170 ans depuis l'abolition de l'esclavage des Rroms : l'antsiganisme en héritage
Le 20 février 1856, l’Assemblée Nationale de Valachie votait l’affranchissement des “tsiganes (ţigani). Il s’agit de la dernière loi abolissant progressivement le système esclavagiste dans les principautés de Valachie et de Moldavie (1843, 1846, 1855, 1856), et l’un des actes de justice sociale les plus importants de l’histoire moderne de la Roumanie. Sur le plan juridique, c’en était fini de l’esclavage (robia), institution qui perdurait depuis le XIVème siècle. Après cinq siècles de servitude, la loi a consacré la liberté juridique des Rroms, sans pour autant garantir leur pleine émancipation sociale. L’Inalco souhaite contribuer à mettre en lumière la mémoire occultée de cette page de l’histoire des pays roumains, qui est à l’origine d’une émigration massive de Rroms roumains en France, dans toute l’Europe et aux Amériques. Les stéréotypes et les préjugés ont continué à entretenir des inégalités et une forme de discrimination latente, aujourd’hui reconnue sous le nom d’antitsiganisme — héritage direct des mentalités issues du système esclavagiste, en Roumanie et ailleurs dans le monde. Elle est à la racine des stéréotypes attachés au mot « tsigane ».
Alors que la France débatait encore de l’abolition de l’esclavage colonial, l’humaniste et militant anti-esclavagiste Victor Schoelcher (1804-1893) découvre cette réalité au cours de ses recherches sur les différentes formes d’esclavage dans le monde. Il dénonce la présence de cette servitude au cœur de l’Europe : « Il y a encore des esclaves en Europe. En Valachie et en Moldavie, les Tsiganes sont esclaves, vendus, échangés, légués comme du bétail. » (L’Esclavage des Noirs et des Blancs, 1843). Pour Schoelcher, cet esclavage européen est une contradiction morale majeure : comment les nations chrétiennes peuvent-elles se dire civilisées tout en tolérant qu’un peuple soit réduit en servitude sur son propre sol ? S’il ne s’est pas rendu personnellement en Roumanie, ses écrits ont contribué à révéler au public occidental l’existence de cet esclavage ignoré. Son regard sur la Roumanie participe à la construction d’une conscience abolitionniste universelle, dépassant les frontières et les couleurs de peau : pour lui, toute privation de liberté fondée sur la race ou la condition est une offense à l’humanité ; la dignité humaine doit être placée au centre de toute réforme politique. En tant que pays ayant organisé elle aussi l’esclavage dans ses colonies, la France a connu, et continue de connaître, des problématiques similaires en ce qui concerne les « séquelles » de l’esclavage et du colonialisme, qui continue d’imprégner les mentalités
La section de rromani l’Inalco se joint à cette commémoration afin de réfléchir ensemble aux leçons du passé, mais aussi aux leçons de pédagogie. Comment éduquer les générations futures à assumer leur passé, à mieux comprendre la société dans laquelle ils vivent et à accepter sa diversité ? La journée comprendra un panel consacré à la reconnaissance officielle du passé de l’esclavage, un panel présentant un état des lieux de la recherche et un panel analysant la place de ce passé douloureux dans l’art actuel, ainsi que le vernissage d’une exposition, un petit concert, un stand de livre et la projection du film multi-primé Aferim! (Radu Jude, 2015). L’événement fera l’objet d’une captation et d’une retransmission en direct. L’événement fera l’objet d’une captation qui pourra être mise en ligne sur MédiHAL. Il sera également retransmis en direct sur les réseaux sociaux (page Facebook de l’association La Voix des Rroms).