudier la notion de « classique » dans la culture russe et soviétique en tentant de cerner quand, comment et à quelles fins s’est fabriqué le canon littéraire russe autour de cette notion. On examinera la façon « verticale » et institutionnelle dont s’écrivent jusqu’à nos jours les histoires de la littérature russe, et leur participation à l’élaboration et à l’accomplissement du projet national. On interrogera la légitimité des grandes canonisations littéraires en Russie et en URSS comme constructions sociales et identitaires.


A.2.(3) Patrimoine dans les États postsoviétiques :

* Monuments et architecture soviétiques : objets de patrimoine ? Productrice de monuments à valeur de « remémoration intentionnelle » (Aloïs Riegl) revendiquant « l’immortalité, l’éternel présent, la pérennité de l’état originel », la production monumentale soviétique est aujourd’hui l’objet d’une politique patrimoniale contrastée (entre abandon et reconstruction comme par exemple, celle du pavillon soviétique à l’Exposition de 1937, orchestrée par Loujkov), à laquelle ce projet s’intéresse à travers divers exemples.

** Enjeux contemporains du patrimoine archéologique : quelles valeurs de remémoration sont attachées aux monuments antiques ou aux édifices patrimoniaux du passé plus proche ? Comment ont évolué les structures institutionnelles de l’archéologie et du patrimoine depuis une vingtaine d’années ? Quels enjeux (politiques, géopolitiques, frontaliers) mobilisent les fouilles et les découvertes archéologiques récentes en Asie centrale, en Transcaucasie et dans les autres États post-soviétiques ? On tentera de mesurer l’apport des héritages soviétiques et les évolutions récentes des pratiques de patrimonialisation.

 

PROJET A.3. Penser autrement les littératures nationales : l’histoire littéraire, ses mythes nationaux et ses canons revisités au XXIe siècle.


Projet commun CERLOM (EA 4124) - CREE

Responsables : Piotr Bilos, Catherine Géry, Marie Vrinat-Nikolov

Dans les années 1960-1970, le structuralisme a profondément mis en cause l'histoire de la littérature telle qu'elle était pratiquée depuis des décennies. Depuis la fin des années 1990, plusieurs chercheurs en critique littéraire appellent de leurs vœux une histoire littéraire reposant sur une autre périodisation que la stricte chronologie historique et susceptible d'interroger des œuvres, événements, acteurs rejetés hors du canon littéraire, oubliés ou mythifiés.

Dans plusieurs des cultures étudiées à l'INALCO, des chercheurs et des universitaires mettent en cause certains aspects du canon littéraire et des mythes nationaux, tentent de donner aux femmes écrivaines la place qui leur revient et qui, jusqu'à présent, ne leur a pas été reconnue, de définir la place des littératures de la diaspora ou de l'exil au sein du canon national, de proposer un autre rapport entre le thématique et le chronologique, de montrer l'importance du contexte et du co-texte.

Il s'agira donc de tenter de conceptualiser une histoire littéraire autre, qui croise de manière dynamique réception (sociologie) et conditions de production des œuvres, débats (idéologiques, traductifs, etc.), anthropologie, histoire, histoire littéraire, sociocritique, contexte artistique et culturel large, afin de mettre au jour les tensions spécifiques qui traversent chaque littérature.

Le projet, porté par des chercheurs du CREE et du CERLOM, est mené en collaboration avec des institutions partenaires : l’Institut de littérature de l'Académie des Sciences de Bulgarie, la Nouvelle université bulgare et le programme « Interculturalités littéraires en Méditerranée : histoire et contextes » de l'université de Provence.

 

PROJET A.4. Émergence de nouveaux discours nationaux et légitimation de l'État dans les sociétés d'Europe et d’Eurasie


Responsables : Étienne Boisserie, Marlène Laruelle, Jean Radvanyi

Participants : Étienne Boisserie, Marlène Laruelle (membre associé), Bernard Lory


Les transformations systémiques et la fin de l’Union soviétique ont permis une recomposition institutionnelle et étatique. Ces transformations se sont accompagnées de processus d’indépendance, de scissions et de recompositions territoriales dans les trois espaces : ex-soviétique (Pays baltes, Asie centrale), en Europe centrale stricto sensu (séparation tchéco-slovaque) et dans l’espace balkanique (éclatement de la Yougoslavie). Dans chacun des cas, l’espace public et culturel a été le lieu d’une (re-)découverte d’identifiants nationaux de tous ordres, balayant le spectre des « lieux de mémoire » nationaux.

