Conférence du China in Europe Research Network (CHERN) : China in Europe in Times of Global Disruption

Les 2-3 septembre 2022, l'Inalco a accueilli la conférence du China in Europe Research Network (CHERN) intitulée "China in Europe in Times of Global Disruption".

Financé par le programme COST (European Cooperation in Science and Technology) de novembre 2019 au printemps 2024, CHERN regroupe environ 250 chercheurs de différentes disciplines travaillant sur la Chine en Europe et originaire de plus de 40 pays. CHERN est structuré en 5 groupes de travail qui analysent respectivement les actions de la Chine en Europe dans les secteurs des infrastructures, des hautes technologies et de l'innovation, de la finance, de l'immobilier et des services, de la diplomatie publique et de la production de connaissances, ainsi que dans le domaine des migrations et du travail.

Conférence CHERN 2022 : China in Europe in Times of Global Disruption

Co-organisée par le groupe central de CHERN* et Sébastien Colin (Maître de conférences à l’Inalco, chercheur à l’IFRAE (Inalco-Université Paris Cité-CNRS) et membre du Management Committee de CHERN), cette conférence a accueilli plus de 100 chercheurs originaires de 24 pays très majoritairement européens**. Son programme a consisté en une série de tables rondes, ponctuée d’un keynote, la journée du vendredi 2 septembre et de workshops parallèles, organisés par chacun des groupes de travail de CHERN, lors de la journée du samedi 3.
 

Compte-rendu de la conférence

par Sébastien Colin, maître de conférences au département d’études chinoises de l’Inalco et chercheur à l’Institut français de recherche sur l’Asie de l’Est (IFRAE – UMR 8043 Inalco, Université Paris Cité, CNRS).
 

Tables rondes

Les tables rondes ont porté sur des questions d'intérêt comme :
 
  • les impacts de la guerre en Ukraine sur les relations sino-européennes
Composée d’universitaires et de praticiens des médias et de la politique, la première table ronde a suscité une riche discussion portant principalement sur la manière dont les options de la politique chinoise de l'Union européenne ont changé avec la guerre en Ukraine. La Chine a-t-elle mal calculé la réponse de l'UE à la guerre ? A-t-elle donné lieu à une position européenne plus cohérente ? À cette dernière question, les intervenants se sont montrés sceptiques, étant donné que, selon eux, la guerre n'a pas atténué les divisions internes.
 
  • la projection de la Chine dans le monde
L'objectif de la seconde table ronde était de présenter les recherches collectives et individuelles en cours menées en France et permettant une meilleure compréhension du phénomène de la Chine globale (Global China) via, entre autres, l'analyse des stratégies des acteurs chinois et locaux. Basées sur des données de terrain récentes, quatre présentations ont porté respectivement sur la diaspora chinoise et les migrations, les normes chinoises en Asie du Sud-Est, les investissements chinois dans l'environnement urbain en Asie du Sud-Est dans le cadre de la Belt and Road Initiative et les investissements chinois dans le secteur des télécommunications au Pakistan. Si toutes ces présentations témoignent de la circulation des normes, modèles et références chinoises au-delà des frontières de la Chine, accompagnant les investissements chinois, elles mettent également en évidence une diversité des situations dans la mise en œuvre des projets en fonction des contextes politiques et socio-économiques locaux et des aspirations des autorités locales. Les impacts de cette projection chinoise sont également multiples. Dans certains États d'Asie du Sud-Est, elle participe tout autant à la segmentation du marché du travail qu'à l'internationalisation et au développement urbain des villes de second rang. Située à l'interface entre la Chine et les sociétés locales, la diaspora chinoise est un acteur important de l'engagement mondial multiforme de la Chine.
 
  • la coopération sino-européenne pour la transition écologique
La troisième table ronde a analysé la coopération UE-Chine pour la transition écologique, en particulier en ces temps de tensions économiques et politiques. D’après les intervenants, cette coopération porte plutôt sur des politiques et des réglementations telles que le système d'échange de droits d'émission ou encore la prochaine génération de règles pour les émissions de carbone dans le commerce international des biens et des matières premières plutôt que sur la technologie, alors que la Chine a déjà atteint une position dominante à la fois sur les marchés mondiaux et sur le plan technologique dans plusieurs industries vertes. Désormais perçue comme un « concurrent économique » et un « rival systémique » par l’UE, la Chine n’est plus forcément aujourd’hui le partenaire qu’elle fut dans le passé sur la question du réchauffement climatique. Considérée comme un moteur du développement des économies nationales, la transition écologique est devenue une sphère de concurrence entre l’UE et la Chine pour le leadership mondial.
 
  • l'autonomie de l'Europe dans le domaine des technologies digitales produites en Chine
La quatrième table ronde s'est penchée sur la question de savoir comment atteindre une autonomie stratégique européenne qui rende l'UE plus résistante aux défis géopolitiques que pose le développement technologique de la Chine. En se concentrant sur les semi-conducteurs, les panélistes ont examiné différentes dimensions et compréhensions de l'autonomie stratégique, allant de la sécurité nationale à la résilience de la chaîne d'approvisionnement, en passant par la durabilité et la compétitivité technologique.

