Le projet ArmenYouth Rest&Rev, porté par Sophie Hohmann, lauréat de l'appel Emergences-Idex

4 novembre 2021

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Le projet de recherche collaboratif « ArmenYouth Rest&Rev », porté par Sophie Hohmann, maître de conférence en sociologie, chercheuse au CREE (Inalco) et Cécile Lefèvre, professeure de sociologie, chercheuse au CERLIS (Université de Paris) a remporté l'appel à projets « Emergence-Idex » 2020.
Vue panoramique d'Ararat (Arménie)
Vue panoramique d'Ararat (Arménie) © Sophie Hohmann‎
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Le projet de recherche collaboratif « ArmenYouth Rest&Rev », porté par Sophie Hohmann, maître de conférence en sociologie, chercheuse au Centre de recherches Europes-Eurasie - CREE (Inalco) et Cécile Lefèvre, professeure de sociologie, chercheuse au Centre de Recherches sur les Liens sociaux-CERLIS (Université de Paris) a remporté l'appel à projets « Emergence-Idex » 2020.

* Ce projet, d'une durée de deux ans, a été pensé et rédigé avant la crise sanitaire de la Covid-19 qui touche aussi de plein fouet l’Arménie, et avant la troisième guerre du Haut-Karabagh de l’automne 2020 qui a des conséquences multidimensionnelles et constitue une immense rupture dans la politique intérieure et régionale. Notre projet s’attachera à considérer ces transformations dans la réflexion et sur le terrain auprès des jeunes arménien·nes et/ou d’origine arménienne.
 

Biographies

Sophie Hohmann, docteure en Sciences sociales (EHESS), est Maître de Conférence au Département Eurasie à l’Inalco, Paris. Elle est associée au CREE (Centre de Recherches Europes-Eurasie) de l’Inalco. Sociologue spécialisée dans les questions sociales et les mobilités dans le Caucase du Sud (Arménie et Azerbaïdjan) et l’Asie centrale, elle a co-dirigé l’ouvrage Development in Central Asia and the Caucasus, Migration, Democratisation and Inequality in the Post-Soviet Era, en 2014 paru chez I. B. Tauris, London. Elle a publié de nombreux articles sur les vulnérabilités, la pauvreté, la santé, et les migrations de travail dans les Suds de l’ancienne Union soviétique. Elle étudie les trajectoires historiques, sociologiques et générationnelles, ainsi que les stratégies des migrants et les transformations du rapport à la société de départ et d’accueil. Depuis 2015, elle travaille sur les mobilités des Caucasiens et Centrasiatiques vers le Grand Nord russe et sur les temporalités des migrations de travail.

Cécile Lefèvre est professeure des Universités, de sociologie et de démographie à l'Université de Paris, dans la Faculté Sociétés et Humanités. Elle est chercheure au Cerlis-Centre de Recherches sur les Liens sociaux (UMR 8070, Axe Familles, Individus, Institutions), et chercheure associée à l’Ined, au Pôle Perspectives Internationales. Elle a rejoint l’université en 2010, après avoir travaillé à l’Insee (elle est administrateur hors classe de l’Insee), à la DREES et à l’Ined. Elle suit de près les évolutions démographiques et les migrations dans l’espace post-soviétique et eurasien. Elle est spécialiste des questions de politiques sociales et de solidarités familiales en France, en Russie et dans les pays post-soviétiques, en particulier du Caucase, en mêlant plusieurs approches méthodologiques.

Alice Boccara, participante et coordinatrice de la partie film documentaire et audiovisuelle du projet. Actuellement elle prépare une thèse mêlant anthropologie visuelle et anthropologie de la musique et poursuit également son activité de jeune réaisatrice de documentaires. Elle parle russe et s'est rendu en Arménie en 2011 et en 2019. Au cours de ce dernier séjour, elle a commencé à filmer quelques séquences exploratoires, et notamment un focus group d'étudiantes à l'Université d'Erevan. Elle est diplômée de l'ENS de Lyon (2016, Département lettres et arts - Musicologie, Sciences humaines et Cinéma) et du master de réalisation documentaire (INA-Ecole des Chartes et ENS Paris-Saclay). Parmi ses réalisations documentaires, le court-métrage audiovisuel avec Charlotte Ballet-Baz, intérieur - extérieur, consacré aux correspondances de prisonniers avec l'extérieur a été sélectionné et primé dans plusieurs festivals prestigieux : FIPA Doc, Traces de Vie, DocuDays en Ukraine, Festival des Droits de l'Homme au Bangladesh, Partie(s) de campagne...
 

