Du pòo-tē-hì taïwanais à la marionnette contemporaine française : circulations, traductions et dramaturgies du jeu
Dans le cadre du cycle de conférences « Transformer / traduire Taïwan », organisé par la Chaire d’études taïwanaises de l’Inalco, cette rencontre vise à interroger les manières dont l’expérience taïwanaise peut être transformée, traduite et réinvestie dans la création artistique contemporaine.
Le cycle conçoit Taïwan non seulement comme un objet d’étude ou de représentation, mais comme un espace de production de formes, de récits et de savoirs, capable de nourrir des dialogues transnationaux et de renouveler les cadres de pensée sur la mémoire, l’identité et les pratiques artistiques.
Fondateur et directeur du Théâtre Sans Toit en 1977, Pierre Blaise est l’une des figures majeures du théâtre de marionnettes contemporain en France. Initialement orienté vers le théâtre de rue et le travail du masque, il développe très tôt un art visuel fondé sur la dramaturgie du jeu et la présence scénique.
Sa rencontre déterminante avec le maître de marionnettes taïwanais Li Tien-lu (李天祿), à travers le Théâtre du Petit Miroir, marque une découverte désicive dans son parcours. Cette rencontre l’amène à s’orienter vers le théâtre de marionnettes et à réfléchir à l’adaptation de la marionnette à gaine taïwanaise (pòo-tē-hì 布袋戲) — pensée comme un « acteur miniature » — aux traditions occidentales. Ce travail d’adaptation ouvre la voie à une forme de marionnette au jeu réaliste, notamment visible dans des créations telles que Le Roman de Renart.
Engagé au Théâtre National de Chaillot sous la direction d’Antoine Vitez, Pierre Blaise participe à une génération de marionnettistes qui ont profondément renouvelé la scène française. Il a créé plus de vingt-cinq spectacles au Théâtre Sans Toit, d’inspiration picturale ou textuelle, et a mené une importante activité pédagogique (École Charles Dullin, ENSATT, Théâtre National de Chaillot, ESNAM de Charleville-Mézières). De 2014 à 2025, il a été directeur puis directeur pédagogique du Théâtre aux Mains Nues.
À partir de sa découverte et de son dialogue avec le pòo-tē-hì taïwanais, Pierre Blaise proposera une réflexion sur la manière dont cette rencontre a progressivement transformé ses pratiques de création marionnettique. Il s’agira moins de comparer deux traditions que de comprendre comment un savoir-faire appris ailleurs a été assimilé, déplacé et réinvesti dans un contexte artistique différent.
Son intervention mettra en lumière les transformations opérées à plusieurs niveaux :
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sur le plan pratique, à travers l’apprentissage du geste, de la manipulation et de la relation physique entre le corps du marionnettiste et la marionnette ;
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sur le plan dramaturgique, par une conception du jeu où la marionnette devient un véritable acteur, capable de porter une présence scénique et une expressivité propres ;
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sur le plan conceptuel, en repensant la marionnette non comme un simple objet animé, mais comme un instrument théâtral à part entière, doté d’une autonomie de jeu ;
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sur le plan culturel, enfin, à travers un travail d’adaptation attentif, qui transforme les apports du pòo-tē-hì sans les figer dans une reproduction exotisante.
Cette réflexion s’inscrit dans une histoire concrète des échanges artistiques entre Taïwan et la France. Les ateliers et démonstrations animés à Paris dans les années 1980 par le maître Li Tien-lu ont constitué un moment clé de transmission, offrant aux artistes français un accès direct aux principes du pòo-tē-hì. Pour Pierre Blaise, cette rencontre a ouvert un espace de recherche où l’expérience taïwanaise devient un levier de création, plutôt qu’un modèle à imiter.
L’intervention soulèvera ainsi plusieurs questions fondamentales :
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Où se situe la frontière entre adaptation, appropriation et création dans le travail marionnettique ?
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Comment penser la marionnette comme un lieu de dialogue interculturel, plutôt que comme un simple objet patrimonial ?
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En quoi les échanges avec Taïwan ont-ils contribué à transformer durablement la scène marionnettique française contemporaine, tant dans ses formes que dans ses modes de pensée ?
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La perspective d’élargir ce lien avec le pòo-tē-hì
ORGANISATION
Chanyueh Liu