Le Tigre de Gao Qipei retrouve la rue de Lille : une œuvre sauvée, un patrimoine transmis

5 novembre 2026
  • Fondation

  • Patrimoine

  • Fondation

Après plusieurs mois de restauration, Le Tigre de Gao Qipei a fait son grand retour à la Maison de la recherche de l'Inalco, le mercredi 4 novembre 2026. Point d'orgue d'une aventure collective initiée au printemps, cette soirée a célébré la renaissance d'une œuvre exceptionnelle du XVIIIe siècle, la richesse du patrimoine des Langues O' et la générosité de celles et ceux qui ont rendu sa sauvegarde possible.
Le Retour du Tigre
Le Retour du Tigre © Fondation Inalco‎
Contenu central

Un trésor méconnu des Langues O'

Depuis plus d'un siècle, le 2 rue de Lille abrite une part précieuse de l'histoire des Langues O'. Au cœur de ce bâtiment historique, les collections patrimoniales de l'Inalco témoignent de la richesse des échanges intellectuels, artistiques et culturels qui accompagnent, depuis sa création en 1795, l'enseignement des langues et des civilisations du monde.

Parmi ces trésors figure une œuvre singulière : Le Tigre, peint au début du XVIIIe siècle par Gao Qipei (1660-1734), artiste chinois de la dynastie Qing, célèbre pour sa maîtrise de la peinture aux doigts.

Délaissant le pinceau pour travailler directement avec ses doigts et ses ongles, Gao Qipei développe une approche particulièrement libre et expressive de la peinture lettrée chinoise. Bien au-delà d'une prouesse technique, cette pratique traduit une conception originale du geste artistique, où le corps devient lui-même instrument de création.

Conservé dans les collections de l'Inalco, Le Tigre constitue ainsi un témoignage précieux de cette tradition picturale et, plus largement, de la diversité des patrimoines artistiques que l'établissement contribue à faire connaître.

Le Tigre avant/après restauration
Le Tigre avant/après restauration © Fondation Inalco‎

De la rue de Lille à la rue de Lille : une aventure collective

Mais au fil des siècles, le temps avait fragilisé l'œuvre, rendant nécessaire une intervention pour assurer sa conservation.

En mars 2026, la Fondation Inalco a choisi de faire de sa restauration bien plus qu'une opération de sauvegarde : une invitation à redécouvrir le patrimoine des Langues O' et à prendre part, collectivement, à sa transmission.

Le 24 mars, une première rencontre marquait symboliquement le départ du Tigre pour plusieurs mois de restauration. Donateurs, amateurs d'art et amis de l'Inalco étaient invités à découvrir l'histoire de cette peinture et les enjeux de sa préservation.

Grâce à la générosité des donateurs mobilisés autour de ce projet, Le Tigre a pu être confié à Camille Schmitt, restauratrice spécialisée dans les œuvres d'art d'Extrême-Orient et ancienne étudiante des Langues O'.

Formée notamment dans des ateliers de restauration de peintures et de calligraphies chinoises, Camille Schmitt a consacré plusieurs mois à cette œuvre, mobilisant des savoir-faire spécifiques et une connaissance approfondie des traditions chinoises de conservation.

Tout au long de ce parcours, la Fondation Inalco a souhaité faire vivre le projet au-delà de l'atelier de restauration. Les Carnets du Tigre, diffusés au fil des mois, ont permis de partager les étapes de cette intervention tout en explorant l'univers culturel et artistique de l'œuvre : peinture sans pinceau, représentations du tigre dans les traditions chinoises, taoïsme, histoire de la dynastie Qing ou encore techniques de restauration.

Une manière de faire de la sauvegarde d'un tableau une véritable aventure de découverte et de transmission des savoirs.

Le 4 novembre, le Tigre retrouve sa place

Le mercredi 4 novembre 2026, la Maison de la recherche de l'Inalco accueillait la soirée célébrant le retour de l'œuvre, réunissant les personnes qui avaient accompagné cette aventure.

Après les mots de bienvenue d'Hubert Bazin, président de la Fondation Inalco, Camille Schmitt est revenue sur les différentes étapes de la restauration, offrant un éclairage sur les techniques et les gestes nécessaires à la préservation d'une peinture chinoise ancienne.

La soirée s'est poursuivie avec une conférence de Lia Wei, maîtresse de conférences en histoire des arts de la Chine à l'Inalco et chercheuse à l'Institut français de recherche sur l'Asie de l'Est (IFRAE).

Intitulée « Abandon du pinceau : matérialité et modernité calligraphique à partir du XVIIIe siècle », son intervention a permis de replacer l'œuvre de Gao Qipei dans une histoire plus large des expérimentations artistiques chinoises, en explorant les pratiques qui renouvellent les outils, les supports et les gestes de l'écriture et de la peinture.

Le moment fort de cette soirée fut le dévoilement du Tigre restauré dans le salon Silvestre de Sacy, marquant son retour au sein du patrimoine historique de l'Inalco, après plusieurs mois d'absence.

Retour du Tigre Retour du Tigre Retour du Tigre
Retour du Tigre © Fondation Inalco / Retour du Tigre © Fondation Inalco / Retour du Tigre © Fondation Inalco ‎

Préserver les œuvres, faire vivre les savoirs

Au-delà de la restauration d'une peinture, le retour du Tigre illustre l'importance de préserver et de valoriser les collections patrimoniales de l'Inalco.

Ces œuvres ne sont pas seulement les témoins d'un passé : elles constituent des supports de connaissance, de recherche et de dialogue entre les cultures. Leur conservation permet de maintenir vivant le lien entre patrimoine matériel et transmission des savoirs, au cœur de la vocation des Langues O'.

En réunissant autour du Tigre des donateurs, des chercheurs, des spécialistes et des passionnés, la Fondation Inalco a souhaité rappeler que la préservation du patrimoine est une responsabilité collective, mais aussi une formidable occasion de partage et de découverte.

La Fondation Inalco adresse ses plus sincères remerciements à l'ensemble des donateurs qui ont contribué à cette restauration, ainsi qu'à toutes les personnes qui ont accompagné le Tigre dans son voyage.

De la rue de Lille à la rue de Lille, le Tigre a retrouvé sa place. Grâce à cette mobilisation, c'est une part précieuse de l'histoire des Langues O' qui pourra continuer à être regardée, étudiée et transmise aux générations futures.