Nous aborderons le sujet par trois entrées : outils de réappropriation de la symbolique étatique, l’éventuel renvoi à un âge d’or ou l’occultation – et, le cas échéant, les modalités de cette occultation ; l’espace du débat, les bascules et/ou invariants dans l’analyse historique de l’entité étatique abandonnée/(re)constituée ; rôle des « exils » dans la fourniture d’outils de réappropriation, l’espace dont ils disposent dans le pays et leur impact sémantique. Ces trois grands axes fourniront la matière à 3 journées d’études.

Le projet se propose d’analyser les identités sémantiques, les catégories de réflexion, qu’elles s’articulent autour d’une légitimité ancienne ou plus récente à l’existence étatique. Il doit également aborder le poids relatif du discours sur les entités étatiques (perçues comme « non-nationales » par hypothèse) qui préexistent à la création de l’État Ce projet entend soumettre la question du discours national auto-légitimant les accessions à l’indépendance à une perspective longue et faire entrer le champ des études sur la période antérieure à 1914, sur l’entre-deux-guerres. Il s’appuiera sur la production historiographique, sans s’y limiter.

​THÈME B – risques, crises, conflits

PROJET B.1.1908-1918. Les années où tout a basculé dans l’Est méditerranéen (Balkans, Turquie)


Responsables : Méropi Anastasssiadou, Faruk Bilici, Bernard Lory

Partenaires institutionnels :

1. UMR 7236 du CNRS, Cultures et Sociétés en Europe, Strasbourg

2. Orientalisches Seminar, Universität Basel

3. Institut d’Histoire Culturelle Européenne, Bronislaw Geremek (Château de Lunéville)

4. EA Centre de recherche sur les cultures littéraires européennes (CERCLE), Nancy II

5. École française d’Athènes

Comité de pilotage : Méropi Anastassiadou, Faruk Bilici, Maria Couroucli (École française d’Athènes), Paul Dumont (Université de Strasbourg), Didier Francfort (Institut d’Histoire Culturelle Européenne), Bernard Lory, Maurus Reinkowski (Université de Bâle), Zafer Toprak (Boğaziçi University, Istanbul)

Ce projet porte au premier chef sur les années 1908-1918. Il conviendra toutefois de déborder ces limites chronologiques et d’appréhender la période de manière macroscopique. En amont, il est en effet difficile d’ignorer la phase « préparatoire », qui commence dès la crise d’Orient (1876). Après la guerre russo-turque (1876-1878), il apparaît de plus en plus clairement que la région s’oriente vers un conflit majeur. En aval, impossible de ne pas tenir compte des changements politiques et sociaux majeurs que la guerre a entraînés dans l’ensemble des territoires concernés par l’étude. Cette remarque faite, il est utile de rappeler les césures majeures de la décennie :

- 1908 : révolution jeune-turque ; la Bosnie-Herzégovine et la Bulgarie rompent leurs liens avec l’Empire ottoman ;

- 1911 : guerre italo-ottomane au sujet de la Tripolitaine ;

- 1912-1913 : guerres balkaniques ;

- 1914-1918 : les Balkans et l’Empire ottoman dans la Première Guerre mondiale.

Dès lors, nous nous proposons de privilégier quatre grandes problématiques, abordées à travers quatre grands volets thématiques qui seront approfondis et élaborées lors des différentes étapes du programme :

1) Mémoires et représentations

2) La guerre appréhendée à travers la vie intellectuelle et artistique

3) Un monde brutalisé : conditions de vie et structures familiales

4) Bouleversements démographiques

 

PROJET B.2. Vivre dans les années 1940 dans les Balkans : témoignages sur les pratiques de survie dans un quotidien en pleine mutation


Responsables : Christina Alexopoulos, Joëlle Dalègre, Sophie Vassilaki (SEDYL), Frosa Bouchereau, Georgios Galanès

Participants : Christina Alexopoulos, Joëlle Dalègre, Georgios Galanès, Thanassis Kalafatis, Ioanna Papathanassiou, Frosa Bouchereau, Maria Thanopoulou, Sophie Vassilaki.

Dans une perspective de réflexion en histoire sociale, il s’agira d’étudier dans les témoignages les thématiques suivantes : de l’espace rural à l’espace urbain – incidence sur les représentations et les pratiques sociales ; l’espace public et ses rapports avec le pouvoir : Etat et forces d’occupation ; habitat et destructions de guerre : la mémoire des lieux ; mouvements migratoires et déplacements de populations ; pratiques du quotidien : accès à la nourriture, modes de divertissement, expressions de la sociabilité, mode de mobilité, nouvelles formes de communication ; construction identitaire et questions minoritaires ; stratification sociale et diversité de la mémoire : mémoires d’élites et mémoires populaires ; enjeux (trans-) générationnels de la transmission et de la réception testimoniales ; mouvements de jeunesse et mouvements de femmes ; sexualité, rapports des sexes et questions de genre ; sentiment de peur, violence et insécurité ; horizons d’attente, idéaux de lutte et projets d’avenir dans les Balkans des années 1940 ; diversité et similarité des expériences balkaniques.

