Nicolas Cavaillès, lauréat du prix de la traduction Inalco-Vo/Vf 2026

15 octobre 2026
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Pour sa huitième édition, le prix de la traduction Inalco-Vo/Vf a été attribué à Nicolas Cavaillès pour sa traduction du roumain du roman « Abraxas » de Bogdan-Alexandru Stănescu, publié chez Gallimard en 2025. Le jury a distingué cette traduction pour son excellence, y voyant une véritable prouesse littéraire et linguistique. Il a également souligné la démarche créative, minutieuse et subtile du traducteur, qui parvient à restituer l’altérité de la langue roumaine tout en accompagnant le lecteur lorsque cela s’avère nécessaire. Enfin, cette distinction met en lumière le rôle essentiel de Nicolas Cavaillès dans la diffusion de la littérature roumaine en France, contribuant ainsi à enrichir la diversité du paysage éditorial français.
Remise du Prix de la traduction Inalco-Vo/Vf 2026
Remise du Prix de la traduction Inalco-Vo/Vf 2026 © Mathilde Guillon et Eliott Fettweis‎
Contenu central

Le prix a été remis le dimanche 4 octobre lors du festival Vo-Vf par Rose Labourie, traductrice de l'allemand et directrice de l'École de traduction littéraire, en présence des initiatrices du prix, Nathalie Carré et Marie Vrinat-Nikolov (Inalco).

Photo de Nicolas Cavaillès
Photo de Nicolas Cavaillès © DR‎

Né en 1981, Nicolas Cavaillès a traduit certaines des plus grandes voix de la littérature roumaine, notamment Constantin Acosmei, Gabriela Adameşteanu, Mircea Cărtărescu, Mihai Eminescu, Nicoleta Esinencu, Norman Manea, Ileana Mălăncioiu, Herta Müller, Bogdan-Alexandru Stănescu, Dumitru Tsepeneag, Urmuz ou Matei Vişniec. Pour la « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard), il a dirigé l’édition des œuvres françaises de Cioran (2011) et collaboré à celle des romans de Philip Roth (t. III, 2025). Il est par ailleurs l’auteur de plusieurs récits et fictions, notamment Vie de monsieur Leguat (Éditions du Sonneur, 2013, Prix Goncourt de la Nouvelle), Pourquoi le saut des baleines (Éditions du Sonneur, 2015, Prix Gens de Mer), ou encore Le Livre des Cellules (Corti, 2025).

"Abraxas" de Bogdan-Alexandru Stanescu
"Abraxas" de Bogdan-Alexandru Stanescu © Gallimard‎
Résumé

Professeur d’histoire d’un naturel à la fois sombre et sentimental, Mihai Lucescu traverse une crise existentielle. Séparé de sa femme, il a quitté le foyer familial et vit seul sous les toits d’une vieille maison. Pour sortir de sa torpeur, il se livre à une longue introspection, excavant ses névroses, auscultant sa chute. Passionné par la mnémotechnie, cet art ancien qui associe un souvenir à un espace, il entreprend de bâtir un palais de mémoire. Dans cet édifice mental façonné à l’image d’un immeuble bucarestois, onze portes s’ouvrent sur autant d’anciens cinémas de la ville.
Tour à tour spectateur et protagoniste des films projetés, Mihai revisite des scènes clefs de sa vie, tout en s’immergeant dans d’autres époques et dans des lieux aussi variés que Vienne, Paris ou New York. Scènes intimes fondatrices, figures de la diaspora roumaine, fragments d’un passé collectif ou d’époques à venir - les films défilent sans se ressembler. Seule la fascinante « Maison aux Lions » revient comme un refrain. C’est là, dans cette bâtisse presque organique, gardée par deux fauves de pierre, que régnait sa mère, artiste fantasque et écrasante dont il ne finira jamais de s’affranchir.

Avec Abraxas, Bogdan-Alexandru Stănescu signe un roman virtuose de la mémoire et de l’enfance, de la perte et de la survivance, où se déploie une prose incisive, traversée d’arabesques visuelles et sensorielles. Une fresque intérieure vertigineuse dans laquelle se dessinent, avec une ingéniosité singulière, le mal et la mélancolie du monde, mais aussi une foi dans le pouvoir rédempteur de la littérature.

Présentation issue du site des éditions Gallimard

Nicolas Cavaillès a su brillamment relever les nombreux défis présentés par le texte orignal. Le traducteur s’est notamment attaché à respecter la singularité syntaxique de l’œuvre, ces longues périodes où les digressions ne cessent de se multiplier sans que la cohérence ne soit jamais perdue. On retrouve dans la traduction la polyphonie propre à la version originale, puisqu’à la voix du narrateur viennent s’ajouter, au fil des pages, celles d’un moine du XIIe siècle, du rival d’un poète surréaliste dans le Paris des années folles ou de la maîtresse d’un poète américain de l’entre-deux-guerres…
L’oralité chère à Bogdan-Alexandru Stănescu est habilement restituée par Nicolas Cavaillès via l’alternance des registres et le recours à l’argot. Face à l’abondance de références politiques, culturelles et artistiques, le traducteur a fait le choix judicieux d’introduire ponctuellement des appositions explicatives ou des notes de bas de page. Ce sont également ces notes qui lui permettent de conserver certains termes typiquement roumains, tout comme les noms de rue, les lieux, les spécialités culinaires qui ne sont ni traduits ni francisés.

L’expertise salue le « travail créatif, minutieux et subtil de Nicolas Cavaillès, qui fait entendre l’altérité de la langue roumaine en même temps qu’il parvient à guider le lecteur lorsque cela est nécessaire ».

Rose Labourie, directrice de l'École de traduction littéraire et membre du jury du Prix de la traduction

Le prix de la traduction Inalco - Festival Vo/Vf

Doté à hauteur de 2500 euros, ce prix est destiné à mettre en avant la qualité du travail d’un traducteur ou d’une traductrice ainsi que la richesse de littératures parfois encore peu connues du grand public car souvent moins diffusées. Sont éligibles à ce concours les textes en prose (nouvelles ou romans), publiés au cours des trois années précédant la remise du prix. Les ouvrages traduits par des membres ou des étudiants de l’Inalco ne peuvent être présentés. 

Par cette initiative, l’Inalco souhaite mettre en lumière son expertise en matière de traduction, tout comme la reconnaissance du travail du traducteur et de son éditeur dans le dialogue entre les littératures du monde.