Au divan des Orientalistes : questions de réflexivité aux XVIIIe-XXIe siècles
Question polysémique s’il en est, car qu’est-ce que l’Orient et qu’est-ce qu’un l’Orientaliste ? Il est bien connu que l’Orient est une réalité géographique mais aussi imaginaire, car on y intègre volontiers l’Afrique du Nord, le Maghreb/« Occident ». L’Orient est aussi un camaïeu de régions – Balkans, Levant, Proche-Orient, Moyen et Extrême Orient – dont la frontière change avec les époques. Nonobstant sa fluctuation, cette notion ne cesse de demeurer et d’organiser un certain pan de la géographie des savoirs. Ceci à tel point qu’en Chine, à l’Université de Beijing, subsista, jusqu’en 1983, une division tripartite comprenant un département des « Langues et littératures occidentales », un autre de « Langue et littérature russe » et un autre regroupant les « Langues et littératures orientales ». Ainsi, la notion d’Orient ne peut pas s’entendre uniquement sous l’angle de la fluidité géopolitique mais aussi sous celui de la cristallisation comme domaine d’étude.
Avant que cela ne devienne un terme péjoratif associé à un -isme, en occurrence l’« Orientalisme », ceux qui étudiaient l’Orient se désignaient eux-mêmes comme Orientalistes. Preuve en est, entre autres, le « Congrès international des Orientalistes » organisé annuellement entre 1873 et 1912. Mais quelle est l’histoire de cette auto-appellation ? Comment se construit cet esprit de famille et comment advient cette conscience d’appartenir à une branche à part de spécialistes ? Pour certains, l’Orient est un bloc et nécessite un savoir encyclopédique, pour d’autres, la technicité de la maîtrise des sources induit la spécialisation.
La proposition scientifique de ce colloque est de mettre en évidence le rapport explicite et conscient du savant à son objet d’étude, de saisir la réflexivité des Orientalistes, ce « lien étroit, intime et tout personnel qu’ils entretiennent avec leur travail ». On invite les chercheurs à surprendre les Orientalistes en train d’« expliciter, en historien, le lien entre l’histoire qu’on a faite et l’histoire qui vous a fait », pour reprendre et extrapoler les mots de Pierre Nora.
Les autobiographies, les mémoires, les journaux, la correspondance, mais aussi les préfaces des livres sont les potentiels dépositaires de ces traces. On peut également les dénicher aux détours d’une note de bas de page ou dans des préambules d’articles plus élaborés.
Nous invitons à interroger l’espace réflexif des Orientalistes universitaires – philologues, archéologues, historiens, sociologues, anthropologues, linguistes – mais aussi celui des Orientalistes appartenant à d’autres horizons professionnels – éditeurs, libraires, bibliothécaires. Comment ceux qui ont souhaité produire ou classer des connaissances sur l’Orient, ont-ils effectué ce va-et-vient indispensable entre une interrogation sur le choix de leurs propres sujets d’étude et leur détachement pour mieux construire des cadres analytiques ? Ont-ils réfléchi aux raisons les ayant conduits à envisager telle ou telle recherche, éditer telle ou telle revue, établir des critères pour classer telle ou telle collection ? Se sont-ils situés dans un contexte historique ? Ont-ils saisi un quelconque déterminisme social ou politique ?
Modalités de soumission :
Si vous souhaitez participer aux travaux de ce colloque, qui se tiendra à Paris les 15 et 16 mars 2027, veuillez envoyer avant le 15 septembre 2026 à l’adresse suivante, View e-mail votre proposition en anglais ou en français, de 1500 caractères maximum, suivie d'une brève présentation bio-bibliographique. Les notifications d’acceptation seront communiquées fin septembre 2027. Les langues de travail de cette rencontre seront l’anglais et le français.
Organisé par : Madalina Vârtejanu-Joubert et Nicolas Pitsos
Comité scientifique :
Simona Corlan-Ioan (Université de Bucarest)
Cristina Ion (Bibliothèque Nationale de France)
Aleksandra Kolaković (Institut d’études politiques, Belgrade)
Frosa Pejoska-Bouchereau (PLIDAM/Inalco)
Nicolas Pitsos (CREE/Inalco, BULAC)
Madalina Vârtejanu-Joubert (PLIDAM/Inalco)
Jean-Michel Butel (INALCO, IFRAE)
Au divan des Orientalistes : questions de réflexivité aux XVIIIe-XXIe siècles
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