D’un point de vue littéraire et linguistique, l’expression testimoniale donnera lieu à une réflexion sur le statut des œuvres testimoniales, entre documents historiques, récits biographiques et création fictionnelle et sur la narration en tant qu’acte performatif interrogeant les limites entre fantasme et réalité. Le rapport entre écriture et oralité testimoniales fera l’objet d’un questionnement autour d’une approche pluridisciplinaire des narrations. Il s’agira Il sera égaleùent question du rapport entre écriture de soi et trauma, du rôle du témoin et du destinataire du témoignage dans la production et la réception de l’histoire racontée, de la dialectique entre mémoire individuelle, représentations collectives et méta-mémoire de la communauté des chercheurs. Les enjeux de la dimension transférentielle et contre-transférentielle de la transmission font alors écho à une réflexion sur les conditions de production et de publication des témoignages, sur la place qu’occupent dans la société civile les études historiographiques et sur l’idéal de recherche que sous-tend ce positionnement entre micro et macro-histoire.

 

PROJET B.3. Les sociétés postcommunistes face aux crises et aux risques majeurs en Eurasie


Responsable : Catherine Poujol

Participants du CREE : Catherine Poujol, Taline Ter Minassian, Catherine Géry, Jean Radvanyi, Vincent Bénet (sous réserve), Julien Vercueil (sous réserve),

Partenariats : Anne Mangeney PU, chercheur à l’IPGP, Denis Bard, Professeur de médecine à l’IHESP, porteurs du projet PPE.

Le thème de recherche proposé ici par l’Observatoire des États postsoviétiques, se conçoit comme un prolongement dans le domaine de la recherche pluridisciplinaire de la formation mise en place à titre expérimental en mai-juin 2012, par l’INALCO, l’IPGP et l’EHESP, Formation Gestion des crises sanitaires et sociales et des risques naturels en Eurasie, Asie du Sud-Est, Chine, Japon, dans le cadre du programme PPE 2011 du PRES Paris-Sorbonne-Cité.

Il se veut une réflexion transversale et pluridisciplinaire en amont des crises multiples et potentiellement concomitantes qui touchent les sociétés postcommunistes en Eurasie, mais également au cœur de leurs manifestations conjointes. Il cherche à sensibiliser les chercheurs en sciences sociales à des problématiques précises sur lesquelles il convient de proposer la création de nouveaux outils linguistiques, informatiques, théoriques et adaptés aux terrains de crises sur lesquels ils peuvent être amenés à intervenir. Un séminaire de Master pourra être envisagé au cours des quatre années du projet, ainsi que des journées d’étude.

Le CREE comprend plusieurs zones présentant un potentiel conflictuel ethno-social auquel s’ajoutent des risques environnementaux et sanitaires qui existent partout dans le monde, mais sont susceptibles de prendre une dimension spécifique dans les zones comme l’Azerbaïdjan, la Caspienne, la zone d’essai nucléaire de Semipalatinsk, etc., pour lesquelles il sera possible de prévoir des études de risques croisés ponctuelles, des supports de cartes géographiques dédiées aux problématiques étudiées.

Par ailleurs, ce projet s’inscrit dans une volonté de promouvoir la recherche transversale avec deux volets spécifiques qui en augmenteront la richesse et l’originalité. Il comptera en effet une dimension littéraire et artistique (littérature, cinéma en particulier), comme miroir des crises, exutoire de l’appréhension des citoyens du monde que nous sommes, réceptacle d’une mémoire traumatisée et volontiers pétrifiée par l’indicible. Les exemples de Tchernobyl et de Fukushima sont, à ce titre, emblématiques.

Il comportera enfin, et c’est un des arguments forts de ce projet, un volet pratique, produit par traitement informatique et apprentissage de la communication de crise. Il s’agira de constituer un corpus de glossaires spécialisés et de plaquettes d’intervention rapide selon les lieux et les problèmes à traiter, directement utilisables par des intervenants envoyés sur des théâtres de crise, traduits dans les langues concernées par le CREE, mais, à terme, pouvant s’étendre à d’autres centres de recherche de l’INALCO, à toutes les langues, dans l’idéal, et ouvert à d’autres espaces de collaboration dans le cadre du PRES.

​THÈME C – identités en mouvement

Responsable : Eva Toulouze
 

PROJET C.1. Discours sur les sexualités dans les cultures européennes et orientales


Responsable : Catherine Géry

Participants : Catherine Géry, Catherine Poujol, Taline Ter Minassian, Oleg Chinkarouk, Hélène Mélat (Paris IV, membre associé)

Le but de ce projet de recherche est d’évaluer les modalités de la « mise en discours du sexe » dans les cultures non occidentales, en tant que ce système discursif relève d’une construction sociale et identitaire inséparable des enjeux de pouvoir.