Rester, partir, revenir : jeunesse(s) arménienne(s) ici et là-bas

Résumé
En avril 2018, après 70 ans d’URSS puis 30 ans de régime autoritaire et oligarchique, une révolution démocratique et populaire - portée en grande partie par la jeunesse locale - a traversé l’Arménie. Cette révolution a été suivie de près par la diaspora, et notamment les jeunes de 3e voire 4e génération ; descendant·es pour la plupart des rescapé·es du génocide de 1915 venant de territoires aujourd’hui situés en actuelle Turquie.  
 
Si jusque-là, les principales perspectives d’avenir qui s’offraient aux jeunes Arménien·nes locaux passaient par une migration (en particulier vers la Russie, la France et les États-Unis), depuis 2018, nombreux·ses d’entre eux souhaitent désormais rester afin de participer à la construction d’une nouvelle société arménienne. Et du côté des jeunes diasporiques la révolution a suscité de nouveaux projets de « repatriation » - comme ils l’appellent. Partant, nous étudierons les transformations sociales des jeunesses arméniennes et ses désirs de démocratie participative et d’émancipation, en croisant les différents regards, perspectives, discours et imaginaires de ces jeunes.  
 
Nous recueillerons leurs récits de vie afin de comprendre comment ces jeunes (arménien·nes et/ou d’origine arménienne) se positionnent vis-à-vis du passé historique de l’Arménie a priori commun. Ces entretiens approfondis viseront à expliciter les liens entre petite histoire (personnelle, familiale, locale) et grande Histoire. Nous prévoyons donc plusieurs missions en Arménie ainsi qu’en France dans les hauts lieux diasporiques (Île de France et Marseille). Nous organiserons aussi un focus group filmé à mi-parcours, mêlant « diasporiques » et « locaux·locales » (comme ils/elles s’auto-désignent) afin de les rendre acteurs·trices de cette recherche.  
 
Ce projet est à la croisée de la sociologie de la jeunesse et des migrations, de l’histoire et de la sociologie visuelle, avec la réalisation d’un film documentaire et d’un site, en plus d’articles et/ou d'ouvrages scientifiques. 
 

Staying, leaving, coming back: Armenian youth(s) here and there

Abstract
In April 2018, after 70 years of Soviet Union followed by 30 years of an authoritarian and oligarchic regime, a democratic and popular revolution emerged in Armenia, largely driven by the local youth.  This revolution was closely followed by the diaspora, and in particular by the youth from the third and fourth generation living in France, most of whom being descendants of the survivors of the 1915 genocide who came from territories now located in present-day Turkey. 

Until recently, the main prospect for local Armenian youth was emigration, mainly to Russia, France and the United States. However, since 2018, many of them now wish to stay in their home country, in order to participate to the construction of a new Armenian society.  Conversely, among the diaspora youth, the revolution gave rise to a new project of "repatriation" - as they call it- or return to the country of origin. Therefore, we propose to study the social transformations of the Armenian youths and their desires for participatory democracy, by crossing the different perspectives, discourses and imaginations of these young people. 

We will collect their life stories in order to understand how these young people (Armenian natives and those from Armenian origin) position themselves with respect to Armenia's history. These in-depth interviews will aim to document the links between the small history and the great History.  For this doing, we plan missions to Armenia, and trips in France to the main places of residence of the diaspora (Île de France and Marseille).  We will also gather a focus group, which will be filmed, at the mid-term of the project, mixing "diasporics” and "locals" (as they call themselves), in order to make them actors of this research. 

This project is at the crossroads of the sociology of migrations, of youth, history and visual sociology, with the production of a documentary film and a website, in addition to scientific papers and possibly a book or a summary document as a synthesis.