(Re)penser le (post-)colonial dans l’ex-soviétique
Cet atelier bénéficie du soutien du Réseau thématique Est (CNRS), du CERCEC et du CREE.
Argumentaire
L’objectif général de cet atelier est de (ré)évaluer la pertinence de ces notions pour l’étude de ces aires, et l’appropriation possible de ce corpus théorique. Cette journée vise à ouvrir une réflexion critique sur le recours aux approches postcoloniales pour l’ex-espace impérial russe et soviétique, en discutant de leurs intérêts et de leurs limites, sans exclure l’éventuelle nécessité d’introduire des notions alternatives ou hybrides.
En effet, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a relancé le débat sur la nature coloniale de l’expansionnisme russe et sur les relations qu’entretient la Russie avec les pays indépendants ex-soviétiques. Si pour les empires coloniaux ultramarins, le prisme (post)colonial est depuis longtemps admis comme un outil majeur de critique et d’analyse, son utilisation pour des empires territoriaux comme l’empire russe et l’Union soviétique ne fait pas l’objet d’un consensus. Ce prisme – entendu comme la prise en compte des logiques de domination impériale, des relations d’exploitation économique entre une métropole et ses colonies, ainsi que des imaginaires qui en découlent – fait l’objet d’une mobilisation disparate selon les territoires. Davantage mobilisé pour analyser les conquêtes et les modes d’administration des régions d’Asie centrale à l’époque impériale, son utilisation demeure plus controversée pour d’autres territoires (Caucase, pays baltes, et a fortiori pour l’Europe de l’Est). De plus, l’utilisation de concepts identiques pour définir les pratiques impériales et les logiques coloniales de l’Empire des tsars, de l’Union soviétique et de la Fédération de Russie pose également problème. Elles peuvent en effet tendre à estomper les ruptures que proposait sur le plan théorique le projet socialiste d’égalité entre les nations et les individus, ou encore à homogénéiser des pratiques administratives distinctes et la diversité des processus de transitions postsocialistes.
Ainsi, dans quelle mesure et pour quelle(s) période(s) l’appropriation de la littérature mobilisant le prisme (post)colonial est-elle pertinente pour l’étude des espaces allant de l’Asie centrale à l’Europe de l’Est ? Et à l’inverse, quels apports peut-on attendre des travaux portant sur l’espace ex-soviétique pour les études postcoloniales ? Par exemple, permettent-ils de remettre en question la centralité du capitalisme dans les phénomènes coloniaux à partir de l’expérience soviétique? Ou de penser autrement la construction des altérités et les relations entre colonisateur(s) et colonisé(s) ? Enfin, si le prisme (post)colonial s’avère pertinent, quelles modifications des pratiques de recherche faudrait-il envisager pour l’intégrer ?
Format
Destiné aux doctorant·e·s, jeunes chercheur·euse·s et chercheur·euse·s confirmé·e·s travaillant sur l’ex-espace impérial russe et soviétique, cet atelier propose un espace d’échanges autour de travaux en cours d’écriture, en ouvrant une réflexion transdisciplinaire sur les modalités et les éventuelles limites de la mobilisation du prisme (post)colonial pour ces aires. Sont bienvenus les textes proposant des réflexions épistémologiques sur la mobilisation des corpus théoriques et des notions de (post)colonialisme, des textes proposant une application de ces notions ou de notions apparentées pour l'analyse d'archives ou de matériaux issus de terrains contemporains, mais aussi des textes qui ouvrent des réflexions méthodologiques autour des notions de (post)colonialisme.
Les intervenantes pourront présenter brièvement (5 minutes) leur travail d’écriture en cours (article ou extrait de chapitre de thèse). Celui-ci aura été lu en amont par les autres participant·e·s à l’atelier, afin d’en discuter collectivement lors de la journée. L’objectif est ainsi d’accompagner les participant·es dans leur travail de rédaction, notamment lorsque la mobilisation d’approches postcoloniales – tout comme son refus – pose question.
Modalités de soumission d’une proposition de communication
Les propositions de communication (1000 mots maximum), à envoyer avant le 31 août à l’adresse Voir l'e-mail, devront présenter le contexte, la question de recherche, le cadre théorique, et les principaux résultats ou hypothèses du travail de rédaction proposé à la discussion, en précisant la manière dont celui-ci s’articule avec nos réflexions sur le recours aux approches postcoloniales.
Dans un second temps, nous demanderons aux auteur·ices selectionné·e·s d’envoyer avant le 12 novembre 2026 leurs travaux complets, ne devant pas excéder 7000 mots. Les travaux seront partagés sur une plateforme sécurisée destinée aux participant·e·s de l’atelier. Une semaine avant l’atelier, les participant·e·s seront invité·e·s à fournir de brefs commentaires sur les autres contributions. Ce format, associé à une courte présentation, doit ainsi assurer des retours constructifs sur les articles soumis et favoriser une discussion approfondie sur le contenu lors de l’atelier.
Enfin, nous demanderons aux auteur·ices d’y faire figurer leurs informations de présentation (nom, prénom, statut, institution de rattachement, adresse électronique), ainsi que de nous indiquer leur langue de travail préférentielle (français ou anglais). La langue de travail de l’atelier dépendra des soumissions de candidature.
Composition du comité d’organisation
- Richelli Afonso, doctorante en géographie au CERCEC (EHESS)
- Dana Kostenetsky, doctorante en sociologie au CERCEC (EHESS)
- Guillaume Minea-Pic, historien, chercheur postdoctoral, Helsinki Collegium of Advanced Studies, chercheur associé au CERCEC (EHESS)
- Jeanne Paul-Roth, doctorante en histoire et en géographie au CREE (Inalco)
- Georges Sollogoub, doctorant en histoire au CERCEC (EHESS)