On privilégiera une approche croisée, à la fois littéraire, historique, anthropologique, psychologique et socioculturelle, afin d’examiner les différentes formes de production et de transmission du discours (écrit ou oral) sur les genres et la sexualité dans des aires culturelles marquées par l’autoritarisme, la prééminence du collectif sur l’individuel ou du masculin sur le féminin : régimes totalitaires, dictatoriaux, mais aussi patriarcaux, tribus, familles, communautés sociales et religieuses… Comment le sexe s’exprime (ou ne s’exprime-t-il pas, ou s’exprime-t-il difficilement) dans des cultures frappées de l’interdit de représentation du corps sexualisé, privées de tradition littéraire et picturale érotique, qui ne réussissent que rarement à célébrer les noces de l’eros et du logos ? Quelles sont les stratégies d’adaptation ou de contournement du tabou sexuel dans les littératures « savantes » et « populaires » ? Quelle est la place du blasphème et des postures transgressives ? Quand se constitue le lexique de la sexualité ? Quel est le poids de la médiation de l’autre (l’Occident), de ses systèmes théoriques et de ses pratiques, dans la naissance et l’élaboration d’un discours sur la sexualité dans les cultures non occidentales ?

Projet adossé à un séminaire de Master 2 (2014-2018).

 

PROJET C.2.Évolution des identités minoritaires dans l’espace sibérien et finno-ougrien (XXe-XXIe siècles) 


Responsables : Anne-Victoire Charrin, Dominique Samson Normand de Chambourg, Eva Toulouze

Ce projet comprend trois volets distincts mais complémentaires :

C.2.(1) Les pratiques religieuses et leur évolution dans les périphéries pluriethniques : christianisme (orthodoxie, protestantisme, etc.), islam et religions autochtones :

La fin du régime soviétique a entraîné un renouveau du paysage religieux en Sibérie comme ailleurs en Russie, avec notamment la revitalisation de l’orthodoxie, de confessions protestantes ainsi que des religions autochtones. Le projet se fixe comme objectif, en partant des communautés autochtones, de suivre les évolutions et les adaptations des différentes formes de spiritualités. Est-ce que les autochtones orthodoxes vivent leur foi de la même manière que les croyants russes ? Comment s’opèrent les conversions au protestantisme, baptiste et pentecôtiste, en milieu autochtone et comment changent-elles les relations sociales ? Les pratiques animistes autochtones sont-elles en train de changer ? Un colloque international sur « Contacts interreligieux dans l’histoire et dans la Russie contemporaine : rencontres missionnaires et réactions autochtones », sera organisé en 2015.

C.2.(2) L’intelligentsia des minorités et les œuvres les concernant aux XXe et XXIe siècles : position symbolique, expression scientifique et artistique, engagements :

Créée par le pouvoir soviétique, l’intelligentsia des peuples autochtones de Sibérie a longtemps été au service de la politique culturelle et éducative des autorités et elle s’en est affranchie à partir du milieu des années 1970. Dans les nouvelles conditions du début du XXIe siècle – exploitation industrielle, libéralisme, dégradation écologique et sanitaire – comment cette intelligentsia se positionne-t-elle ? Y a-t-il une démarche cohérente et collective, ou bien assistons-nous à une multiplication d’initiatives individuelles ? Comment sont-ils perçus par leurs communautés, en ville d’une part, dans la taïga et dans la toundra d’autre part ? A-t-elle encore un rôle à jouer ?

C.2.(3) Expressions linguistiques minoritaires : langues autochtones et langues dominantes au début du XXIe siècle en tant qu’expression d’une identité, en tant qu’objet, qu’outil de création, évolutions et métissages :

Les langues autochtones, pourtant normées dans les années 1930, n’ont pourtant cessé de reculer tout au long du XXe siècle, jusqu’à disparaître pour certaines. Le recensement de 2010 – par ailleurs fort contesté – fait apparaître une progression démographique, sans que nous disposions à l’heure actuelle d’informations sur le nombre de locuteurs de chaque langue. Outre le système général d’enseignement, où ces langues ont une présence limitée et où elles sont enseignées comme des langues étrangères, des tentatives diverses voient le jour – écoles nomades, campements ethnographiques – à l’initiative des autochtones eux-mêmes pour revitaliser leur usage. Peuvent-elles avoir encore une fonction dans la société actuelle ? Un colloque sur « Langues autochtones et langues dominantes au début du XXIe siècle : expériences de Russie et d’ailleurs » est en préparation pour 2017.