Filmer depuis la marge : récits, représentations et formes de la subversion dans le cinéma tamoul du 21e siècle

L’enseignement de la langue tamoule est dispensé depuis 1868 à l’Inalco. La section de tamoul a mis en place, depuis 2017, un cycle de conférences intitulé « Mondes tamouls » pour valoriser l'apprentissage de cette langue en association avec la recherche interdisciplinaire en sciences humaines et sociales. La quatrième édition, organisée en partenariat avec le Centre d’études sud-asiatiques et himalayennes (CESAH), aura lieu le 1er avril 2026 à l’auditorium de l’Inalco (Paris 13) et se prolongera par des projections de films tamouls indépendants au Campus Condorcet (Aubervilliers) et Cinéma Alice Guy (Bobigny) en avril 2026.
une enfant de profil, avec un perroquet sur l'épaule
Maadathy © Meena Manimekalai, 2019‎

Le cinéma tamoul est aujourd’hui l’une des industries cinématographiques indiennes les plus dynamiques. En effet, bien qu’historiquement marqués par la figure du mass hero, les codes du masala movie ou encore une imbrication entre cinéma et politique, les films tamouls connaissent depuis deux décennies, une transformation profonde dans la forme et le fond, en s’inscrivant dans des esthétiques, des récits et des représentations renouvelés.

Cette nouvelle vague du cinéma tamoul est moins attachée à montrer l’unité d’une nation tamoule appelée de ses vœux par l’idéologie « dravidienne » qu’à révéler une société tamoule fragmentée par l’oppression patriarcale, les inégalités sociales et la violence du castéisme. Ces films donnent la voix aux sans-voix, aux opprimé(e)s, à des personnages marginalisés par leur identité de caste, de genre, de religion, leur statut social ou leur orientation sexuelle. Ils décentrent le regard et donnent à voir des points de vue jusqu’alors invisibilisés dans le cinéma tamoul. Ces œuvres qui se définissent par des expérimentations narratives et formelles, sont portées par des cinéastes qui ont gagné une grande reconnaissance comme les figures de proue du « cinéma anti-caste », Pa. Ranjith, Mari Selvaraj ou Vetrimaran, ou des cinéastes qui émergent par leurs films indépendants, comme P.S. Vinothraj ou Leena Manimekalai. Enfin, au-delà des œuvres filmiques, cette nouvelle vague du cinéma tamoul questionne les formes de censure, mais bouleverse aussi les pratiques de production et de réception dans le Tamil Nadu et dans la diaspora.

Cette quatrième journée d’études tamoules se veut donc un terrain d’échanges pluridisciplinaires sur la question des personnes marginalisées dans le cinéma tamoul du 21e siècle. Quels représentations et discours alternatifs ce cinéma offre-t-il sur les personnes marginalisées d’une société tamoule fragmentée ? En quoi ces films sont-ils un espace de subversion et de résistance éminemment politique ? Quels sont les enjeux de production et de réception derrière cette nouvelle vague du cinéma tamoul ?