En clôture de la première journée, Shaun Breslin, professeur à l’Université de Warwick, a analysé la façon dont la Chine est passée très rapidement dans les perspectives européennes (principalement celles du Royaume-Uni) d’une opportunité économique à un enjeu de sécurité majeur. La pandémie de Covid-19, les questions de Hong Kong et du Xinjiang, l’influence de la Chine dans les pays en voie de développement et le défi qu’elle représente dans la définition des normes internationales expliquent, entre autres raisons, cette évolution. Pour autant, si cette perception prédomine désormais dans les milieux diplomatiques, militaires et du renseignement, Shaun Breslin note que le commerce avec la Chine et les investissements croisés continuent d’augmenter et s’interroge de ce fait quant à la perception du monde des affaires.
 

Workshops

Organisés par les différents groupes de travail, des workshops parallèles se sont tenus lors de la journée du 3 septembre. Ils ont concerné diverses thématiques relatives à la perception de la Chine en Europe, aux investissements chinois dans les infrastructures, au numérique ou encore aux migrations.
 
Un de ces workshops a vu la présentation d’une recherche collective sur la couverture télévisée de la diplomatie chinoise au cours de la pandémie par des diffuseurs britanniques, hongrois et chinois et son impact sur les opinions publiques européennes. L’analyse de 950 commentaires générés par des vidéos postées sur YouTube montre que 17% des commentaires révèlent une perception positive de la Chine, tandis que 33 % démontrent une perception négative. L’équipe de ce projet de recherche a présenté des catégories émotionnelles spécifiques, montrant que la colère, la peur et le dégoût étaient à l’origine de la majorité des commentaires négatifs, souvent liés à des sujets - politiques, économiques, désinformation - autres que la pandémie.
 
Un autre des workshops visait principalement à créer un espace d’échange d’expériences en matière de recherche sur les capacités technologiques chinoises et leurs implications pour l’Europe. En petits groupes, les chercheurs ont échangé et partagé leur expérience sur les sources (qui se sont raréfiées en raison des restrictions liées à la pandémie de Covid-19 et des tensions politiques croissantes), les innovations méthodologiques, les questions d’éthique de la recherche sur le numérique ainsi que les défis de la collaboration scientifique avec la Chine.
 
Un troisième workshop a consisté en la présentation d’un projet de recherche en cours visant à comprendre les logiques des investissements chinois dans les infrastructures en Europe, les dynamiques géopolitiques entourant ces flux d’investissement, la structuration des projets et leur articulation avec les politiques de développement nationales et locales.
 
Enfin, un quatrième workshop a offert un aperçu des conséquences de la pandémie de coronavirus, de la guerre en Ukraine et de la politique zéro Covid en Chine sur les migrations chinoises et les Chinois vivant en Europe. Une des présentations a par exemple montré que les travailleurs de la construction et les agriculteurs chinois ont maintenant pratiquement quitté la Russie, certains fuyant vers la Chine, mais que la guerre a rendu les universités sibériennes plus attrayantes pour les étudiants chinois qui se méfient de l’instabilité en Russie occidentale. Une autre présentation a évoqué les problèmes de santé mentale et la xénophobie vécus par les Chinois en France au cours de la pandémie. Enfin, une autre encore a décrit le phénomène de fuite des jeunes chinois de la classe moyenne perturbés par les confinements mis en place en Chine.
 
Pendant ces deux jours de conférence, l’Inalco a donc été un lieu de réflexion et d’échanges entre chercheurs européens travaillant sur la Chine en Europe et les relations sino-européennes. En co-organisant et accueillant cette conférence du CHERN, la première à s’être tenue en présentiel depuis mars 2020, l’Inalco a ainsi contribué au renforcement du réseau à l’heure où la structuration d’une recherche européenne sur la Chine demeure plus que nécessaire. Notre établissement, à la Maison de la recherche comme au Pôle des Langues et Civilisations, s’est aussi montré sous son meilleur jour aux yeux d’une centaine de collègues européens. Événement scientifique important d’un réseau financé par la Commission européenne, la conférence CHERN fut aussi une belle opportunité de promotion de l’Inalco.
 


 CHERN est financé par le programme COST (European Cooperation in Science and Technology).


* Nana de Graaff (Maîtresse de conférences à la Vrije Universiteit Amsterdam et chaire de CHERN), Jeffrey Henderson (Professeur émérite de l’Université de Bristol et vice-chaire de CHERN), Alexandra Filius (Program Manager à la Vrije Universiteit Amsterdam et CHERN’s Grant Holder), Jelena Gledic (Senior Instructor à l’Université de Belgrade et CHERN’s Science Communication Manager) et les coordinateurs des cinq groupes de travail : Agnes Szunomar (Université de Budapest), Tim Rühlig (German Council on Foreign Relations), Nicholas Jepson (Université de Manchester), Agota Revesz (Technische Universität Berlin) et Pal Nyiri (Vrije Universiteit Amsterdam).   

** Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Macédoine du Nord, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Royaume-Uni, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie et Ukraine.


 
 

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